« Est beau tout ce qui plaît universellement sans concept », dixit Emmanuel Kant. Mais demandez à une européenne si être stéatopyge (grosses fesses) est canon de beauté. En Occident, le culte de la minceur, les fesses plates comme critère esthétique. Sous les Tropiques, c’est la forme généreuse, la bonne chair. Voulez-vous avoir un postérieur proéminent comme celui de la Vénus Hottentote ?
« Bienvenu dans l’Institut Botcho ! Vous voulez notre crème pour faire grossir les fesses ? ». Formule par laquelle Aria accueille ses clientes sur sa page Facebook. Elle dit habiter Abidjan et déroule une présentation bien rodée des ses produits miracles : suppositoires d’huile de foie de morue, crème Bobaraba ou crème verte… Tous feraient grossir le postérieur des dames en quelques semaines, et tous leur promettent un formidable “botcho” (fesses volumineuses). Canon de beauté en Afrique. Les formes rebondies sont prisées au Sud du Sahara.
C’est au début des années 2000 que les femmes ont commencé à avaler toutes sortes de substances pour faire gonfler rapidement leurs fesses, leurs seins ou leurs hanches. Certaines vont jusqu’à s’injecter des doses de Deca-Durabolin, produit très apprécié des culturistes. Dr Léonce Zoungrana, gastroentérologue et nutritionniste, explique que c’est « un stéroïde anabolisant qui favorise le gain de poids. Bien sûr, cela va favoriser le développement des muscles fessiers, combiné à une rétention d’eau dans les tissus. Mais les effets secondaires sont nombreux : hypertension, maux de tête, saignement de nez, acné… ». Comme beaucoup de ses confères, il regrette le silence des pouvoirs publics et l’absence de campagne d’information.
Les vendeurs, eux, s’improvisent pharmaciens. « Je te conseille de choisir entre crème et suppositoires. Tu ne peux pas utiliser les 2 en même temps », explique Aria. En véritable “experte”, elle affirme qu’ « après l’application de la crème, il faut frotter avec l’huile ». Les fesses deviendraient ensuite « bombées et bien molles ». Elle-même dit avoir utilisé ces produits et gagné 3 tailles de pantalon. Mais pour la composition des crèmes, il faudra repasser. Pas de notice ni de posologie. Mais une simple étiquette qui signale la présence de beurre de karité, de salive d’escargot, de racines de fromager, et de plantes du Brésil.
Et puis il y a le fameux bouillon cube Maggi. Ingrédient quasi-incontournable de la gastronomie africaine. Sur lequel nombre de femmes croient pouvoir compter pour grossir. Introduit par voie anale, il permettrait une accumulation de graisse au niveau des fesses. Une aberration pour Léonce Zoungrana. Qui dénonce l’ « absence de preuve scientifique », et s’inquiète des conséquences sur la santé des utilisatrices. « Du fait de sa forte teneur en sel, le bouillon cube peut être corrosif pour les muqueuses et entraîner des infections. Les complications peuvent mettre en jeu la vie de ces femmes ! ». Chez Nestlé, n° 1 mondial de l’alimentaire, qui fabrique le cube Maggi, on s’étonne des pouvoirs attribués au produit et on affirme que tout cela est « trompeur » et « dénué de tout fondement ».
Angela, 33 ans, aujourd’hui installée à Paris, reconnaît avoir utilisé des pommades et des cachets pendant près de 6 mois quand elle vivait à Abidjan. Elle voulait « de grosses fesses » parce que là-bas « c’est un signe de beauté ». En tout, elle en a eu pour 60 000 F CFA. Est-ce que ça marché ? « Non, pas vraiment ! », dit-elle.
Source : Jeune Afrique
Sun, 18 Nov 2012 20:24:00 +0100
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