« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Même les remplaçants de la Côte d’Ivoire font peur

Sans forcer, à son rythme et, surtout, en alternant titulaires et remplaçants, la sélection de la Côte d’Ivoire a remporté son match amical disputé à Linz face à l’Autriche (0-3). Un match que le sélectionneur Sabri Lamouchi n’a pas voulu utiliser pour renforcer la cohésion de son équipe-type, mais plutôt pour voir à l’œuvre les «seconds couteaux», ces jeunes remplaçants parmi lesquels il devra trancher avant le 9 juillet pour choisir les 23 qui iront en Afrique du Sud disputer la CAN.

Une première mi-temps à un rythme d’entraînement

Il n’y avait qu’à voir le onze qui a débuté le match pour s’en convaincre : Salomon Kalou, Guy Demel, Siaka Tiéné, Yaya Touré, Emmanuel Eboué et même le capitaine Didier Drogba étaient laissés sur le banc. Des titulaires habituels, seuls le gardien de but Boubacar Barry, les défenseurs Arthur Boka, Kolo Touré et Sol Bamba et le milieu de terrain Cheick Ismael Tioté ont débuté le match. Et encore, il y avait des absents
(Gervinho, Jean-Jacques Gosso, Kader Keita…). Cela n’a pas empêché les Ivoiriens d’être dominateurs dès les premiers instants du match grâce à une bonne maîtrise technique et une circulation fluide du ballon. Ils se sont même permis une première demi-heure à un rythme d’entraînement, sans vraiment forcer, jusqu’à cette ouverture du score tout en opportunisme et en puissance de Didier Ya Konan.

Drogba a eu besoin de deux minutes pour marquer

La deuxième mi-temps a été l’occasion pour Lamouchi de faire jouer presqu’une deuxième équipe, exception faite du gardien de but. Ainsi, il a incorporé peu à peu tous ses remplaçants, notamment les plus «prestigieux» d’entre eux. Drogba est rentré à une demi-heure de la fin du match. Deux minutes plus tard, but ! Un but chanceux, il faut le reconnaître, puisque le gardien de but autrichien a été trompé par le rebond du ballon, mais c’est un but quand même. Il aurait en ajouter deux, sans trop forcer, tout comme les autres attaquants ivoiriens qui se sont vraiment lâchés dans les vingt dernières minutes.

Traoré, un nouveau Kanu

La troisième réalisation des Eléphants est signée Lacina Traoré, jeune attaquant longiligne (2,03m !), mais dont la grande taille ne le gêne nullement pour faire des gestes admirables avec le ballon. D’ailleurs, il n’est pas sans nous rappeler l’ancien attaquant nigérian, Nwanku Kanu : même taille, même toucher de balle, même efficacité. Dernière précision : il est le partenaire de Samuel Eto’o dans le compartiment offensif de Anzi Makhachkala, club qui l’a acheté pour 19 millions d’euros. En résumé, la sélection ivoirienne fait vraiment peur, surtout avec ses jeunes joueurs qui ne sont pas moins performants que les stars de l’équipe. Son attaque crache le feu et son milieu de terrain est royal.

Seule bonne nouvelle : la charnière centrale est toujours précaire

Seule bonne nouvelle pour ses adversaires à la CAN : sa défense centrale est toujours aussi précaire. C’est même le vrai point faible de l’équipe et ce n’est pas pour rien que Lamouchi a commencé le match par des doublures dans tous les compartiments, sauf en défense, conscient qu’il ait des risques. La sélection autrichienne, pourtant limitée comme le démontre le score du match, s’est quand même procuré des occasions sur des errements de la charnière centrale ivoirienne, avec des attaquants qui se sont retrouvés par trois fois face-à-face avec Boubacar Barry. Même le latéral droit, Igor Lolo s’est fait plusieurs fois déborder. En somme, la Côte d’Ivoire marque beaucoup, mais peut encaisser tout autant. Pour l’instant, elle a eu la chance, face à des sélections coriaces, de marquer autant (2-0 face au Maroc) ou plus (4-2 contre le Sénégal) qu’elle n’en a encaissé. Reste à savoir si cette chance va durer.
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Bonaventure Kalou était aussi au stage
Pour le match amical face à l’Autriche, le sélectionneur Sabri Lamouchi avait convoqué Salomon Kalou, l’ancien attaquant de Chelsea, aujourd’hui à Lille. Or, le frère aîné du joueur, Bonaventure Kalou, était également présent. Ancien international lui aussi, ayant notamment joué à Lens, il évolue aujourd’hui dans un club français des petites divisions. On ne sait pas s’il était présent à Linz sur invitation de la Fédération ivoirienne de football ou bien à ses propres frais.
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Les frères Kalou sont repartis en jet privé
Alors que la grande majorité des joueurs de la Côte d’Ivoire sont rentrés hier matin sur Paris, avant de rejoindre leurs clubs respectifs, Salomon Kalou et son frère Bonaventure sont repartis juste après le match, vers minuit. Ils avaient affrété un jet privé qui les a ramenés directement à Lille.
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Koller (sélectionneur Autriche) :
«Contre une telle équipe, il faut être solide derrière»
A la fin de la défaite concédée par son équipe face à celle de la Côte d’Ivoire, le sélectionneur suisse de l’Autriche, Marcel Koller a mis cette débâcle sur le compte du manque de concentration de ses défenseurs : «Durant la première mi-temps, nous avons regardé les Ivoiriens jouer. Il ne fallait pas leur laisser des espaces. Mes joueurs auraient dû tenter le pressing. Les défenseurs ont manqué de vigilance sur les buts inscrits. Un match face à une équipe de classe mondiale donne beaucoup d’enseignements qui doivent être analysés. Contre une telle équipe, il faut être très solide derrière et nous ne l’avons pas été ce soir.»
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Vieira, l’invité surprise
Après la victoire acquise face à l’Autriche, la délégation ivoirienne a eu la surprise de recevoir, à l’hôtel, la visite de l’ancien international français Patrick Vieira. Ce dernier, qui avait suivi le match au stade aux côtés du président de la Fédération ivoirienne de football, a été emmené voir Sabri Lamouchi, son ancien coéquipier en sélection de France, puis est resté dîner avec les Ivoiriens.
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La présence d’un journaliste algérien a provoqué un climat de méfiance
Lamouchi et ses joueurs boycottent les médias
La guère psychologique dans la perspective de la CAN-2013 semble avoir débuté du côté de la sélection de Côte d’Ivoire. Il ne peut en être autrement quand on constate que les joueurs ont pris le parti de boycotter les médias durant le stage de Linz, allant même jusqu’à faire l’impasse même sur les traditionnelles conférences de presse. Officiellement, cela est présenté comme étant un choix personnel des joueurs, mais l’attitude méfiante des dirigeants de la Fédération ivoirienne de football à notre égard tout au long du séjour des Eléphants à Linz, par le simple fait que nous représentons un média algérien, laisse supposer que c’est une mesure délibérée.

Certains joueurs ont refusé carrément de parler, d’autres se sont défilés
Quand on aborde n’importe quel membre de la délégation ivoirienne, l’accueil est, de prime abord, très avenant, le sourire en sus. Il suffit de lui dire qu’on est Algérien pour voir son visage se crisper, son regard fuir et ses paroles balbutiées. Officiellement, le président de la Fédération ivoirienne de football, Augustin Sidy Diallo, nous a autorisés à parler aux joueurs. «S’ils veulent bien vous répondre», a-t-il précisé, mais lesdits joueurs nous renvoient à leur tour aux dirigeants, assurant qu’on leur a fermement interdit de s’exprimer dans les médias. Certains joueurs nous ont promis, par politesse, d’être à notre disposition après le match, mais il était flagrant que ce n’était qu’un moyen de gagner du temps. Effectivement, après le match, chacun s’est cloitré dans sa chambre. D’autres, moins hypocrites, nous ont ouvertement dit «Non !» et cela avait le mérite de la clarté.

Même la conférence d’après-match et la zone mixte ont été «zappées»
Déjà, le fait qu’aucun journaliste ivoirien n’ait fait le déplacement à Linz était un indice sur le fait que la sélection ivoirienne n’allait pas communiquer. Plus même : le chargé de communication de la fédération, Berthe Adou, n’a pas été du voyage. C’est lui qui devait organiser les points de presse et mettre l’entraîneur et les joueurs à la disposition des représentants des médias à la fin du match. Conséquence : les Ivoiriens ont «zappé» la zone mixte, secteur où les joueurs rencontrent les journalistes. Motif officiel invoqué : «Le stade est mal fait et il aurait fallu faire le tour pour se rendre à la zone mixte.» Même si le stade de Linz est effectivement mal conçu (la zone mixte est une petite pièce dans laquelle on ramène les joueurs alors qu’elle devrait être le passage des joueurs vers leur bus), ce n’est guère une excuse. Sabri Lamouchi ne s’est même pas présenté à la conférence d’après-match, comme le veut l’usage, alors que la salle se trouve juste au-dessus du vestiaire. L’attachée de presse de la Fédération autrichienne de football, Iris Stöckelmayr, a eu beau essayer, elle n’a pas pu ramener les joueurs et l’entraîneur ivoiriens. Elle peut s’estimer heureuse d’avoir convaincu Didier Drogba de dire quelques mots à la télévision autrichienne la veille du match.

Le journaliste de l’AFP a essayé même à l’hôtel, en vain
Que dire alors du journaliste de l’AFP, Jean Bach ? Venu de Vienne avec Alex, un photographe, spécialement pour la Côte d’Ivoire, il n’a pas pu faire faute de collaboration des Ivoiriens. Il s’est même rendu à l’hôtel Schellerpark dans l’espoir de rencontrer des joueurs, en vain. C’était «Ils sont en train de prendre une douche», puis «Ils sont en train de dîner», puis «Ils discutent au téléphone avec leurs familles»… A minuit et demie, ils ont rendu les armes. «On s’en va. Je dirai à mes supérieurs que, pour la prochaine fois, inutile de venir travailler avec les Ivoiriens», lâche-t-il, dépité. Originaire de Strasbourg, il nous donne l’exemple de Ryad Boudebouz : «J’ai travaillé quelques fois avec lui, mais il ne m’a jamais fait courir comme aujourd’hui.»

«Vous avez vu ce soir à quelle sauce l’Algérie va être bouffée !»
Un supporter ivoirien – très sympa, par ailleurs – nous a lancé après le match : «Vous avez vu ce soir à quelle sauce l’Algérie va être bouffée !» On ne sait pas pour la sauce, mais l’entrée, elle, est de mauvais goût. Selon un membre de la délégation ivoirienne, la défaite de la Côte d’Ivoire face à l’Algérie en 2010 est encore mal digérée, à tel point qu’elle continue d’être un cauchemar. Est-ce pour autant suffisant pour tomber dans la paranoïa vis-à-vis de la presse algérienne ? Il faut poser la question aux dirigeants ivoiriens, car on a bien senti que les joueurs, eux, n’avaient aucune objection à s’exprimer s’ils y étaient autorisés, surtout que plusieurs d’entre eux nous avaient accordé des interviews par le passé sans aucun problème. La différence d’approche est grande entre les hommes de terrain, qui savent que seule vérité qui compte est celle du terrain, et les dirigeants bureaucrates qui préfèrent jouer sur les nerfs en prônant le black-out. Non seulement ces derniers se trompent d’ennemi, mais ils se trompent carrément de guerre.

lebuteur.com

Fri, 16 Nov 2012 01:09:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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