À l’occasion de l’investiture d’Axel Illary à la tête de l’Union des journalistes ivoiriens en France (UJIF), à Paris, l’écrivain et journaliste Tiburce Koffi, parrain de la cérémonie, a appelé le nouveau président à œuvrer à l’unité, au respect du pluralisme des opinions et à la défense d’un journalisme fidèle à sa vocation première, celle d’informer avec objectivité.
Nous vous proposons ci-dessous l’intégralité de son intervention.
La personnalité à investir aujourd’hui se nomme Axel Illary.
Le nom suffit à lui seul à justifier ma présence dans cet espace qui va le consacrer sous peu.
En quelques mots, je vais vous dire pourquoi. Axel Illary, c’est un nom connu dans le milieu de la presse ivoirienne, aussi bien en Côte d’Ivoire que dans la diaspora.
Axel Illary, c’est un confrère avec lequel j’ai partagé le bonheur de nombreuses aventures journalistiques, aussi bien en Côte d’Ivoire qu’en France.
Axel Illary, troisièmement, c’est un écrivain, un essayiste, un membre honorable de la communauté des gens de lettres.
Axel Illary est un intellectuel pour lequel j’ai beaucoup de respect. Il me rappelle par moments Zacharie Acafou, qui est un autre de mes grands amis.
Merci Acafou d’être là, merci.
Tous les deux, je pense, vous représentez des sources de fierté pour les Ivoiriens parce que vous avez su mettre en relief la réflexion intellectuelle au-dessus des déchirements politiques qui empoisonnent toujours les communautés, surtout quand elles sont ailleurs.
Toi, de même qu’Axel Illary, vous n’avez jamais cherché à savoir quel est mon bord politique, même si vous le devinez plus ou moins, avec beaucoup d’erreurs dans tous les cas.
Oui, j’ai dit beaucoup d’erreurs parce que je reste avant tout un homme libre, très libre, plus libre que vous ne croyez. C’est l’occasion pour moi de féliciter les représentants du RHDP, du PDCI qui sont là alignés ensemble.
Cette image est belle. Là où les politiciens de Côte d’Ivoire ont échoué, vous, les journalistes, vous, les Ivoiriens qui êtes ici, vous avez réussi à vous mettre ensemble.
Dans le fond, c’est cela le vrai message du président Félix Houphouët-Boigny. Je me rappelle encore une de ses dernières réflexions à l’endroit du RDR et du PDCI : tant que vous resterez ensemble, vous conserverez le pouvoir.
N’oubliez jamais ça. Ne prenez pas le risque de perdre ce pouvoir en vous divisant chaque jour, pour des broutilles finalement. Donc je suis content de vous voir comme ça.
Axel Illary, c’est enfin un ami, avec tout le sens que revêt le mot amitié, surtout chez les Bétés. Permettez-moi de le dire parce que moi, je suis un produit des Bétés. Auprès d’eux, j’ai appris ce que c’est que l’amitié.
Celui qui m’a donné mon éducation spirituelle est un Bété, Zunon Antonin.
Celui qui m’a formé intellectuellement est un Bété, Bernard Zadi Zaourou.
(…) J’en étais au stade où je vous disais les raisons pour lesquelles je suis ici.
J’ai énuméré ces raisons et les deux dernières sur lesquelles je venais quand même, c’est le fait qu’Axel Illary est surtout et aussi un personnage important dans la communauté des gens de lettres, aussi bien en Côte d’Ivoire qu’ici. C’est un romancier, c’est un essayiste, il est dans le domaine du cinéma.
Bon, c’est un monsieur qui a des humanités réelles et je suis vraiment toute sa production.
Enfin, je suis son ami.
Tous ces paramètres que je viens de citer justifient ma présence ici.
Chers parents, amis, confrères,
Nous sommes donc à une cérémonie d’investiture.
(…)
Cela signifie que nous avons dépassé l’ère des débats contradictoires.
On a fini d’analyser les textes.
Nous ne sommes plus dans le climat des propos grognons, des rappels à l’ordre, des motions de procédure et autres.
Tout cela est bel et bien terminé.
Cette cérémonie, dans le fond, est l’aboutissement d’une longue gésine.
Je l’ai suivie, j’ai vu les contorsions dans lesquelles était cette association de journalistes ivoiriens en France, j’ai suivi les étapes conflictuelles qui finalement ont abouti à l’élection d’Axel Illary.
Axel, tu sais très bien donc le travail qui t’attend.
Première tâche, veiller à unir ces journalistes.
À l’impossible nul n’est tenu.
Celui qui veut pas venir, on peut pas l’obliger à venir, mais garder la porte ouverte.
Vous êtes des journalistes d’un pays, d’un même pays.
Deuxième conseil à Axel Illary : le journalisme est sorti, dans le fond, de sa vocation première qui était d’informer les gens.
Aujourd’hui, le journaliste est devenu un agent politique.
La société, à tort, lui a conféré un rôle de Zorro.
Là où le citoyen se montre incapable de protester contre le dirigeant qui accable son peuple de toutes les misères, on attend que ce soit le journaliste qui le fasse et qui le dise.
La tentation est grande de jouer le Zorro, la tentation est grande de se croire Bruce Lee pour régler le compte aux dirigeants qui nous oppressent, c’est vrai, ils nous oppressent, mais s’ils nous oppressent, qu’on n’est pas content, mais qu’on se soulève. On n’a pas à attendre qu’un journaliste vienne nous soulever.
Mon maître me disait qu’aucun dictateur, fût-il puissant ou extra-puissant, ne peut soumettre un peuple pendant longtemps tant que ce peuple, d’une manière ou d’une autre, ne se montre pas consentant.
Vous avez lu Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie. Il décrit ce phénomène.
Un moment arrive dans l’histoire d’un peuple où il accepte parfaitement sa servitude.
Pourquoi voulez-vous que le journaliste joue le Zorro ?
Axel, méfie-toi de cette tentation.
Tu es journaliste, contente-toi d’écrire tes articles avec objectivité.
Fais tout pour souder le milieu des journalistes ivoiriens de France.
Comprends qu’il n’y a pas qu’une seule opinion, il y a beaucoup d’opinions dans ce milieu. RHDP, PDCI, PPA-CI. (…)
Donc dis-toi que tu as affaire à un univers d’opinions plurielles. La tienne ne doit pas nécessairement l’emporter sur celle des autres.
Nous sommes à une cérémonie d’investiture, c’est-à-dire à une fête, en réalité.
Je suis content, mon regard à gauche me montre bien qu’il y a des choses intéressantes à consommer.
Je pense que c’est plus intéressant que les discours qu’on va vous tenir.
Bonne fête d’investiture, Axel. Je te reconnais et tout le monde te reconnaît comme le président de l’Union des journalistes ivoiriens de France.
C’est l’essentiel.
Je vous remercie tous.
Sercom UJIF

