« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Arts et Culture

Ce que l’avenue des Champs Élysées doit à l’Égypte antique

L’avenue des Champs Élysées, à Paris, est souvent présentée comme la plus belle avenue du monde. Derrière cette formule touristique se cache une histoire chargée de références culturelles, peu mises en lumière. En réalité, le nom de l’avenue renvoie à un héritage mythologique.

Les Champs Élysées apparaissent au XVIIᵉ siècle, dans le prolongement du jardin des Tuileries. Le jardinier André Le Nôtre, au service de Louis XIV, conçoit alors une large allée plantée pour organiser l’ouest parisien. Le lieu n’a pas encore la fonction commerciale et mondaine qu’on lui connaît aujourd’hui.

C’est en 1709 que l’allée prend officiellement le nom de Champs Élysées, un choix qui puise directement dans la mythologie grecque, selon laquelle les Enfers désignent le royaume des morts et englobent le Tartare, zone de souffrance, ainsi que les Champs Élyséens, lieu paisible et lumineux, exempt de souffrance, réservé aux héros et aux âmes justes.

Cette représentation s’inspire des champs d’Ialou, un mythe plus ancien issu de l’Égypte pharaonique, qui occupe une place centrale dans la conception égyptienne de l’au-delà. Les champs d’Ialou sont présentés comme des terres fertiles où l’âme, après avoir été jugée, poursuit une existence idéale. L’accès à cet endroit dépend de la pureté morale du défunt. Le cœur est pesé contre la plume de Maât. S’il est léger, l’âme y est admise.

À ce sujet, de nombreux chercheurs, dont le savant Cheikh Anta Diop, soulignent les circulations culturelles entre l’Égypte ancienne et le monde grec.

De fait, la notion de paradis dans la mythologie égyptienne, avec les Champs d’Ialou, reprise dans la mythologie grecque sous l’appellation des Champs Élysées, a inspiré le royaume des cieux des religions abrahamiques.

À Paris, les Champs-Élysées constituent une transposition inédite de ce mythe. Le paradis devient un espace réel, traversable et accessible à tous. L’avenue relie le jardin des Tuileries à l’Arc de Triomphe, monument dédié aux victoires et aux morts glorifiés de la nation. Elle s’impose comme un lieu de célébration, de rassemblement et de défilés. Les héros modernes y sont honorés par la foule.

Du Nil à la capitale française, en passant par la Grèce, le même imaginaire se déplace et se recompose. Paris n’a pas inventé les Champs Élysées. Elle les a rendus visibles en donnant une forme urbaine à un mythe de l’Égypte antique, transmis par la Grèce.

Axel Illary

La Dépêche d'Abidjan

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