
Jamais notre pays n’a connu une crise aussi grave. Jamais nous n’avons été aussi sceptiques quant à l’avenir de notre chère patrie.
Tant les problèmes se sont multiplés en si peu de temps, tant demain semble obscur.
Aujourd’hui, le Mali est confronté à 2 crises inédites: la crise du nord et la crise institutionnelle. Pour beaucoup, c’est la première qui a déclenché la deuxième. Les deux sont toutes d’une ampleur inouie et sont toutes à resoudre avec urgence. L’urgence est telle, pour l’une et pour l’autre, que les Maliens sont aujourd’hui divisés sur les priorités. Mais dans mon analyse pour une sortie de crise, je propose de résoudre d’abord la deuxième.
D’abord une évidence s’impose, c’est que nous ne pouvons résoudre les 2 crises simultanément. Il faut procéder par méthode.
De la crise institutionnelle:
Nombreux sont ceux qui pensent que la crise du nord est à la base de la crise institutionnelle. Pour moi, c’est le contraire. C’est bien la crise institutionnelle qui est à l’origine de la crise du nord dans la forme sous laquelle nous l’avons connue ces dernières années.
C’est le système ATT fondé sur la corruption, la chienlie, le trafic d’influence et la gabegie, qui a immoralisé la politique malienne et entraîné le pays dans ce gouffre. Vous aurez compris, l’heure n’est pas à la désignation de coupables mais plutôt à la recherche de solutions.
Je ne vais donc pas m’apesantir sur cet aspect, mais pour moi, la crise actuelle n’aurait pas pris cette envergure si:
– les soldats étaient recrutés sur la base du mérite
– si l’aptitude l’emportait sur la déscendance
– si le Président mesurait la hauteur de son poste et ne s’adonnait donc pas à des actes de bassesse allant jusqu’à flirter avec les trafiquants de drogues et les preneurs d’otages occidentaux
– si la justice était juste
– si l’impunité n’était pas notre dévise
Un président qui oublie qu’il est le garant de la justice sociale et qui dit ne pas vouloir humilier… finit par humilier tout son peuple.
Beaucoup de documents et révelations mettent en doute la sincérité de l’ancien président quant à la resolution de la crise du nord.
Après avoir démis un tel président, je m’étonne de voir aujourd’hui les Maliens réclamer la 2e personnalité du regime tombé. Le Malien est-il si ignorant pour se mordre son propre doight ou essaie-t-on de lui tordre le bras ?
Néanmoins, je ne peux m’empêcher de me poser un certain nombre de questions
– Si Dioncounda était un homme d’Etat, pourquoi en sa qualité de Président de l’Assemblée Nationale n’a t-il jamais interpellé un ministre sur des cas de corruption ?
– Pourquoi Dioncounda a t-il cautionné les accords d’Alger (en tant que Président de l’Adéma) qui ont affaibli l’Etat malien au nord ?
– Pourquoi Dioncounda n’a t-il jamais interpellé le gouvernement sur la gestion du nord ?
– Pourquoi Dioncounda avec la majorité de la classe politique ont-ils majoritairement suivi ATT à l’aveuglette ?
– Pourquoi l’Assemblée nationale n’a t-elle pas émis une motion de censure contre le gouvernement, surtout lorsque ce dernier a pris l’initiative lâche et suicidaire de laisser rentrer les futurs rebelles avec armes et bagages au Mali ?
Ce n’est donc pas surprenant de voir aujourd’hui que c’est bien ce même monsieur après la chute du regime qui remue sable et fumier pour être désigné Président. Puisqu’il ne s’occupe, à l’image de l’essentiel des politiques maliens, que de ses intérêts personnels. Jamais les intérêts du Mali ne le préoccupent une seconde.
Mais ce qui est surprenant, c’est le comportement du peuple malien qui le reclame aujourd’hui.
Ressaisissons-nous chers compatriotes.
Confier la transition à Dioncounda, c’est rétablir le regime ATT avec ses mauvaises pratiques. C’est accepter qu’on vous vole encore une fois vos voix lors de l’élection présidentielle à venir.
Confier la transition à Dioncounda, c’est surtout d’accepter d’inscrire le Mali dans une instabilité chronique. Parce que les vrais problèmes ne seront pas resolus et un autre coup d’Etat sera justifié demain.
Dans un Etat pauvre, lorsqu’il n’y a plus d’espoir pour les pauvres parce qu’ayant le sentiment que le mérite ne compte pas.
Dans un pays où le système semble verrouillé par les plus privilégiés
Ce pays ne connaîtra jamais une paix durable.
Dieu vient d’offrir au Mali l’occasion d’échapper à l’ancrage éternel d’un tel système ignoble. Saisissons cette chance. Barrons la route à Dioncounda pour diriger la transition.
Vous aurez compris, le choix de Cheick Modibo Diarra comme PM de transition a eu l’adhésion de tous les maliens. Tout le monde a salué cette décision sage qui peut être une solution.
Mais le choix de Dioncounda n’a jamais fait l’unanimité et ce serait plus un problème qu’une solution.
Ce n’est pas au regard de l’homme lui-même, mais en considération de son passé et de son rôle dans l’ancien regime.
Dioncounda n’est pas l’homme de la situation.
J’en appelle à un sursaut populaire pour reclamer haut et fort notre refus du dicktat de la Cedeao.
De la crise du nord
Mes pensées vont à nos parents, frères et soeurs qui vivent dans ces régions dans la terreur, le manque de liberté et surtout violemment isolés de leurs parents, frères et soeurs du sud.
Cette situation ne doit pas durer.
Il faut regler définitivement la question du nord. Mais pas dans la précipitation. Il faut le dire. Au delà de la crise institutionnelle à Bamako, l »armée malienne ne peut et ne doit pas lancer maintenant une offensive contre les rebelles. Ce serait une très grave erreur qui aura pour seule conséquence: l’echec.
Une fois les institutions retablies, le Mali doit refondre l’armée. Lancer un vaste programme de recrutement et de formation de jeunes et de volontaires dans l’armée de la République.
Investir dans l’armement (matériel, formation, logistique) et nouer les partenariats necessaires à cet effet.
C’est une fois fin prêt que le Mali doit lancer l’assaut, mais définitif, pour recupérer les régions du nord.
Enfin, pour ce qui est de la transition, je suis de ceux qui pensent que le Capitaine Sanogo peut la diriger.
Mais vu toutes les tractations qui ont lieu au sujet de Sanogo et de Dioncounda, je propose une 3e piste: celle de désigner un autre malien comme Président de la Transition par consensus. La Cedeao peut jouer son rôle d’arbitre à condition de ne prendre parti comme elle l’a fait pour Dioncounda Traoré.
Le Mali regorge de beaucoup de personnes de caractère et de charisme suffisants pour diriger la transition.
Mais ne nous trompons pas de combat: cette personne doit répondre aux règles de moralité et de déonthologie sans faille.
Que Dieu bénisse notre Maliba.
Fousseni Traoré
Malien vivant en France
fousseintraore@yahoo.fr
Thu, 24 May 2012 14:30:00 +0200
