« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Arts et Culture

Le rôle du journaliste culturel dans la désaliénation de l’Afrique

La question de la désaliénation en Afrique engage directement l’homme de culture. Elle engage encore plus le journaliste culturel, parce qu’il agit dans l’espace public.

L’aliénation culturelle résulte de l’hégémonie impérialiste. Cette domination hiérarchise les cultures. Les savoirs locaux sont dévalorisés, qualifiés de barbares, au profit de ceux des oppresseurs.

L’homme de culture doit travailler contre cette délégitimation. Il doit rendre visible ce qui a été rendu invisible et redonner de la valeur à ce qui a été déconsidéré. 

Le journaliste culturel occupe une position stratégique, car ses choix peuvent influencer profondément la manière dont la société se regarde. Dans ce contexte, il doit participer à la reconstruction de la mémoire.
Il a pour mission d’affirmer le rôle pionnier de l’Afrique dans l’histoire de l’humanité, en rappelant que le continent est le berceau de l’humanité, contrairement aux récits diffusés par des livres dits saints, et que c’est sur cette terre que la pensée religieuse et philosophique a vu le jour.
Par ailleurs, en racontant les mouvements artistiques et intellectuels, ainsi que les luttes culturelles, il éclaire l’histoire.
Cette mémoire constitue une base solide pour penser le présent et préparer l’avenir.

La désaliénation passe par l’esprit critique. Le journaliste culturel analyse, questionne et démontre que la culture est un véritable champ de luttes. Il doit également interroger la domination spirituelle, notamment la présence des religions abrahamiques dans le monde noir, qui ont joué un rôle actif dans la traite des Noirs, l’esclavage et la colonisation.

Dans sa démarche, il lui revient de promouvoir la renaissance culturelle de l’Afrique, telle que définie dans la Charte adoptée par les chefs d’État africains membres de l’Union africaine en 2006 au Soudan. Il doit être un acteur qui exige la restitution des biens culturels volés à l’Afrique, alors que ces oeuvres sont diabolisées par le christianisme et l’islam, les religions des colonisateurs.

Le journaliste culturel africain est appelé à être critique et militant. Sa tâche consiste à réaffirmer la légitimité des savoirs africains, à reconstruire la mémoire collective et à permettre à l’Afrique de retrouver sa voix et de décider de son destin.

Axel Illary 

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

2 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

4 semaines ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.