décembre 7, 2022

MA LETTRE À MONSIEUR ALAIN LOBOGNON: «VOUS FAITES PREUVE DU ZELE SUSPECT D’UN COUPABLE!»

Monsieur le Ministre, ce mardi 14 Août 2012, vous avez publié sur votre page Facebook un texte intitulé ‘‘Sécurité et Défense : Trois bonnes raisons pour ne pas s’en prendre à Guillaume SORO’’. Il s’agissait pour vous de justifier l’activisme insolite de votre patron Soro Guillaume au sujet des questions brûlantes de l’heure touchant à la sécurité et à la défense. Et vous avez écrit ceci : « Première raison. En sa qualité de Président de l’Assemblée Nationale, qui compte en son sein une commission sécurité et défense, SORO dispose bien de la loi qui l’autorise à recevoir les responsables de la défense et de la sécurité pour s’enquérir de la situation et surtout recevoir tous les éléments nécessaires à l’élaboration des textes de lois relatifs à ces sujets de souveraineté. Deuxième raison. Celle-là est liée à la solidarité qui doit exister entre les deux pouvoirs exécutif et législatif. Le Président du Parlement ivoirien qui n’a pas le droit de se réjouir des difficultés auxquelles pourrait face le Président de la République, est en droit de soutenir celui-ci dans le cadre de la protection de la Nation. Troisième raison. La disponibilité des autorités militaires et sécuritaires qui répondent à l’invitation du Président du Parlement ivoirien. Ni le Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur, ni la hiérarchie militaire elle-même, n’ont refusé de rencontrer Guillaume SORO ».

Voyez-vous Monsieur le Ministre, si, jusque là, nous vous avons laissé souvent distribué des informations et analyses fausses sur la vie de notre pays, c’est, en réalité, parce qu’avec vous les militants du MPCI, mouvement rebelle né de l’accouplement entre le désordre et la guerre, il est très difficile de parler sereinement de droit. Ce que vous venez de déclarer est d’une telle gravité que c’est nous qui en sortirons indignes des Professeurs Ouraga Obou Boniface et Yao Paul Ndré nos Maitres en Droit Constitutionnel, si nous ne réagissons pas. Permettez moi de vous annoncer d’entrée que nous vous avons compris et que nous savons bien que dans un intervalle de temps régulier, vous avez absolument besoin de démontrer votre loyauté à celui qui vous a fabriqué ; un peu comme le potier qui enlève la terre cuite du néant pour faire d’elle un pot. Mais sur ce coup, je suis aux regrets de vous dire que vous avez humilié davantage votre mentor car votre sortie est la dernière pièce qui manquait pour illustrer le malaise qui prévaut au plus haut niveau de la république à l’heure qu’il est. Monsieur le Ministre, la photo qui montre Soro Guillaume debout en train converser avec les chefs de guerre Fofana Losseni et Chérif Ousmane dit beaucoup de choses et les ivoiriens l’ont compris. Vu que vous voulez légaliser ces agissements, alors nous sommes obligés de nous dresser devant vous pour défendre notre formation de Juriste que nous recevions au moment où vous, vous désertiez les salles de classe où vous enseigniez l’histoire et la géographie pour aller assurer la communication des rebelles du MPCI avec le pseudonyme de Adjudant Antoine Beugré.
Sur la « première raison » : vous dites : « En sa qualité de Président de l’Assemblée Nationale, qui compte en son sein une commission sécurité et défense, SORO dispose bien de la loi qui l’autorise à recevoir les responsables de la défense et de la sécurité pour s’enquérir de la situation et surtout recevoir tous les éléments nécessaires à l’élaboration des textes de lois relatifs à ces sujets de souveraineté ». C’est faux ! Ni sa qualité de président de l’Assemblée Nationale, ni l’existence de la Commission sécurité et défense parmi les 6 commissions techniques de l’Assemblée Nationale ne confère à Soro Guillaume la prérogative de recevoir seul, directement Fofana Losseni et Chérif Ousmane pour recueillir les informations du théâtre des opérations. Et c’est le règlement intérieur de l’Assemblée Nationale qui le dit en son article 55.4 qui stipule clairement que : « le rapport sur le fond d’une affaire ne peut être confié qu’à une seule commission ». Ce qui signifie en l’espèce qu’il revenait à la commission sécurité et défense de l’Assemblée Nationale elle-même et non au président de l’Assemblée Nationale de recueillir les informations au sujet des attaques. En recevant seul et en dehors des activités réglementaires du parlement deux chefs de guerres, votre patron a tout simplement opéré un dépassement tendancieux de ses responsabilités ; ce qui pouvait aisément s’analyser en un abus de pouvoir si Fofana et Chérif cherchaient un argument juridique pour refuser de répondre à cette convocation. D’ailleurs, même dans le cas où la nécessité de s’informer en vue de voter des lois (grossier alibi) devait justifier la démarche de Soro Guillaume, le président de l’Assemblée Nationale qu’il est ne saurait s’adresser directement à deux chefs d’opération. L’ordre Etatique que nous avons eu la chance de côtoyer de près au Ministère de la Jeunesse et des Sports puis au Ministère des Infrastructures économiques impose dans ce cas que ce soit le Chef d’Etat Major de l’armée qui s’informe sur le terrain et qui informe à son tour le Ministre de la Défense et celui de la sécurité et de l’intérieur. Ce sont ces deux ministres qui sont habilités à donner ces informations en conseil des Ministres (ordinaire ou extraordinaire) ou au Président de l’Assemblée nationale si celui-ci est trop pressé. La seule autorité en Côte d’Ivoire en personne qui est habilitée à agir comme vous venez d’agir est celle qui porte le titre de chef suprême des armées c’est-à-dire le président de la république. Donc personne ne veut mettre votre patron en palabre avec Monsieur Alassane Ouattara comme vous tentez de l’insinuer dans votre « deuxième raison ».
Sur la « deuxième raison » : vous dites : « Celle-là est liée à la solidarité qui doit exister entre les deux pouvoirs exécutif et législatif. Le Président du Parlement ivoirien qui n’a pas le droit de se réjouir des difficultés auxquelles pourrait face le Président de la République, est en droit de soutenir celui-ci dans le cadre de la protection de la Nation ». De mémoire de jeune ivoirien, je n’ai jamais vu une telle solidarité républicaine qui en a aussi peu l’air. De mémoire du droit constitutionnel, je n’ai jamais entendu, ni jamais lu quelque part, une quelconque théorie de solidarité entre pouvoir exécutif et pouvoir législatif. Bien au contraire, la démocratie a toujours été nourrie par l’exigence de la théorie de la méfiance et de la distance entre ces deux pouvoirs tel que théorisé par John Locke et Montesquieu. Nous vous serions donc gré de nous indiquer les sources de cette nouvelle théorie au risque de nous autoriser à croire exactement le contraire de ce que vous voulez nous faire croire. Enfin, il n’y a que dans votre esprit au MPCI que le silence de votre chef devenu N°2 de l’Etat risque d’être interprété comme une désolidarisation vis-à-vis du N°1 de l’Etat. C’est précisément ce que les spécialistes de la criminalistique appellent « le zèle suspect du coupable ».
Sur la « troisième raison » : Vous dites : « la disponibilité des autorités militaires et sécuritaires qui répondent à l’invitation du Président du Parlement ivoirien. Ni le Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur, ni la hiérarchie militaire elle-même, n’ont refusé de rencontrer Guillaume SORO ». Monsieur le Ministre, vous ne croyez tout de même pas que ces personnalités allaient refuser de répondre à l’invitation de M. Soro Guillaume. C’est peut-être à force de le côtoyer que vous ne vous rendez plus compte de ce que vaut votre patron. Soro Guillaume, je vous le rappelle, a été chef de la rébellion qui vous a tout donné et en tant que tel, il a une science de la guerre que personne au plus haut sommet de l’Etat n’égale à ce jour. Comment voulez-vous donc que des ministres ne courent pas pour aller le voir quand ça tire partout en Côte d’Ivoire.
« Le pays est sous la menace de quidams qui n’entendent épargner personne ». Merci Monsieur le Ministre pour cette lecture des évènements qui rend service à l’entement public. L’attitude explicite de votre patron depuis l’attaque d’Akouedo se trouve élucidée aujourd’hui par cette phrase pédagogique que vous venez de prononcer et qui a aussi le mérite de faire le point de votre diagnostic psychologique marqué par la peur bleue ; en vérité, vous vous sentez tous en pôle position dans la hiérarchie des éventuelles cibles privilégiées de ces déstabilisateurs (que je condamne au passage) certes encore inconnus mais que vos exploits de guerre sont visiblement en train d’inspirer. Hélas ! Ils n’ont pas encore compris, eux, que tous les ‘‘bons exemples’’ ne sont pas à copier.
Merci Monsieur le Ministre d’avoir pris le temps de lire ma lettre. Je vous prie de croire en l’expression de mes salutations citoyennes comme vous croirez également en ma sincérité quand je vous souhaite beaucoup de succès dans votre combat pour le retour de la paix et la stabilité. Car les jeunes de Côte d’Ivoire en ont besoin pour juste survivre à côté de vous !!!

Fait à Paris le 15 Août 2012
Arsène TOUHO
Juriste, Ecrivain, Diplômé des Sciences Politiques

Mon, 20 Aug 2012 18:51:00 +0200

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