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    La Liberté d'Informer

    « Gbagbo n’est pas un enfant pour qu’on demande pardon pour lui, à sa place. Il a pleinement conscience de son rôle historique »

    ByLa Dépêche d'Abidjan

    Nov 20, 2021

    Les chefs de village de Gagnoa ont parlé à Soro Guillaume , et l"énumération des problèmes qu’ils ont évoqués fait ressortir clairement que leur solution ne peut être que nationale. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que Soro, dans sa réponse, a dit qu’il allait transmettre les préoccupations de ces notables à celui qui détient désormais le pouvoir d’état. Les chefs de village ne sont pas des hommes politiques. Vouloir donner une portée politique à leur démarche qu’ils ont eux-mêmes qualifiée de diplomatie coutumière, c’est faire preuve de mauvaise foi. Faire croire qu’ils ont demandé pardon alors que rien dans leur discours qui a été publié ne peut incliner à penser cela, c’est aussi faire preuve de mauvaise foi. Cela dit, même si les chefs de village demandaient pardon, il n’y aurait aucune conclusion à en tirer sur le plan politique. Vous savez, le 11 juillet 1985, Houphouët-Boigny est allé à Gagnoa pour sceller avec la population une réconciliation qui devait se faire sur le dos de Gbagbo alors en exil. Certains cadres de cette région qui avaient des responsabilités politiques au sein du PDCI, et qui parlaient à cette occasion au nom des populations, n’avaient pas hésité à vilipender Gbagbo, allant jusqu’à le traiter d’aventurier. Certains de ceux-là ont fini par rejoindre le président du FPI devenu président de la république parce qu’ils ont compris que son combat n’était pas un combat pour Gagnoa ou pour on ne sait quelle autre région, mais un combat pour la Côte d’Ivoire.

    En remontant plus loin, on trouvera que c’est une pratique qui a été régulièrement éprouvée et qui consiste à isoler un groupe ethnique. On se souvient que Charles Donwahi avait dû prendre la parole , sans aucun mandat, pour parler au nom des bétés quand le pouvoir de Boigny voulait isoler Pierre Kipré, Koudou Kessié et Gbagbo Laurent qui posaient pourtant des revendications nationales puisqu’elles concernaient les franchises universitaires. Même les officiers supérieurs bétés de l’armée de Côte d’Ivoire avaient été mis à contribution. Là, c’était Zézé Baroan, chef d’état-major des FANCI, une armée présentée comme républicaine, qui s’était exprimé en leur nom.

    Et Gbagbo avait dû partir en exil pour faire connaître son combat, un combat pour la démocratie et pour la Côte d’Ivoire.

    En 1989, après le retour de Gbagbo de six ans d’exil à Paris, cette pratique infantilisante avait toujours cours. Joachim Djédjé Bagnon, aujourd’hui président du conseil régional de Gagnoa et membre éminent du PDCI, avait fait venir à Abidjan le vieux Zèpè Koudou chez Houphouët-Boigny , à l’insu du responsable politique de l’opposition clandestine qui avait dû faire une mise au point.

    Gbagbo n’est pas un enfant pour qu’on demande pardon pour lui, à sa place. Il a pleinement conscience de son rôle historique. Il sait ce qu’il veut, et nous savons ce qu’il veut. Son combat n’est pas un combat pour Gagnoa, mais pour la Côte d’Ivoire et pour l’Afrique. Toute instrumentalisation de l’ethnie est donc vouée à l’échec.

    Alexis Gnagno

    Fri, 02 Aug 2013 05:35:00 +0200

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