« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Arts et Culture

Yahvé, Jésus-Christ, Allah : pourquoi ils ne sont pas des dieux universels

Yahvé, Jésus-Christ et Allah seraient des dieux universels. En réalité, cette idée, totalement fausse, imposée par l’esclavage, la colonisation et la prédication, sert à dominer des peuples.

L’Afrique est le berceau de l’humanité. C’est là que l’homme a commencé à penser et que sont apparues les premières idées du Dieu unique. Des milliers d’années avant que le christianisme et l’islam ne traversent le désert et la mer, des peuples africains comme les anciens Égyptiens adoraient Rê, Aton et d’autres figures d’un Dieu suprême. En effet, l’idée selon laquelle l’Afrique n’aurait rien apporté à la spiritualité mondiale est  contredite par l’histoire elle-même.

D’autre part, l’humanité a connu des milliers de dieux. Chaque civilisation a façonné ses divinités en fonction de son environnement, ses peurs, ses espoirs et sa vision du monde. En Mésopotamie, en Inde, en Grèce, en Afrique, les panthéons étaient nombreux.

Dans l’Égypte ancienne, sous le pharaon Akhenaton, le culte d’Aton affirmait déjà la centralité d’un Dieu unique bien avant l’expansion du judaïsme, du christianisme et de l’islam. Dans de nombreuses traditions africaines, l’Être suprême créateur occupait la place la plus haute, au-dessus des esprits et des ancêtres.

Cependant, le christianisme et l’islam, fortement représentés en Afrique, prétendent à l’universalité. Cette affirmation ne correspond pas à la réalité historique, car un dieu universel devrait être reconnu par tous les peuples et à toutes les époques. Or ce n’est pas le cas. De fait, des milliards d’êtres humains ont vécu et sont morts sans connaître Yahvé, sans prier Jésus-Christ, sans invoquer Allah.

D’autres ont refusé ces figures au nom de leurs propres croyances.

Pour les Africains noirs, prendre en compte cette réalité est essentiel. Cela permet de rompre avec un récit de domination qui fait croire que le salut ne peut venir que de l’extérieur.

L’Afrique n’a jamais été un désert spirituel. Elle a été à l’origine de la pensée religieuse mondiale.
Yahvé, Jésus-Christ et Allah sont des figures centrales pour leurs croyants. Ils ne sont pas des dieux universels.

Axel Illary

La Dépêche d'Abidjan

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