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    Après la destruction du village rasta de Vridi : « Serges Kassy a voulu politiser le village» « Les auteurs de cette situation conflictuelle ont fui »« Alpha Blondy et l’Unartci n’ont rien fait pour nous »

    ByLa Dépêche d'Abidjan

    Nov 20, 2021

    Un an après la destruction de votre village, que devenez-vous ? Et quelle a été la suite de toutes vos démarches auprès de la mairie de Port-Bouet et des autorités ivoiriennes?

    Bah Bi Constant : C’est vrai que juste après la première étape d’expulsion (puisqu’il y en a eu trois), nous nous sommes rendus à la mairie de Port-Bouet dans le souci de rencontrer le maire. Mais après plusieurs tentatives avortées, nous n’avons pu rencontrer que son directeur de cabinet. Je ne peux pas dire que l’entrevue a été favorable. Car, depuis notre départ de la mairie, rien n’a été fait jusqu’à présent.

    Alors que c’est cette même mairie qui, en 1996, nous octroyait une attestation d’occupation provisoire du site. La dimension de la parcelle sur laquelle se trouvait notre village, est d’une superficie de 600 m2 enregistrée sous le numéro n° 241CPB/DOM/ST par la mairie elle-même. Donc, c’était vraiment à la mairie de donner une suite favorable à cette affaire. Cependant, c’est dommage qu’elle ne s’est pas engagée dans cette lutte qui, par ailleurs, fait perdre à la Côte d’Ivoire un de ses prestigieux patrimoines culturels et son rang de 3ème position sur la scène de la musique reggae. Pour ce qui est du ministre de la culture et de la francophonie, je profite de cette tribune pour lui dire merci. Car, lorsque nous nous sommes rendus à son cabinet, c’est avec son secrétaire général que nous avons échangé. Celui-ci a prêté une oreille attentive à nos différentes préoccupations. Et par la suite, le ministre nous a remis la somme de 500 mille Fcfa. Puis, il nous a même dit de trouver un site et

    qu’ensemble, nous procéderons aux démarches afin de nous loger.

    La destruction de votre village ne découle-t-elle pas de la politisation faite de l’espace par Serges Kassy et la galaxie patriotique ?

    B.B.C : L’affaire Serges Kassy, il faut le dire franchement, a terni l’image du village. Au sein de toutes organisations se trouvent des brebis galeuses. Ceux qui étaient responsables de cette situation conflictuelle ne sont plus parmi nous. Puisqu’ils voulaient politiser la chose. Or nous, rastafariens, nous ne rentrons pas dans ce jeu. Quand ils ont ressenti la menace s’approcher d’eux, ils ont tout simplement pris la fuite.

    A combien pourrait-on chiffrer le préjudice subi par votre communauté ?

    B.B.C : Tout ce qu’on veut, c’est qu’on nous dédommage. Vous savez bien comme nous, il y a eu la démolition des studios d’enregistrement, des habitations, des œuvres de l’esprit. En somme, tout a été détruit au village artistique (Rasta). Donc, si nous voulons estimer cette perte, elle s’élève à plus d’un milliard de Fcfa. Nous comptons beaucoup sur la justice ivoirienne. Puisque le représentant du ministre de la culture a même été sur le site. Et il a jugé l’acte posé par l’opérateur économique anormal. La justice doit faire son travail. Et en toute transparence, il faut que justice soit rendue et réparation soit faite.

    Quel est l’état d’esprit des habitants du village actuellement ?

    B.B.C : Nous sommes déçus de la lenteur du procès. Beaucoup sont aujourd’hui, par la force des choses, livrés à eux-mêmes. Nous avons du mal à nous nourrir. Vous savez bien comme nous, le Rastaman n’est pas un nécessiteux. Bien vrai que nous nous sommes retrouvés devant une telle situation, mais cela ne veut pas dire que nous sommes des ‘’mendiants’’. Nous avons estimé qu’il y a eu injustice. Venir expulser des personnes sur un site sans procédure d’expulsion ni respect des lois, c’est illégal dans un pays de Droit où nous vivons.

    Où vivez-vous désormais ?

    B.B.C : Nous sommes toujours au village. Seulement que nous sommes contraints de vivre derrière la clôture du site litigieux non loin des rails, étant donné que nous sommes encore en procès.

    Revenons au procès. Pourquoi les choses trainent ?

    B.B.C : Dès que le village a été détruit, nous avons saisi la justice mais c’est le 8 mars 2013 que le procès a été ouvert. Il y a eu six reports à cause de l’absence de Zaher, celui qui se dit propriétaire du site litigieux. Et chaque fois que Bailly a comparu, puisque c’est contre lui et Zaher que nous avons porté plainte, il n’a jamais apporté les procès-verbaux (Pv) de destruction. Il venait plutôt avec d’autres papiers qui n’avaient rien avoir avec le sujet. Pour l’instant, on va de report en report. Donc, à la date du 28 juin 2013, nous avons rendez-vous avec le juge d’instruction. Actuellement au village, l’état d’esprit est partagé. Puisqu’on a jugé inutile de faire violence. Parce que le Rastafarisme ne nous enseigne pas la brutalité. Par contre, ceux qui ont usé de la force pour nous expulser, ce sont eux les violents. La communauté Rasta en Côte d’Ivoire n’a jamais eu de problème avec les autorités. Donc, qu’on rende justice là où il y a eu injustice.

    Avez-vous senti la solidarité des uns et des autres notamment vos frères reggae makers depuis que vous vivez cette situation?

    B.B.C : Je tiens à dire merci à Tiken Jah Fakoly. Lorsqu’il a appris la destruction du village, il s’est déplacé personnellement pour venir nous rendre visite dans le mois de décembre 2012. Vraiment, du plus profond de mon cœur, ce geste a été symbolique pour nous. Une fois encore, un grand merci au grand-frère. En ce qui concerne les autres artistes, chacun a déploré la situation à sa manière. Je remercie également la chambre des métiers et de l’artisanat qui nous a apporté un soutien.

    Qu’avez-vous fait du million que Tiken Jah vous a offert ?

    B.B.C : Ce geste est arrivé au bon moment. Ça nous a permis de subvenir aux premiers besoins des sinistrés, de tenir le coup et d’éviter de se retrouver dans la rue et dans la poubelle. Parce que nous étions livrés à nous-mêmes avec nos enfants et nos femmes. Nous avons pu soigner nos enfants et soutenir nos femmes. Vraiment, je dis merci au grand-frère Tiken Jah.

    Et Alpha Blondy ?

    B.B.C : Il ne nous a pas aidés. Nous lui avons envoyé une lettre qui est restée sans suite. Idem pour l’Unartci (Union nationale des artistes de Côte d’Ivoire). Nous avons approché ses responsables qui sont restés sans réaction. Bien avant, ils étaient venus constater les faits et avaient dit être très affligés pour l’acte qui a été commis.

    Que deviennent les artistes tels que Ras Goody Brown, Kalujah qui sont des habitants de ce village ?

    B.B.C: Ils sont là et se battent pour survivre. Ce n’est pas facile parce qu’ils ont tout perdu.

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    Thu, 27 Jun 2013 12:33:00 +0200

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