Chose curieuse, l’hôpital qu’on présente comme abandonné et manquant cruellement d’équipements vient une fois encore d’enregistrer la disparition, mieux le vol d’un moniteur, un matériel très important pour le bon fonctionnement d’un bloc opératoire. Un vol qui prolonge ainsi le coma de l’hôpital dont nous parlaient certains journaux.
Mais bon Dieu, pourquoi s’amuse-t-on autant sur des sujets aussi vitaux comme ceux qui touchent au secteur de la santé ? Comment un journaliste peut-il se permettre d’aborder avec légèreté et complaisance, un sujet sur le CHU, un centre de santé déjà réputé pour l’incurie et la cupidité de son personnel soignant ?
Il est établi que le CHU SO ne dispose plus d’équipements ; le peu qui reste encore, n’est pas en état de bien fonctionner. C’est le constat qui a été fait avant que le scandale du vol de matériel n’éclate.
Pour reprendre les termes de ce fameux journaliste, "le CHU SO plongé dans un coma profond" et nous ajoutons prolongé par le personnel médical.Le CHU SO est tout sauf un centre de santé. Ce n’est pas un secret pour personne. Les médecins eux-mêmes ne recommandent pas cet hôpital à leurs proches.
Figurez-vous que le simple accueil des patients laisse déjà à désirer. Malgré toutes les thèses qui soutiennent que l’accueil dans un centre hospitalier constitue l’une des étapes importantes dans la guérison d’un patient. Si l’accueil est exécrable, nous laissons imaginez le séjour des patients. Passons ! Le CHU est dans un coma profond. Voilà qui est bien dit.
Pour un journaliste qui se veut professionnel, le vrai travail journalistique, l’investigation, commence après le constat des faits. Un vrai journaliste ne se limite pas, devant une situation critique comme celle-là, au reportage des faits. Il doit aller au-delà du simple constat des choses.
Ainsi, nos confrères devraient aller au-delà des faits en menant des enquêtes sur le terrain, en pénétrant ce système obscur pour ressortir l’élément caché, autrement dit, le ou les origines des problèmes que rencontre le premier centre hospitalier du Togo. Les questions qu’ils devraient se poser c’est de savoir pourquoi les salles sont si sales alors qu’il y a un personnel chargé de la propreté des lieux ? Pourquoi les bouteilles d’oxygène et de gaz sont toujours vides ? Pourquoi la pharmacie est toujours sous-équipée tandis que les pharmacies privées attenant à l’hôpital sont mieux fournies et qu’il ne se passe pas un seul mois que l’on n’entend pas parler de dons de produits pharmaceutiques à l’hôpital ? Pourquoi les blocs opératoires sont vidés de leurs matériels ? Pourquoi l’hôpital est devenu un grand dépotoir à ciel ouvert ?
Autant d’interrogations qui auraient pu conduire nos confrères du journal l’Alternative sur la piste des médecins eux-mêmes, les premiers fossoyeurs de ce centre santé, parce que l’équipement des hôpitaux, les produits pharmaceutiques sont détournés vers les pharmacies et cliniques où ils officient en privé, ou alors, où ils sont actionnaires.
Se borner à un reportage photo sur un sujet aussi sensible que la santé c’est faire preuve d’une légèreté inexcusable pour un journaliste. D’ailleurs, à voir la chronologie des évènements, on a tendance à penser qu’il y a une main noire qui a fait circuler dans les médias des informations faisant état du manque de matériel au CHU SO, une manière de préparer l’opinion à avaliser la disparition du moniteur dans un bloc opératoire.
Cette main noire était presque en passe de réussir cette opération de conditionnement de l’opinion si ce sit-in inopiné n’était pas venu porter sur la place publique l’affaire. Et nous estimons que les confrères qui ont relayé les articles présentant le CHU SO comme dénué de tout, sont des complices passifs de ce vol.
Il est temps que le journalisme sorte des sentiers battus, le journalisme togolais doit prendre de la hauteur en proposant aussi bien au peuple qu’aux dirigeants un contenu édifiant et professionnel loin du sensationnel auquel on nous a habitué jusqu’à présent. Le CHU SO comme bien d’autres structures hospitalières de notre pays est devenu une entreprise personnelle des médecins. Vous avez l’argent et on vous soigne sur place ou bien le docteur en connivence avec les infirmiers vous invite à vous diriger dans la clinique du docteur parce que là-bas, il va mieux s’occuper de vous ; vous n’avez pas l’argent, vous pourrissez sur le lit d’hôpital, comme notre confrère Dela AGBO, paix à son âme.
Quid des éternels maux de nos médecins : la cupidité ?
Au CHU, même les cadavres sont dépouillés de leurs biens. Si votre femme doit accoucher, apprêtez-vous à vivre l’enfer sur terre. Si un de vos proches doit subir une opération chirurgicale, pensez à une somme trois fois supérieure au montant nécessaire.
Pour les femmes césarisées à qui on demande seulement 10 % des frais pour subir l’opération, l’Etat togolais prenant en charge le reste, au CHU, vous pouvez payer jusqu’à 100 000 F sans recevoir de factures. Tout le monde est à la fois prescripteur et vendeur des médicaments qu’il prescrit.
Comment procèdent-t-ils ces médecins? Ils prescrivent les médicaments. Vous les achetez chez eux et au lieu de les administrer effectivement au patient, ils les gardent pour eux puis ils les revendent à un autre et ainsi de suite.
Les médecins détournent, et au mieux des cas, sabotent les appareils de l’hôpital afin de diriger les patients vers leurs propres cliniques où les examens sont plus chers. Les appareils des services de radiologie, de scanner, d’endoscopie, de cardiologie, d’échographie subissent fréquemment des sabotages. Si ce n’est pas un élément qui manque, c’est tout l’appareil qui ne marche pas. Du coup, on vous dit d’aller dans telle clinique pour faire l’examen.
Le cas du moniteur disparu est de loin un cas unique et singulier. Si l’affaire a fait tant l’objet de bruit au sein de l’opinion, c’est que pour une fois, le nouveau chef de l’hôpital a décidé de sévir en confiant les enquêtes au service dédié notamment le SRI.
Le SYNPHOT est le premier responsable de la situation désastreuse et chaotique dans laquelle se trouve le CHU SO.
Ce nous disons n’est pas de l’affabulation.
Les médecins du CHU SO doivent se couvrir de honte. Après avoir demandé et obtenu toutes sortes de primes pour améliorer leurs salaires, ils s’emploient dorénavant à saboter systématiquement le centre de référence au Togo.
Il y a dix ans de cela, le CHU SO jouissait d’une réputation solide. Mais avec l’arrivé d’une frange d’excités, véritables destroyers déguisés en médecins syndicalistes, l’hôpital n’est plus ce qu’il était. A quoi sert donc ce serment pris solennellement devant les togolais pour travailler en toute âme et conscience loin de l’intérêt personnel ?
Les médecins du CHU SO doivent se rappeler qu’ils sont avant tout des togolais formés par l’Etat togolais, c’est-à-dire aux frais du contribuable. Il n’y a aucune école de médecine privée au Togo. Il faut qu’ils s’en souviennent, ils ne sont pas plus togolais et plus intelligents que les autres ; s’ils remplissaient loyalement leurs devoirs, ils n’apporteraient, comme tout autre togolais, que leur pierre à l’édification de la mère patrie. Nous vivons dans une société qui fonctionne comme un organisme où chacun participe à la bonne marche de l’ensemble du pays pour le bien de toute la communauté. Ils doivent avoir permanemment à l’esprit qu’ils ne sont pas plus importants que les enseignants du cours élémentaire qui ont forgé et continuent de guider, les premiers pas du citoyen de demain. Y’aurait-il médecin s’il n’y avait pas d’enseignant ? Et pourtant, malgré la pléthore des enseignants, on ne se plaint pas pour autant de détournements de matériels et de dysfonctionnement dans l’enseignement comme on le voit au niveau du secteur de la santé. Que faut-il en déduire ? Que le ver est finalement dans le fruit ?
Mon, 01 Sep 2014 11:01:11 +0200
