Dans son dernier roman, « Les Brèches du Silence », Axel Illary invite le lecteur à plonger au cœur de la mémoire africaine et de la lutte pour la vérité historique. À travers le personnage de Wazi Koudou, professeur d’histoire, l’auteur met en lumière l’urgence de transmettre aux Africains la richesse de leur passé. « La vérité n’est pas une offense. Elle est un outil de libération », affirme Wazi Koudou, incarnant le combat intellectuel et culturel que mène Axel Illary depuis des années. Il insiste plus particulièrement sur la jeunesse : « Commencez par montrer aux jeunes Africains que leurs ancêtres ont fondé des civilisations millénaires, que leurs langues, leurs arts et leurs sciences sont l’âme de ce continent. Montrez-leur qu’ils ne sont pas les descendants d’un mythe venu de loin, mais de la première humanité. »
Cette exhortation souligne que la transmission de ce savoir ancestral est un acte d’émancipation. En prenant conscience de leurs racines, les jeunes deviennent les acteurs essentiels de la renaissance culturelle et politique de l’Afrique.
Journaliste, documentariste et écrivain, Axel Illary consacre sa carrière à rétablir l’histoire de l’Afrique. Fondateur de La Dépêche d’Abidjan, auteur d’un essai sur le Zouglou et réalisateur de documentaires, il dénonce les falsifications historiques orchestrées par les colonisations et les religions abrahamiques. « L’histoire est le socle de l’identité et de l’avenir du peuple noir », explique-t-il, rappelant que, malgré les initiatives internationales comme l’Histoire générale de l’Afrique de l’UNESCO ou la Charte de la renaissance culturelle de l’Afrique adoptée en 2006, la transmission de ce savoir reste largement insuffisante.
Le roman illustre comment la fiction se révèle un puissant vecteur d’éducation et d’engagement. Wazi Koudou, Aïssata Diop et Zagolé montrent que la résistance à l’oubli peut être collective. L’écrivain souligne que la jeunesse, si elle est curieuse, inventive et prête à se réapproprier son histoire, est capable de constituer le moteur d’une renaissance culturelle et politique du continent.
L’œuvre s’inscrit dans une perspective panafricaine. Pour Axel Illary, le panafricanisme est un impératif pour l’unité du continent africain et de sa diaspora. Il est un projet de solidarité et de souveraineté. Selon lui, comprendre l’histoire permet de nourrir une vision politique en mesure de conduire à la réalisation de Kama, les États-Unis d’Afrique.
L’auteur soutient aussi que ce combat ne portera pas ses fruits sans l’engagement collectif. Les citoyens, les artistes, les intellectuels et bien d’autres doivent s’impliquer. Il estime que les chanteurs ont un rôle déterminant à jouer dans la bataille culturelle et déclare : « Les artistes, par leur art, peuvent lutter contre l’aliénation culturelle et réaffirmer la place de l’Afrique dans l’histoire mondiale. Pour cela, ils doivent se libérer de la vision coloniale qui les aveugle et leur fait croire que l’Afrique n’est pas assez entrée dans l’histoire. Beaucoup n’ont pas encore le courage de s’affranchir des croyances imposées par les oppresseurs. Ils répètent ce que les colons leur ont appris et diabolisent leur propre culture sans remettre en question les dogmes étrangers. Leur responsabilité reste pourtant cruciale dans la lutte pour la renaissance culturelle de l’Afrique. Certaines chansons présentent l’Afrique comme le berceau de l’humanité, mais leurs auteurs savent-ils vraiment ce que cela signifie ? » « L’Afrique est le berceau de l’humanité et de la civilisation », rappelle-t-il, en soulignant le rôle de l’Égypte antique et l’influence des savoirs africains sur le monde.
Avec « Les Brèches du Silence », Axel Illary propose bien plus qu’une lecture. C’est un appel à la prise de conscience et un guide pour que les Noirs du monde se réapproprient leur histoire et leurs savoirs, car connaître son passé constitue le premier pas vers la liberté.
Nowel Aka
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