« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

L’obsession de la confiscation du pouvoir

Ouattara est en pré-campagne électorale pour 2015. Déjà, en juin-juillet 2013, il est sur le terrain, rabâche les baratins dans les oreilles, et exhorte les populations à le voter, même à 100%. Oui, le voter à 100%. On se rappelle ces scores absurdes des chefs d’Etat, lors des scrutins présidentiels de façade, dans les régimes à parti unique.
Ouattara réclame 100% des voix dans le Nord, présenté comme son bastion, où il consacre l’exclusion de façon inimaginable. Ouattara ne prend pas soins des jours qu’il a arrachés aux Ivoiriens, prétendant qu’il est «la solution» à leurs problèmes. Alors qu’ils s’attendaient à ce qu’il fasse preuve de son efficacité qu’il a annoncée, il plonge les Ivoiriens dans la misère. Il se distrait et distrait le peuple sur des chantiers lancés par l’ex-Président de la République Laurent Gbagbo, donnant l’impression qu’il est au travail.
Car dans ces chantiers, quelles sont les entreprises ivoiriennes qui exercent véritablement ? Combien d’Ivoiriens sont-ils au nombre des ouvriers et employés sur ces chantiers afin que l’argent circule dans les poches de ceux-ci et que la misère s’éloigne de leurs foyers ? Naturellement, un groupe de personnes, courtisans, ex-rebelles, représentants des parrains d’ici et d’ailleurs, ex-mercenaires, sont servis, d’une façon ou d’une autre, avec une prodigalité exceptionnelle par le régime.
Ce groupe n’hésite pas à faire sa louange et à dire, à chaque occasion, que Ouattara est magnanime, bon à l’infini et bâtisseur devant Dieu. Ouattara estime que la crise ne lui a pas donné le temps de se consacrer à son programme. Il veut donc se rattraper. Or, c’est lui et son camp qui, alors qu’ils ont créé l’ex-rébellion par laquelle lui Ouattara, a rendu le pays ingouvernable comme promis, disaient que Laurent Gbagbo avait eu dix ans et qu’il n’en avait rien fait. Pourtant après seulement deux ans de gouvernance, de septembre 2002 à octobre 2010, le Président Gbagbo a été obligé de rechercher la paix, de parcourir les capitales du monde, avec l’argent destiné au départ au développement du pays. Pour la paix, des ex-rebelles étaient entretenus, logés, payés cher par l’Etat, au détriment des programmes pour lesquels le Président Gbagbo avait été élu.
Cette situation avait été causée par lui Ouattara, qui pense aujourd’hui que la crise ne lui a pas permis de se consacrer à son programme. Or, donc la crise était un facteur paralysant des programmes ? Mais cette crise à laquelle il fait allusion, qui l’a créée ? C’est toujours lui, le fabriquant des crises. C’est lui qui a refusé de reconnaître les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel, et préféré l’option militaire, c’est-à-dire la guerre, là où Laurent Gbagbo a proposé le recomptage des voix. C’est lui qui a ordonné les différents embargos dont celui, bien meurtrier, sur les médicaments.
Si donc cette crise qu’il a montée de toutes pièces a dévasté le pays, il ne doit que s’en prendre à lui-même et non à qui que ce soit. D’ailleurs, n’est-ce pas parce qu’il y a crise, que la «solution » est utile ? Malgré l’ex-rébellion qu’il avait à gérer, qui avait divisé le pays en deux, qui pillait les ressources de sa moitié Nord-Centre-Ouest, et pesait sur les finances de la partie gouvernementale, malgré l’absence de soutien des partenaires, Gbagbo a été un bâtisseur pour son pays. Avec des budgets sécurisés, il a régulièrement payé les fonctionnaires, augmenté des salaires, donné la joie aux Ivoiriens.
Pourquoi donc Ouattara qui a le soutien de la communauté internationale, sous qui le point d’achèvement de l’initiative Ppte (obtenu grâce aux efforts du Président Laurent Gbagbo) a été atteint et des dettes annulées, a plongé les Ivoiriens dans la pauvreté ? Pourquoi remet-il à demain, 2015, ce pour quoi il est actuellement là ? N’a-t-il pas proclamé sa capacité à chercher l’argent en tant que banquier ? Qu’a-t-il fait de cette puissance à inonder le pays de milliards ? C’est maintenant que les Ivoiriens veulent le voir à l’oeuvre et non en 2015. Il n’avait pas à faire aux autres ce qu’ il n’aimerait pas qu’on lui fit. Et cette obsession de confisquer le pouvoir sans rien en faire de remarquable pour le peuple, est bien visible chez Ouattara. Mais le peuple n’est pas dupe. Il saura apprécier.

Germain Séhoué in Le Temps

Sat, 13 Jul 2013 13:39:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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