Yahya Jammeh brouille les cartes
La situation qui prévaut aujourd’hui en Gambie s’est écrite en plusieurs actes :
– Acte 1 : au pouvoir depuis 22 ans dans un pays qu’il a dirigé d’une main de fer, Yahya Jammeh crée la surprise en reconnaissant en public sa défaite. Cette attitude en a surpris plus d’un et a conduit le président de la Commission électorale indépendante à saluer la "magnanimité" de Yahya Jammeh.
– Acte 2 : alors que les pays africains et la communauté internationale saluent ce scénario extraordinairement positif pour la démocratie en Afrique, Yahya Jammeh effectue une volte-face spectaculaire dans une déclaration télévisée vendredi soir. "Tout comme j’ai loyalement accepté les résultats, en croyant que la Commission électorale était indépendante, honnête et fiable, je les rejette dans leur totalité", a-t-il indiqué. Et dénonçant "des erreurs inacceptables" de la part des autorités électorales, le voilà qui exige la tenue d’un nouveau scrutin.
– Acte 3 : se positionnant désormais à nouveau comme l’incontournable président des Gambiens, Yahya Jammeh a, dans sa déclaration de vendredi, assuré que "l’intervention de puissances étrangères ne changerait rien", prévenant qu’il ne tolérerait aucune protestation dans les rues. Joignant l’acte à la parole, il a même empêché l’avion amenant une mission de la Cédéao de se poser à Banjul, si l’on en croit le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Mankeur Ndiaye.
Adama Barrow exhorte au calme
Réaction immédiate en Gambie d’abord, avec la déclaration du président élu Adama Barrow. Celui-ci, s’adressant à Yahya Jammeh, lui a demandé d’accepter sa défaite à l’élection présidentielle du 1er décembre avant de rejeter sa demande de nouveau vote. À l’endroit de la population et de ses partisans, il a adressé un appel au calme et surtout "à vaquer à leurs affaires". "Je vous invite à garder "discipline et maturité", a-t-il dit en substance.
À l’endroit de Yahya Jammeh, Adama Barrow a indiqué qu’"(il) l’exhorte à changer de position et à accepter de bonne foi le verdict du peuple".À l’issue d’une réunion de l’opposition qui s’est tenue à son domicile, il a par ailleurs ajouté que le président sortant n’avait pas le pouvoir constitutionnel de convoquer une nouvelle élection.
Fait important : jeudi, Adama Barrow s’était prévalu du soutien du chef de l’armée, le général Ousman Badjie. Celui-ci, aux dires d’Adama Barrow, aurait dit qu’"(il) était fidèle au président Yahya Jammeh parce qu’il était élu président". Il a affirmé que maintenant que je suis élu par le peuple gambien, il allait me soutenir", a déclaré Adama Barrow. Un fait qui n’est pas apparu anodin dans l’esprit de Jammeh qui a réagi en accordant des promotions jeudi et vendredi à quelque 250 officiers et officiers supérieurs. Une manière de séduire une partie de l’armée dans, sans doute, son dessein de garder le pouvoir.
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