« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Politique

En Côte d’Ivoire, le désintérêt pour les cartes d’électeur révèle un malaise politique

La Commission Électorale Indépendante (CEI) a annoncé la prolongation, jusqu’au mercredi 22 octobre 2025 à 17h, de la distribution des cartes d’électeur. En cause, le faible engouement des citoyens, dont beaucoup ne se déplacent pas pour retirer leur document. L’opération, lancée il y a quelques semaines, peine à mobiliser les électeurs sur l’ensemble du territoire.

Selon divers observateurs, ce désintérêt traduit le climat politique tendu à la veille du scrutin présidentiel prévu le 25 octobre. À quelques jours du rendez-vous, une large partie de la population marque sa distance avec un processus qu’elle juge biaisé.

Deux grandes figures de la vie politique ivoirienne, Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, ont été écartées de la course pour des motifs fortement contestés. Le premier, fondateur du Front Populaire Ivoirien (FPI) et actuel président du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPACI), demeure un symbole du combat démocratique et du pluralisme politique. Le second, Tidjane Thiam, ancien ministre et technocrate respecté, dirige le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), fondé par Félix Houphouët-Boigny, premier président de la République de Côte d’Ivoire.

Leur exclusion alimente, chez leurs partisans, un sentiment de frustration. Certains ont choisi de boycotter le scrutin pour ne pas, disent-ils, « légitimer l’arbitraire » ni « donner un vernis de démocratie à un régime autoritaire ».

Cette  situation met en lumière la fracture entre le pouvoir et une partie importante du corps électoral.

La CEI espère inverser la tendance et sauver les apparences d’un processus inclusif. Mais la prolongation de la distribution des cartes ne répond pas à la question essentielle : comment réconcilier un peuple avec une élection dont il ne se sent plus acteur ? Sur le terrain, la méfiance s’est désormais installée.

Axel Illary

La Dépêche d'Abidjan

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