Bien avant les Évangiles, la mythologie de l’Égypte ancienne racontait déjà la mise à mort d’un dieu innocent, son démembrement, puis son retour à la vie. Le récit d’Osiris précède de plus d’un millénaire celui de Jésus-Christ. Cette antériorité invite à examiner les ressemblances.
Osiris, dieu et roi bienveillant, civilise, enseigne et instaure la justice. Mais il devient la victime d’un complot ; son frère Seth, jaloux, le trahit, le tue et disperse son corps. Le dieu souffre.
Dans les Évangiles, Jésus est lui aussi présenté comme un homme juste, porteur d’un enseignement moral et spirituel. Il est trahi, arrêté, jugé, puis exécuté publiquement.
Osiris renaît grâce à Isis. Il devient souverain de l’au-delà. Jésus ressuscite au troisième jour. Il apparaît à ses disciples. Sa résurrection fonde l’espérance de la vie éternelle pour les chrétiens.
La Passion met en scène l’innocent condamné. La ressemblance est nette. On retrouve des points communs frappants : mort violente, descente dans le royaume des morts, puis retour à la vie.
Le thème du corps occupe une place décisive. Le corps d’Osiris est démembré puis reconstitué. Le corps de Jésus est supplicié, transpercé, mis au tombeau, puis ressuscité. Dans les deux traditions, le salut passe par un corps meurtri.
Le monde méditerranéen de l’Antiquité tardive était traversé par des échanges culturels intenses. Les cultes à mystères et les figures de dieux mourants et ressuscités circulaient largement.
Le christianisme s’inscrit dans ce paysage religieux, où la mort et la résurrection d’une figure divine n’étaient pas une idée neuve.
Il a repris un mythe ancien sous l’autorité romaine et l’a réorienté vers une histoire du salut universel.
La Passion du Christ prend ainsi place dans une tradition antérieure qui associait déjà souffrance divine et promesse de vie.
Axel Illary

