« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP

Sénégal : La coiffure de la ministre des Sports au cœur d’une polémique qui interroge

La polémique est bien réelle. Quelques mois après sa nomination, Glady Djiraye Clotilde Coly, nouvelle ministre des Sports du Sénégal, est devenue la cible de nombreuses critiques sur sa coiffure. Ses cheveux très courts, qualifiés par certains de coupe « garçonne », ont été jugés incompatibles avec l’image qu’ils se font d’une femme ministre.

Cette controverse interroge. Pourquoi, en 2026, une coupe courte portée par une femme noire suscite-t-elle autant de réactions ?
Les cheveux courts sont aujourd’hui un effet de mode, mais ils constituent aussi, pour de nombreuses femmes noires, un choix identitaire. Porter ses cheveux naturels, très courts ou rasés peut traduire une volonté de s’affranchir de standards de beauté hérités de la colonisation, qui ont longtemps valorisé les cheveux lisses et les traits européens.

On peut se demander si ce débat aurait eu lieu si la ministre était apparue avec de longues mèches ou des cheveux lisses, plus conformes aux normes de beauté imposées depuis des décennies. La question mérite d’être posée.

En effet, le passé explique en partie cette polémique. Durant l’esclavage, les coiffures des femmes noires étaient reconnues pour leur beauté. Dans certaines colonies, cette élégance suscita des tensions. En Louisiane, l’ordonnance connue sous le nom de Tignon Law, adoptée à la fin du XVIIIᵉ siècle, obligeait les femmes noires libres à couvrir leurs cheveux. Plusieurs historiens estiment que cette mesure répondait notamment aux plaintes de certaines femmes blanches, qui voyaient dans ces coiffures une concurrence esthétique.

Cette histoire a nourri, plus tard, un mouvement de réappropriation et d’affirmation identitaire. Des femmes noires ont commencé à refuser les injonctions qui les poussaient à lisser leurs cheveux pour se conformer à des standards de beauté occidentaux et être socialement mieux acceptées. Le retour aux cheveux naturels, aux coiffures afro ou aux coupes courtes est devenu un geste de résistance.

Pourtant, cette mémoire reste largement méconnue, y compris en Afrique. Les conséquences culturelles de la traite négrière et de l’esclavage ne se limitent pas aux Amériques. Elles influencent encore aujourd’hui les représentations de la beauté dans de nombreuses sociétés noires.

Dénigrer la coiffure de cette ministre revient à ignorer le combat mené par de nombreuses femmes noires pour la dignité et l’affirmation de leur identité.

Axel Illary

La Dépêche d'Abidjan

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