« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Côte d’Ivoire – Affrontements avec les Frci, le signe d’un malaise profond

Le 26 décembre, des affrontements entre des éléments Frci et les autochtones Abidji ont fait 5 morts à Sikensi (60 km au nord d’Abidjan), dont deux dans les rangs des soldats. Une semaine plus tôt, le 18 décembre, 6 personnes avaient été tuées à Vavoua (centre-ouest) dans des heurts entre les soldats et la communauté Malinké de la ville. Le 14 décembre, la Préfecture de Police d’Abidjan a été attaquée par des hommes en treillis pour faire libérer des Frci mis aux arrêts. Le 19 novembre, des violences entre Frci et les populations d’Ebilassokro (Abengourou, Est ivoirien) ont fait un mort. Le 23 septembre un affrontement entre éléments Frci s’est soldé par deux morts à Yopougon… . La liste est longue et les raisons sont liées à la composition de cette armée et à son fonctionnement actuel.

Les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire sont la nouvelle armée mise en place par le président ivoirien Alassane Ouattara à sa prise du pouvoir en mai dernier. Une armée réunifiée, se composant à la fois des ex-Forces de Défense et de Sécurité (Fds, armée sous Laurent Gbagbo) et les ex-rebelles des Forces Nouvelles (Fn, qui ont occupé la moitié nord de la Côte d’Ivoire jusqu’en novembre 2010) renforcés par des civils volontaires. Dans l’imagerie populaire ivoirienne, les “Frci“ désignent généralement ces ex-rebelles et volontaires intégrés de facto à la nouvelle armée et dont les principaux chefs ont été promus dans la nouvelle hiérarchie.

Des forces controversées…

Ces forces ont combattu pour la cause d’Alassane Ouattara lors de la crise postélectorale contre les ex-Fds favorables à Laurent Gbagbo et composent aujourd’hui l’essentiel des éléments opérationnels de la nouvelle armée. Mais pour les partisans de l’ex-chef de l’Etat ivoirien, ces forces restent “illégales“ et leurs actions, si elles n’en sont pas réellement, sont vite assimilées à des “exactions“ qui provoquent une “indignation réflexe“ dans les régions favorables à Laurent Gbagbo. Dans ces régions ou quartiers, ces soldats, ne faisant pas partie de l’Armée traditionnelle, sont considérés à tord ou à raison comme des forces “illégales“. En raison de la situation socio politique, les premières plaintes à leur encontre provoquent peu de réactions de la part des nouvelles autorités. Et renforcent le sentiment d’injustice. “Pourquoi voulez vous qu’on traite des sauveurs comme les bourreaux ? Les Frci sont arrivées pour mettre fin aux tueries“, s’interrogeait le Procureur d’Abidjan Simplice Kouadio lors d’une conférence de presse en septembre.

…dont les frasques ont fini par fâcher aussi les pro-Ouattara

En effet, les partisans du président Ouattara ont accueilli favorablement les Frci. Qui sortis vainqueurs de la bataille d’Abidjan, en sont devenus les nouveaux maîtres. Ils acquièrent très vite une réputation de “bons vivants“. Un fait qui transparait dans les incidents qui les engagent. Des événements d’Abengourou du 19 novembre à ceux récents de Sikensi cette semaine, une constante demeure. Abus et rivalités amoureuses sont généralement à l’origine de ces incidents meurtriers. A Vavoua, selon des témoins, une altercation entre des jeunes et la compagne d’un chef des Frci a été à l’origine de la descente musclée des soldats. Provoquant dans la ville, une révolte de la communauté Malinké (originaire du nord ivoirien), pourtant favorable à la présence des Frci. A Sikensi, la dispute oppose avant tout deux prétendants amoureux, dont l’un, militaire, a appelé à une expédition punitive qui a mis le feu aux poudres.

Les événements de Sikensi sont intervenus une semaine après ceux de Vavoua qui avaient provoqué la colère du président ivoirien. Alassane Ouattara, lors d’une rencontre d’urgence avec la hiérarchie militaire, avait prôné une “tolérance zéro“ à l’encontre des Frci indélicats et mis en place une police militaire, dirigée par l’ex-chef rebelle, Zakaria Koné.

Analphabètes sans réel encadrement militaire

Mais ces injonctions du président de la République ont produit très peu d’effets sur des effectifs à majorité analphabète. Et qui, depuis leur association à l’armée nouvelle ne bénéficient pas de programmes militaires visant à les former aux métiers des armes. Des colloques et séminaires ont été organisés pour harmoniser les grades, pour trouver une nouvelle appellation de l’armée. Sans qu’aucun programme ne soit mis en place pour la formation des “nouveaux soldats“. Par ailleurs, les programmes de réinsertion n’ont pas produit de résultats probants. Malgré leur grand nombre les résultats de ces programmes se font encore attendre. Si bien qu’on a l’impression que ce chantier est encore vierge. De nouveaux procédés de réinsertion sont à explorer. Qui impliquent préalablement des suivis psychosociologiques accrus et une assistance économique. Un traitement psychiatrique et psychologique est d’autant plus important. Et viserait un traitement clinique. Car les dérives sont généralement les résultantes de complexes acquis au contact des armes et peuvent cacher des pathologies chez des analphabètes novices à la pratique de l’autorité militaire.

Comme dans l’ex-rébellion

Dans les casernes ou commissariats qu’ils occupent encore, les Frci sont pratiquement livrés à eux-mêmes. Ils ont du mal à passer du statut de rebelles ou de simples insurgés à celui d’élément d’une Armée nationale. Leurs agissements dévoilent un pan subtil du malaise. En effet, bien que leurs chefs aient été nommés à la tête des différentes compagnies de la nouvelle armée, les Frci issues des ex-Forces nouvelles, ont conservé leurs différentes factions et leur mode de fonctionnement. Ces chefs se sont vus confié la sécurité de quartiers à d’Abidjan ou de villes à l’intérieur du pays, à l’image des zones dont il était les commandants dans les ex-zones sous leur contrôle. A l’image de l’ex-rébellion. Ainsi, les hommes d’Issiaka Ouattara alias Wattao, devenu commandant en second de la Garde Républicaine et responsable de la sécurité à Abidjan sud a conservé ses hommes dans cette zone. Quand, Zakaria Koné, responsable de la sécurité à Adjamé (quartier commerciale au centre d’Abidjan), reste entouré de ses hommes. Les soldats n’ont ainsi que très peu conscience du changement opéré. Par conséquent, les anciennes habitudes, bonnes ou mauvaises peuvent toujours refaire surface.

En Côte d’Ivoire, les populations ont de plus en plus mal à supporter les Frci. Mais le comportement déviant persistant des “brebis galeuses“, de la nouvelle armée ivoirienne, dénote un problème plus subtil, à divers origines. Des réformes sont urgentes. Mais à peine sorti d’une crise postélectorale, le gouvernement ivoirien a la bourse liée. En attendant que des solutions soient apportées, les dérives des éléments des Frci ternissent l’image de l’Armée ivoirienne. Ces violences qui en résultent freinent la reprise économique. Pis elles retardent la réconciliation qui demeure le principal défi du président Alassane Ouattara, huit mois après la chute de Laurent Gbagbo.

afreeknews.com

Wed, 28 Dec 2011 21:19:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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