« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Tribune

Pitreries de « journalistes »


Ils avaient projeté de réconcilier les Ivoiriens grâce à la victoire des Eléphants. Ils ont tellement rêvé de ce moment où, entourés des héros de cette compétition, ils se recouvriraient de la liesse des Ivoiriens comme le signe de leur popularité, qu’en tombant des nues, ils ont perdu le sens de la mesure. Sur le Nouveau Réveil d’hier, on pouvait lire ceci : « des pro-Gbagbo jubilent et dansent, c’est méchant, c’est cruel et antipatriotique». A l’intérieur, le journaliste Ouattara Cherif nous donne la mesure du désespoir et du ridicule en écrivant ceci : « ils sont même sortis pour danser et chanter et réclamer la réinstallation de Gbagbo au pouvoir (…). Ces gens qui, jusque là se disaient patriotes ont démontré à la face du monde que le bonheur du pays n’est pas leur préoccupation.» Sur un autre support, précisément à la radio nationale, Rash N’Guessan, face au manque de mobilisation à l’aéroport, n’a pas pu contenir sa colère contre les pauvres Ivoiriens que la fête de Dramane Ouattara n’intéressait pas. «Tant pis pour ceux qui ne sont pas sortis, les vrais Ivoiriens se sont mobilisés pour accueillir les Eléphants… » Pouvait-on entendre vociférer le médiocre autodidacte sauvé des eaux du chômage technique à la RTI par son militantisme au RHDP. Nous n’arrivons même pas à nous indigner face à l’ironie de ces propos. Eux, qui voulaient tellement voir les Ivoiriens réconciliés, les voila en proie à l’esprit de division pour diffuser des propos haineux contre des personnes qui n’ont jamais pris les armes pour attaquer leur pays, mais qui sont subitement devenus moins Ivoiriens, moins patriotes parce qu’ils sont restés chez eux pour éviter de cautionner l’imposture, la récupération politique et saluer très bas le coup du sort. Mais ce que ces "journalistes" ignorent, à l’instar de leurs mentors, c’est qu’une défaite comme celle des Eléphants, dimanche dernier, aurait même pu servir de ciment social. Autant la victoire aurait pu être une occasion pour nous réconcilier selon leur plan, autant cette défaite aurait pu nous permettre de communier autour de ceux qui sont tombés les armes à la main. D’autres auraient compris que la crise ivoirienne est bien trop profonde pour s’absoudre d’un coup de patte dans un ballon. Mais hélas, que faut-il attendre des gens qui ne comprennent que leur propre langage, celui de la violence et de la mesquinerie ?



Joseph Marat

Thu, 16 Feb 2012 15:37:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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