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    La Liberté d'Informer

    « Je suis musulmane avant d’être Noire » : quand l’aliénation devient une fierté

    ByLa Dépêche d'Abidjan

    Mai 27, 2025

    C’est clair. Les idées reçues véhiculées par certains Noirs christianisés et islamisés contribuent, malgré eux, à éveiller les consciences en Afrique. En défendant bec et ongles des dogmes importés, ils révèlent l’ampleur de l’aliénation culturelle héritée de l’esclavage et de la colonisation. De plus en plus de personnes musulmanes et chrétiennes remettent désormais en question ces croyances ouvertement.

    Un exemple flagrant de cette dépossession identitaire est une vidéo récemment relayée sur les réseaux sociaux, dans laquelle une jeune femme noire affirme avec assurance qu’elle est musulmane avant d’être Noire. Ces propos, qui défraient la chronique, témoignent tristement du lavage de cerveau dont sont victimes de nombreux Africains. De fait, dire cela, c’est nier l’évidence biologique, historique et civilisationnelle. C’est placer une religion importée, dont l’histoire est intimement associée à la traite des Noirs et à l’esclavage, au-dessus de son humanité, de ses racines, de sa culture. Voilà jusqu’où peut aller l’ignorance des adeptes africains des religions abrahamiques.

    Comment peut-on, en toute lucidité, revendiquer comme fondement identitaire une religion infligée par l’épée, le fouet ou la croix ?

    Cet aveuglement découle surtout de la méconnaissance de l’histoire des religions abrahamiques et de leur rôle dans la destruction de la culture africaine.

    Le christianisme, introduit en Afrique dès le XVe siècle, a été instrumentalisé par les puissances européennes pour légitimer l’esclavage, la traite négrière et la colonisation. Il a servi d’outil idéologique à l’entreprise esclavagiste et coloniale. L’Église accompagnait les conquérants, cautionnant par la foi des crimes contre l’humanité.

    De leur côté, bien avant l’arrivée des Européens, les Arabes ont organisé et dirigé la traite transsaharienne dès le VIIe siècle. Des millions de Noirs ont alors été réduits en esclavage.

    Ces religions n’ont jamais été des sources d’émancipation pour les Africains, mais bien des armes de domination, imposées par la violence. Elles ont entraîné l’effacement de la spiritualité africaine, le déni de l’humanité noire et la diabolisation des traditions ancestrales.

    Malheureusement, beaucoup de Noirs, par naïveté, ignorance ou conditionnement, adoptent ces doctrines sans interroger leur histoire.

    Cheikh Anta Diop écrit : « La facilité avec laquelle nous renonçons, souvent, à notre culture ne s’explique que par notre ignorance de celle-ci, et non par une attitude progressiste adoptée en connaissance de cause », et encore : « L’ignorance de l’histoire de son peuple est une forme de servitude ».

    Selon Frantz Fanon, « chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ». Aujourd’hui, cette mission est celle de la décolonisation de l’esprit, une étape indispensable vers la renaissance africaine.

    Or, aucun peuple ne peut bâtir une véritable renaissance sur les fondations d’une foi imposée par ses anciens bourreaux. Ces paroles gardent toute leur pertinence à l’heure où certains  s’identifient à une religion étrangère plutôt qu’à leurs racines.

    Le chemin qui mène à la renaissance africaine passe par la connaissance et la lucidité. Il faut déconstruire ces identités forcées, apprendre l’histoire et renouer avec la spiritualité ancestrale qui a façonné de grandes civilisations. Il faut rejeter l’ignorance et la manipulation, se désaliéner pour se reconstruire. L’Afrique ne pourra avancer tant que les religions importées seront perçues comme des héritages naturels et non comme des instruments de domination.

    C’est en reprenant le contrôle de son héritage que le continent pourra enfin s’émanciper de l’hégémonie étrangère.

    Axel Illary

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