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    La Liberté d'Informer

    Yahweh, le dieu d’Israël, n’est pas Jésus-Christ, le dieu des chrétiens.

    ByLa Dépêche d'Abidjan

    Juin 27, 2025

    « Le dieu d’Israël », cette expression si familière dans les bouches chrétiennes, est rarement remise en question. Qui est-il donc ? Et surtout, pourquoi les chrétiens africains lui vouent-ils un culte si fort, alors même qu’il ne leur ressemble ni dans son apparence, ni dans son histoire, ni dans sa culture ?

    Né dans le désert du Proche-Orient, il a été imposé, au fil des siècles, en tant que dieu universel. Représenté comme un homme blanc par ses concepteurs, il incarne aujourd’hui encore une autorité que beaucoup d’Africains acceptent sans jamais soulever des interrogations sur son origine ou sa légitimité. Au nom de la foi.

    Le dieu d’Israël : une généalogie étrangère à l’Afrique

    Selon l’Ancien Testament, le dieu d’Israël est celui qui s’est révélé à Abraham, Moïse et aux prophètes. Il est le dieu national d’un peuple, l’Israël antique, avec ses codes, sa terre, ses alliances, ses guerres, ses rois. Son histoire est localisée au Moyen-Orient, dans un contexte ethnique, politique et géographique qui n’a rien à voir avec l’Afrique subsaharienne.

    Pourtant, ce dieu, issu d’une culture sémitique ancienne, est devenu le dieu de milliards de personnes à travers le monde, dont des Africains convertis au christianisme par la force ou par la ruse.

    Jésus-Christ n’est pas le dieu d’Israël

    La contradiction centrale du christianisme est ici mise à nu. Dans la Bible juive, appelée Tanakh, le dieu d’Israël n’est pas Jésus. Les Juifs, gardiens de cette tradition, n’ont jamais reconnu Jésus comme Dieu ni comme Messie. Pour eux, Dieu reste un, invisible et ne peut se faire homme.

    Les chrétiens affirment que ce même Dieu s’est incarné en Jésus de Nazareth, mort crucifié par les Romains. Par un retournement radical, ils disent que le charpentier galiléen est le dieu d’Abraham. Cette rupture fondamentale entre judaïsme et christianisme est souvent ignorée par les chrétiens, qui continuent d’invoquer les prophètes juifs et déifient celui qu’Israël a rejeté.

    Jésus-Christ, tel qu’il est présenté dans les textes religieux, n’a jamais existé en tant que personnage historique. Cette thèse est défendue par plusieurs chercheurs occidentaux, parmi lesquels Thomas L. Thompson, Richard Carrier ou Joseph Atwill, ainsi que par des intellectuels noirs majeurs comme Cheikh Anta Diop, historien sénégalais, ou John G. Jackson, écrivain afro-américain. Tous s’appuient sur divers constats.

    Premièrement, aucune preuve archéologique directe ne vient confirmer son existence. Ensuite, les récits évangéliques, rédigés plusieurs décennies après les événements prétendus, présentent des contradictions flagrantes. Enfin, des mythes plus anciens issus d’autres cultures présentent des ressemblances troublantes avec le récit christique : en Égypte, Osiris et Horus incarnent la mort et la résurrection, ce dernier étant fils d’une vierge et destiné à juger les âmes ; en Perse, Mithra naît miraculeusement un 25 décembre, accomplit des miracles et est associé à un culte du salut.

    On retrouve également les figures d’Attis en Phrygie, qui meurt et ressuscite symboliquement ; de Dionysos en Grèce, dieu né d’une union divine, dont le culte comporte des rites de communion à base de vin, préfigurant l’eucharistie chrétienne ; Krishna en Inde, présenté comme un dieu incarné, né de manière miraculeuse, accomplissant des prodiges ; Baal en Mésopotamie, tué et ramené à la vie ; ou encore Héraclès, demi-dieu grec, né d’un dieu et d’une mortelle, sauveur des hommes, monté au ciel après sa mort.

    Ces parallèles suggèrent que le récit de Jésus s’inscrit dans une tradition mythologique universelle, marquée par le thème du dieu souffrant, sauveur, né de manière surnaturelle, mort pour l’humanité et ressuscité.

    Cependant, l’étude comparative des religions et des mythes anciens montre que sa figure résulte d’un syncrétisme religieux, qui emprunte des éléments au contexte gréco-romain et judaïque du Ier siècle.

    Jésus-Christ est en réalité une figure construite, intégrant et réinterprétant les symboles, croyances et attentes propres à ces deux grandes sphères culturelles qui coexistaient et s’influençaient alors. Ce mythe avait pour fonction d’unifier sous une même foi les peuples conquis par Rome, via un Dieu unique.

    L’Africain trompé, dominé et converti à un Dieu qui nie son passé

    Pourquoi un continent à la spiritualité riche et millénaire prie-t-il un Dieu issu d’un récit qui déclare que l’Afrique est maudite, à travers la malédiction de Cham ? La réponse est amère. L’Afrique a été convertie par la force, puis maintenue dans l’ignorance de sa propre histoire.

    Aujourd’hui, nombre d’Africains prient un Dieu qui ne leur ressemble pas, dans une religion fondée sur un récit qui leur est étranger. 

    L’Africain chrétien hérite d’une religion qui ne lui appartient pas historiquement. Il prie le « dieu d’Israël »  et vénère un personnage présenté comme « le Messie ». Son imaginaire est peuplé de noms étrangers : Moïse, Josué, David, Paul, Pierre… Aucun d’eux n’est noir, aucun n’est africain.

    Cette aliénation religieuse est le fruit de l’histoire coloniale. Missionnaires et conquérants ont apporté la croix avec l’épée, imposant leur dieu comme seul vrai Dieu. L’Africain, dépossédé de sa spiritualité ancestrale, s’est vu obligé d’adorer un dieu extérieur à son peuple, à sa terre.

    « Dormir sur la natte des autres »

    Dans le cas des Noirs, adorer « le dieu d’Israël », c’est prier dans l’ombre d’un autre peuple. Pour reprendre l’image forte de Joseph Ki-Zerbo, c’est « dormir sur la natte des autres ».
    Par cette formule, le penseur burkinabè dénonce la dépendance intellectuelle, culturelle et spirituelle dans laquelle l’Afrique est maintenue depuis la colonisation. Il appelle ainsi à un développement endogène, enraciné dans les réalités du continent.
    Transposé au domaine religieux, ce principe soulève une interrogation sur une réalité spirituelle de plus en plus préoccupante. Jusqu’à quand les Africains, chrétiens et musulmans, continueront-ils de croire en des divinités étrangères, façonnées par d’autres, par ceux-là mêmes qui les ont asservis ?
    Beaucoup, en effet, ignorent qui sont ces dieux et ce qu’ils représentent historiquement.
    Il est temps, pour les Africains adeptes de ces confessions, d’ouvrir les yeux, car aucune émancipation véritable ne peut s’accomplir sans libération spirituelle.

    Axel Illary

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