La colonisation n’a jamais été bénéfique pour les peuples qui l’ont subie. Derrière les récits enjolivés d’« apport de civilisation » ou de « développement », elle a toujours désigné une réalité brutale, faite d’oppression, d’exploitation, de spoliation et d’effacement culturel. C’est un système de domination organisé, qui prive des millions de femmes et d’hommes de leur terre, de leur voix, de leur liberté et de leur identité.
L’aliénation culturelle est une conséquence de cette hégémonie. Coloniser, ce n’est pas seulement s’approprier des ressources ou des territoires, c’est aussi imposer une vision du monde, une langue, une histoire et une culture étrangères érigées en seules références légitimes. Les traditions ancestrales, les langues locales, les savoirs autochtones sont systématiquement méprisés, effacés ou interdits, reléguant les peuples colonisés au rang de peuples sans mémoire.
En Afrique, l’école coloniale, mise en place par les puissances impériales, continue d’influencer les systèmes éducatifs. Présentée comme un outil d’émancipation, elle reste un instrument d’acculturation. Elle apprend à admirer le colonisateur, à parler sa langue, à épouser ses valeurs, tout en inculquant le mépris de soi et l’oubli de ses racines. La culture du colonisé est rabaissée au rang de folklore ou de superstition, tandis que celle du colonisateur est érigée en norme universelle.
L’école coranique, concentrée sur l’enseignement de l’islam et la langue arabe, transmet une vision du monde différente de celle de la culture africaine.
Ainsi, ces deux systèmes éducatifs participent à des processus d’influence et de transformation culturelle, en tension avec les savoirs et traditions locales.
Cette domination culturelle engendre des générations de femmes et d’hommes coupés de leurs repères, de leur histoire et de leur propre regard sur le monde. Elle laisse des traces, marquées par une honte de leurs origines.
L’aliénation culturelle agit de façon insidieuse. Les questions d’identité, de mémoire ou de langue ne concernent qu’une minorité composée, entre autres, d’artistes, d’intellectuels et de militants.
Tant que certains Africains continueront de soutenir que « la colonisation a été une bonne chose parce qu’elle a permis aux Noirs de rencontrer Jésus-Christ » ou que « la domination arabe a été profitable » parce qu’elle leur a apporté l’islam, il sera difficile, voire impossible, d’affranchir le peuple noir de l’oppression.
Face à cette réalité, il est plus que temps de déconstruire les récits qui idéalisent ou tentent de réhabiliter le fait colonial. Non, la colonisation n’a pas été un mal nécessaire. Non, elle n’a pas été un échange culturel. Elle a été une entreprise de domination totale. Et comme le souligne Aimé Césaire dans Discours sur le colonialisme, la colonisation est un acte de barbarie qui détruit les civilisations et nie l’humanité des peuples colonisés.
Il est donc essentiel d’affirmer la nature destructrice de ce système. Cela implique d’admettre officiellement les injustices coloniales et leurs héritages, de restituer les biens culturels spoliés, de soutenir les recherches historiques indépendantes, de repenser les programmes scolaires afin d’y inclure les voix des colonisés et d’œuvrer à une justice économique entre anciens pays colonisateurs et colonisés.
Il s’agit de désaliéner et d’éveiller les consciences des Noirs afin qu’ils se libèrent des chaînes du passé. Car aussi longtemps que cette quête d’émancipation ne sera pas engagée, les répercussions de la domination impérialiste continueront de peser lourdement.
La colonisation n’est pas un chapitre clos, c’est une question encore d’actualité.
Axel Illary

