Chaque année, dans les ex-colonies des puissances occidentales en Afrique, les drapeaux sont levés, les hymnes résonnent, les rues s’illuminent de festivités nationales. Les peuples dits « indépendants » célèbrent leur affranchissement. Mais une question essentielle se pose : a-t-on vraiment besoin de célébrer une indépendance qui, en réalité, est un droit inaliénable, un principe naturel reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’homme ?
Pourquoi se réjouir d’être libres, comme si cette liberté était un privilège, une faveur accordée par d’anciens bourreaux ? La liberté ne se négocie pas, elle ne se quémande pas. Elle se vit. Cependant, parce qu’elle est trop souvent menacée par des prédateurs, elle doit aussi être défendue, alors même qu’elle n’aurait jamais dû être violée.
Les pays africains célèbrent annuellement cette indépendance. Mais de quelle indépendance parle-t-on réellement ? Car pour certains de ces pays, la dépendance envers leurs anciens colonisateurs reste encore largement prégnante. Cette subordination se manifeste notamment à travers la monnaie, comme le franc CFA pour les pays francophones, et par l’exclusivité ou la prédominance des puissances occidentales dans l’exploitation des ressources naturelles.
Comment alors parler d’indépendance réelle quand ces liens économiques et politiques maintiennent une forme de contrôle indirect ? Cette situation remet en question la notion même de souveraineté et rappelle que la conquête d’une liberté véritable reste un combat inachevé pour ces nations.
Et puis, de quelle indépendance parle-t-on, lorsque les structures de pouvoir, les références culturelles, les modèles éducatifs, les imaginaires collectifs restent marqués par l’héritage colonial et les influences étrangères en Afrique noire ? Par ailleurs, les cultes abrahamiques, notamment le christianisme et l’islam, religions esclavagistes et coloniales imposées, exercent encore une forte influence.
Peut-on prétendre être libres alors que cette aliénation culturelle, religieuse et idéologique continue de façonner nos goûts, nos idéaux et nos modes de vie ?
Il est inacceptable de voir les opprimés célébrer leur « libération », comme si elle relevait d’un privilège arraché à l’oppresseur, alors qu’elle ne devait jamais leur être enlevée.
N’est-ce pas honteux, pour les oppresseurs, de constater que ceux qu’ils ont piétinés se réjouissent d’avoir retrouvé ce qu’ils n’auraient pas dû perdre ?
La liberté est un droit fondamental, une exigence permanente. Elle réclame une vigilance constante face aux multiples formes de domination, visibles ou invisibles.
Au lieu de brandir l’« indépendance » comme un trophée qu’on célèbre, il faut plutôt s’engager dans la lutte pour conquérir ce qui importe vraiment, à savoir la souveraineté réelle, la décolonisation des esprits et la liberté intérieure qui en découle. C’est à ce prix que l’Afrique noire pourra enfin s’affranchir de la domination impérialiste.
Axel Illary

