« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Politique

Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo demande la réouverture du dossier ivoirien à la CPI.

Acquitté par la Cour pénale internationale, où il avait été détenu et jugé pendant des années aux côtés de Charles Blé Goudé, Laurent Gbagbo est rentré en Côte d’Ivoire en 2021. Sur place, il a été confronté à de nouvelles réalités. Il a alors créé le PPA-CI pour sortir du blocage né du conflit interne au FPI autour de la présidence du parti. L’ancien chef d’État a aussi été condamné à vingt ans de prison, une peine qui l’a rendu inéligible pour la présidentielle de 2025.

Lundi 8 décembre 2025, Laurent Gbagbo a publié un long courrier adressé aux Ivoiriens. Il y retrace les événements politiques et militaires qui ont bouleversé la Côte d’Ivoire entre 2000 et 2011. Il décrit les débuts de son mandat, les attaques armées, la partition du pays, les médiations internationales et la crise postélectorale de 2010. 

L’ancien président ivoirien rappelle plusieurs épisodes marquants, notamment le charnier annoncé à Yopougon dès son accession au pouvoir, les attaques des 4 et 5 janvier 2001, la rébellion de septembre 2002 qui s’installe à Bouaké et divise le pays en deux, les médiations diplomatiques successives sans résultat, les accords de Ouagadougou signés en 2007 avec l’appui de Thabo Mbeki, la Flamme de la paix, ses déplacements dans le nord, l’élection de 2010 tenue en l’absence de dépôt des armes, la double proclamation de victoire, l’intervention française, le bombardement de la résidence présidentielle par l’armée française et les troupes de l’ONU, son arrestation, puis son transfert à Korhogo et à la CPI avant son acquittement.

Le courrier met en avant divers sujets qui continuent de soulever des questions. Il s’interroge sur l’origine de la rébellion, son financement, les responsabilités dans les massacres, le rôle de l’ONU et des puissances étrangères dans l’organisation d’un scrutin alors que le désarmement n’a pas été réalisé, et demande pourquoi seules certaines figures ont été poursuivies.

Laurent Gbagbo affirme que son acquittement aurait dû ouvrir une nouvelle enquête sur les causes du conflit et sur ceux qui l’ont initié. Il explique avoir demandé à son avocat Emmanuel Altit de saisir à nouveau la Cour pénale internationale. Il insiste sur la nécessité de la vérité pour garantir la paix et estime avoir fait sa part. L’ancien détenu de la CPI soutient que tant qu’un fait n’est pas jugé totalement, il devient une injustice. 

Axel Illary

La Dépêche d'Abidjan

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