« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Arts et Culture

Quand des Africains christianisés dévalorisent leurs croyances ancestrales

On entend souvent que la spiritualité africaine n’a pas protégé les Africains de l’esclavage. Ces propos viennent  d’Africains christianisés qui cherchent à dévaloriser leurs propres croyances, reprenant la vision imposée par les colons et les missionnaires blancs pour affirmer la supériorité du christianisme sur les cultes africains.

Les croyances africaines seraient « sans valeur », et le christianisme, supérieur.
Pourtant, l’histoire raconte que c’est grâce au vodou et aux autres spiritualités africaines, transportés dans les cales des navires négriers, que les Noirs ont pu préserver leur humanité, résister et se libérer de l’esclavage.

La cérémonie du Bois Caïman a marqué le point de départ de la révolte des Noirs, qui a abouti à la naissance d’Haïti, première république noire libre et symbole puissant de résistance.

Ceux qui se réclament du christianisme oublient que le Jésus qu’ils adorent, ce dieu si populaire en Afrique, n’a pas épargné les Africains de la servitude. Bien au contraire, en son nom, des atrocités ont été commises telles que la traite négrière, l’esclavage et la colonisation. Il n’a pas non plus sauvé le peuple dont il serait issu des tragédies qu’il a vécues et est lui-même mort, d’après la Bible, crucifié comme un vulgaire bandit, en criant sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Il est temps que les Noirs christianisés ou islamisés comprennent que les religions dominantes en Afrique ont servi et servent encore d’instruments de l’impérialisme, destinés à maintenir la domination étrangère sur le peuple noir.

Diaboliser ses pratiques ancestrales n’est que le reflet d’un endoctrinement, fruit du lavage de cerveau opéré par les colons et les missionnaires blancs.

La décolonisation des esprits est indispensable pour briser l’aliénation et mettre fin à cette domination infamante.

Axel Illary 

La Dépêche d'Abidjan

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