« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: PeopleSports

Le racisme dans le football, une réalité persistante

Dans un entretien accordé à The Bridge, Kylian Mbappé, capitaine des Bleus, livre un témoignage brut sur les insultes racistes dont il est victime au cours de sa carrière de footballeur et met en lumière une réalité que de nombreux joueurs noirs et métis subissent dans le football européen. Il évoque notamment les insultes reçues après un penalty manqué contre la Suisse et raconte avoir été traité de singe par une partie du public.

Le racisme anti-Noirs s’inscrit dans une longue histoire marquée par des justifications religieuses. En effet, l’interprétation du mythe de la malédiction de Cham a servi pendant des siècles à légitimer des hiérarchies raciales en attribuant une prétendue infériorité aux personnes noires. Ce récit n’a aucun fondement historique et théologique, mais il a cautionné l’esclavage ainsi que la colonisation des populations noires et continue d’alimenter l’idée de leur prétendue infériorité.

Dans certains stades et dans l’espace médiatique du football, ces héritages demeurent visibles. Les joueurs noirs ou métis sont parfois victimes de propos racistes de la part de leur propre camp après une défaite ou une contre-performance. Ils font dans certains cas l’objet d’injures de la part des supporters adverses.

Plusieurs cas sont devenus emblématiques. On peut en citer quelques-uns. En Italie, Mario Balotelli a été régulièrement ciblé par des cris de singe et des insultes racistes dans des stades. En Espagne, Vinícius Júnior, joueur du Real Madrid, a été victime d’actes racistes en Liga, notamment à Valence en 2023, un épisode qui a déclenché une forte réaction médiatique et institutionnelle. Le Brésilien a aussi été la cible de campagnes de dénigrement répétées en Espagne. En France, des joueurs comme Kalidou Koulibaly ou N’Golo Kanté ont été associés à des épisodes de racisme dans les tribunes et sur les réseaux sociaux. Samuel Eto’o avait déjà dénoncé des cris de singe en Italie dans les années 2000. En Angleterre, Raheem Sterling a souvent parlé publiquement du racisme dans les médias et sur les réseaux sociaux, en soulignant la manière dont certains traitements médiatiques alimentent ces stéréotypes. Dans le rugby et d’autres disciplines, des cas existent aussi, mais ils sont moins médiatisés, ce qui rend leur documentation difficile.

Dans ce contexte, certains joueurs développent une conscience historique et politique qui leur permet de comprendre que ces représentations reposent sur des constructions anciennes.

La réaction passe aussi par la performance. Elle consiste à refuser que l’échec ponctuel définisse une identité. La continuité des carrières, la régularité et la longévité deviennent des réponses appropriées aux lectures dégradantes.

L’engagement de Lilian Thuram, ancien joueur de l’équipe de France et fondateur de la Fondation Lilian Thuram – Éducation contre le racisme, illustre cette prise de conscience. Dans un entretien mis en ligne sur le site de l’université de Bordeaux, il rappelle que le racisme dans le football est très visible en raison de l’exposition des joueurs, mais qu’il s’inscrit dans une réalité plus large et souvent plus silencieuse, touchant aussi des personnes qui n’ont ni visibilité ni moyens de défense. Il raconte avoir vécu des « cris de singe dans les tribunes » et des « bananes jetées sur la pelouse », avant de souligner qu’il n’y a pas nécessairement plus de racisme dans le football que dans la société en général, mais qu’il y est plus visible. Il insiste enfin sur le fait que les personnes les plus vulnérables sont souvent celles qui n’ont ni protection ni exposition publique.

Axel Illary

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

Immobilier en Afrique : le CIEPA veut transformer l’épargne de la diaspora en investissements sécurisés

Face aux risques fonciers, aux difficultés de suivi des chantiers et au manque de garanties…

8 heures ago

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

2 semaines ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

1 mois ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

1 mois ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

2 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

2 mois ago

This website uses cookies.