La traite négrière, qu’elle soit transsaharienne, orientale ou transatlantique, demeure l’un des traumatismes les plus marquants de l’histoire de l’humanité.
L’expression souvent répétée selon laquelle « les Noirs ont vendu les Noirs » est injuste et trompeuse. Elle laisse entendre que les Africains sont à l’origine de l’asservissement de leurs semblables, alors que ce commerce honteux a été initié et organisé par des puissances étrangères, d’abord arabo-musulmanes puis européennes. Ces acteurs ont mis en place un trafic massif d’êtres humains qu’ils ont justifié par une lecture détournée du récit religieux de la malédiction de Cham.
Les débuts violents de la traite arabo-musulmane et les premières razzias européennes
Aux débuts de la traite arabo-musulmane, les razzias étaient menées directement par des marchands ou des guerriers arabes, principalement dans les régions d’Afrique subsaharienne non islamisées.
Les ravisseurs et les populations locales ne parlant pas la même langue, toute négociation préalable était impossible.
Les premiers contacts furent donc marqués par la violence, la capture forcée.
Avec le temps les marchands arabes ont associé des groupes africains islamisés pour servir d’intermédiaires.
À leur suite, les Européens, au premier rang desquels les Portugais et les Espagnols, ont eu recours aux razzias pour s’approvisionner en main d’oeuvre servile.
Une participation africaine dans un système imposé
Le rôle des Africains ayant pris part à la traite négrière doit être compris dans un contexte spécifique. Leur implication s’inscrit dans un rapport de force fortement déséquilibré, où des puissances extérieures fixaient les règles du jeu et s’octroyaient l’essentiel des bénéfices.
Certains groupes et dirigeants africains ont effectivement tiré profit de la traite, mais toujours au sein d’un système imposé et largement contrôlé par des États impérialistes.
Réduire ce processus complexe à la formule « les Noirs ont vendu les Noirs » revient à occulter les relations asymétriques, les alliances souvent contraintes et à entretenir une culpabilité injuste pesant sur les victimes mêmes de ce dispositif.
La justification religieuse
Dès le VIIᵉ siècle, les marchands arabes ont commencé à capturer des esclaves noirs en Afrique subsaharienne. Puis, les Européens ont instauré, à partir du XVe siècle, la traite atlantique.
Cette organisation commerciale s’est appuyée sur une justification religieuse et raciale, fondée sur la fameuse « malédiction de Cham », tirée d’une interprétation biblique du livre de la Genèse (9:25).
Selon ce récit, Cham, fils de Noé, a été maudit à travers son fils Canaan, destiné à devenir le serviteur des serviteurs de ses frères. Par une construction théologique raciste, les Noirs africains ont été assimilés aux descendants de Cham et présentés comme naturellement voués à la servitude.
Ce mythe a circulé et a été instrumentalisé au sein des cultures arabe, juive et chrétienne occidentale pour justifier l’oppression des Noirs comme une volonté divine.
Une formule qui masque les vraies responsabilités
La phrase « les Noirs ont vendu les Noirs » est un raccourci trompeur. Elle occulte la violence des razzias, la domination des puissances étrangères et surtout le discours raciste d’après lequel les Noirs sont naturellement inférieurs et doivent être soumis.
Cette formule culpabilise les victimes, détourne la responsabilité des Arabo-musulmans et des Euro-chrétiens, qui ont institutionnalisé l’idée de la hiérarchie des races, légitimée par des récits religieux et largement diffusée dans les mentalités.
Un héritage qui pèse encore aujourd’hui
L’idéologie issue de l’interprétation dévoyée de la malédiction de Cham continue d’agir. La perception des Noirs comme naturellement inférieurs reste solidement enracinée dans le monde arabe, juif et occidental.
La condition actuelle des Noirs dans le monde, marquée par les discriminations, est directement liée à la doctrine ségrégationniste issue de ce texte religieux, légitimée par ces mêmes traditions.
Comprendre la réalité des Noirs dans le monde.
Soutenir que « les Noirs ont vendu les Noirs » est faux. Cette affirmation inverse les responsabilités et occulte les justifications religieuses et raciales qui ont légitimé l’exploitation de ce peuple à travers les âges. Il est capital de comprendre l’origine du racisme anti-Noir afin de saisir la réalité des Noirs dans le monde.
Axel Illary
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