Je vais, avec vous tous, m’attarder quelque peu sur la cérémonie de remise de l’édition 2024 du prix UNESCO-Félix Houphouet Boigny pour la recherche de la paix, qui vient de se dérouler ce jeudi 22 mai 2025 au Sofitel Hôtel Ivoire, à Abidjan.
Quels regards pouvaient-ils jeter sur la Côte d’Ivoire, et, derrière l’écran de leurs mines réjouies et très à l’aise, à quelle poudrière la Côte d’Ivoire devait elle faire penser ces personnalités du Gotha international qui ont fait le déplacement d’Abidjan ?
Depuis Mme Audrey Azoulay, DG de l’UNESCO, jusqu’au lauréat du jour, Antonio Costa, longtemps Premier Ministre du Portugal et Président du Conseil Européen, tous ont fait le constat flagrant et dérangeant qu’ils étaient accueillis par une seule partie du peuple de Côte d’Ivoire !
Le célèbre médecin << réparateur des femmes >> de la RDC, Dr Denis Mukwege, et le Premier Ministre et ancien Président du Togo voisin, Faure Gnassingbe, devaient, eux, se trouver moins émus, puisque dans leurs pays respectifs, les rivalités et divisions politiques sont devenues un fait, imposé au quotidien, et dont pâtissent forcément et en premier les braves populations.
Mais c’est en leur âme profonde de Négro africains que s’allumera et restera incondescent une lueur qui cliquera vers la tombe de Félix Houphouet Boigny, qu’ils ont connu, et en lequel ils ont vu un symbole d’amour, d’union et de partage collectif pour la Côte d’Ivoire et le continent.
Oui, la Côte d’Ivoire n’a pas pu se montrer réunie à cette occasion, en dépit des nombreux reports et nombreuses tractations dans l’ombre, et ceci pour l’unique et évidente raison que notre pays se présente désormais comme en partition double et parallèle, avec d’un côté l’Empereur Alassane Ouattara, et, de l’autre, pratiquement tous les autres millions de citoyens recensés à l’état civil.
Il n’y avait qu’un seul mot, que toute la classe politique et la société civile attendaient de l’Empereur, c’était << oui >> à l’échange et au dialogue inclusif sur la situation de la Côte d’Ivoire et de ses populations, avant même que d’aborder des élections. Ce << oui >> n’a pas tonné !
Et le fracas des réacteurs des avions qui, inlassablement, transportent le Président Ouattara loin des soucis du quotidien des Ivoiriens valait réponse.
De bonnes et nobles volontés Ivoiriennes, politiques et autres, ont jugé positif de projeter l’impasse ivoirienne vers les attentions extérieures compétentes, en un mot d’interpeller tous azimuts ce qu’il est désormais convenu de baptiser la << Communauté Internationale >>.
Au sein de tous les états, en Occident comme ailleurs, il y a des institutions qui ont droit de regard sur la vie partout dans le monde, et sont habilitées à interpeller les gouvernements ou autorités de l’exécutif sur ce qui mériterait d’être dénoncé et corrigé, à l’aune des règles de la démocratie « mondialisée ».
Mais il est sage et prudent de considérer qu’à partir du moment où un état ne déploiera pas des forces armées pour contraindre un autre à se soumettre à telle ou telle injonction, le poids de cette communauté internationale, surtout depuis une décennie, se réduit à des pressions, politiques ou économiques, sans aller plus loin.
La Côte d’Ivoire va entrer en phase électorale présidentielle dans cinq mois, et la planète entière sait que le désaccord est fondamental sur le contexte général de cette élection.
Cette divergence, qui tourne en bras de fer, entre le Président Alassane Ouattara et tout le reste des voix publiques et politiques, conduira inévitablement à une contestation des résultats que les équipes de communication de l’Empereur se montrent déjà impatientes de donner !
Et la même terre entière sait que, les mêmes causes induisant les mêmes effets, c’est vers une réédition des crises postélectorales de 2010/2011 et 2018/2020 que la Côte d’Ivoire s’achemine, comme si elle ployait sous un lourd chaudron de malédictions !
Mais quelles voix tonnent, appellant au secours des Ivoiriens ? Allons nous vers une non assistance à pays en danger, devant toute la terre et la Communauté Internationale ?
Devons nous rappeler aux Ivoiriens que cette communauté internationale est née en 1945 à San Francisco, aux États-Unis, après les étapes en soubresaut de la SDN à la fin de la première Guerre Mondiale ? A chaque fois, les grands vainqueurs des guerres mondiales avaient décidé de trouver un terrain pour désamorcer ou déliter les grands conflits armés, entre eux, et surtout sans empiéter sur les intérêts des uns et des autres.
La vraie communauté internationale, ce n’est pas le député, sénateur ou maire en France, en Europe, aux USA, etc…, qui s’investit courageusement en prenant la parole pour informer son pays sur la Côte d’Ivoire et les dérives et deviances de la gouvernance d’Alassane Ouattara. Sa communication sera retenue et consignée dans les annales, notifiée à son gouvernement, qui n’y donnera jamais une suite appropriée au délai de 5 mois qui court !
Mais, en ouvrant bien les yeux, nous découvrirons que la communauté internationale est toujours beaucoup plus proche de nous qu’il n’y paraît. Nous avions, en nos murs, Mme Audrey Azoulay, de l’UNESCO, qui est un démembrement du système des Nations Unies.
A côté d’elle, le lauréat Antonio Costa est Président du Conseil de l’Union Européenne, qui est un véritable prolongement de l’ONU, assigné aux urgences spécifiques au continent africain.
Et, pour couronner le tout, le maître des lieux, Alassane Ouattara, a été Directeur Adjoint au Fonds Monétaire International (FMI), qui est l’organe de régulation économique et financière de cette même communauté internationale ( Alias Système des Nations Unies) sous la directive des États-Unis d’Amérique.
En fait, ce jeudi 22 mai 2025, au Sofitel/Ivoire, le grand événement de la remise du prix Houphouet Boigny/ UNESCO était surtout un << raout >> entre camarades du système élitaire des Nations Unies pour préparer le monde entier à l’annonce d’élections normales, en Côte d’Ivoire, en octobre 2025.
Et ce n’est pas le représentant Spécial du SG de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Léonardo Santos Simao, qui nous fera changer d’avis. En effet, sortant d’une audience auprès de son illustre prédécesseur et aîné ONUSIEN le Président Alassane Ouattara le 17 avril 2025, au Palais Présidentiel à Abidjan, il a évoqué l’excellente tenue des élections ces derniers mois au Ghana, au Liberia et au Sénégal, et assuré que la Côte d’Ivoire ne pouvait que leur emboîter le pas.
Autant comprendre que tout est d’avance « plié », puisqu’il n’a pas daigné s’étendre sur la problématique des conditionalités toxiques du processus en notre pays.
Retenons donc qu’en Côte d’Ivoire, et pour la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara et communauté internationale se côtoient jusqu’à se confondre.
Mais ce n’est pas pour autant que la population ivoirienne ne devrait pas battre les tambours de sa libération en 2025 !
Vive la Côte d’Ivoire !
Fait à Abidjan, le 28 mai 2025
Le Ministre Kobena I. ANAKY
Président du MFA
Retrouvez La Chronique du Président Kobena I. ANAKY tous les mercredis sur www.ladepechedabidjan.info
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