« Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » – Étienne de La Boétie
Le peuple noir a subi la traite négrière, l’esclavage, la colonisation, l’apartheid. Des systèmes d’oppression violents qui ont tenté de briser les corps, d’effacer la culture et de nier l’humanité même de ce peuple. Et pourtant, au lieu de chercher à comprendre leur histoire, à se réapproprier leur culture, à reconstruire leur identité, beaucoup de Noirs s’installent dans une forme de soumission mentale. Ce phénomène, Étienne de La Boétie l’appelait « la servitude volontaire ». Aujourd’hui, il prend une forme plus insidieuse. Il s’agit d’une ignorance entretenue, d’une ignorance volontaire. Et c’est peut-être là la plus perverse des chaînes.
Nombreux sont ceux parmi les Noirs qui s’attachent à des croyances religieuses qui les éloignent de leur propre histoire et les enferment dans une pensée figée, où la critique est perçue comme un péché, où l’Afrique précoloniale est méprisée et où la science est souvent rejetée comme « œuvre du diable ». Il est temps d’ouvrir les yeux.
Quand la religion devient une prison mentale
La religion a longtemps été un levier majeur utilisé pour dominer et contrôler le peuple noir. Elle a servi à justifier l’oppression et à effacer les identités. Pourtant, certains Noirs ont su s’en emparer autrement, trouvant en elle un refuge, un havre d’espoir face à la violence et à l’injustice. Pendant la ségrégation aux États-Unis, les spirituals incarnaient cette promesse de liberté. Des leaders comme Martin Luther King ou Desmond Tutu, en Afrique du Sud, ont puisé dans la foi la force nécessaire pour combattre l’oppression et rêver d’un monde meilleur. La religion peut être une source de lumière et de justice.
Mais quand elle devient dogme aveugle, quand elle diabolise la pensée critique, quand elle dénigre la culture africaine ou empêche de questionner les injustices sociales, elle se transforme en instrument d’oppression. Le plus tragique dans tout cela, c’est que l’aliénation n’est plus imposée par les colonisateurs. Ce sont les Noirs eux-mêmes qui la perpétuent.
Ignorer son histoire, c’est renoncer à sa liberté
Refuser de lire, de s’instruire, de connaître l’histoire réelle de l’Afrique avant l’esclavage, c’est refuser de savoir d’où l’on vient. Et un peuple qui ne connaît pas son passé est un peuple qui marche à l’aveugle, dépendant de ce que d’autres lui racontent.
Beaucoup de Noirs pensent que l’Afrique n’a jamais rien produit, qu’elle était plongée dans la barbarie avant l’arrivée de l’homme blanc. Ils ignorent les grandes civilisations africaines comme Kemet, Koush, Mali, Songhaï, ainsi que les savoirs anciens en astronomie, mathématiques et médecine. Pourquoi ? Parce qu’on leur a appris que toute sagesse vient des livres sacrés et que tout ce qui vient d’Afrique est « païen » ou « diabolique ».
Ce n’est plus seulement de l’ignorance. C’est un choix conscient d’ignorer ce qui pourrait libérer. Une ignorance volontaire, confortable parce qu’elle évite les remises en question, mais destructrice car elle empêche toute émancipation.
Sortir de l’obscurité : apprendre, questionner, se relever
Face à cela, il faut résister. Résister par le savoir. Résister par la lecture. Résister par la réappropriation de l’ histoire. Des penseurs comme Cheikh Anta Diop ont démontré que les racines de la civilisation humaine plongent en Afrique. Frantz Fanon a appelé à décoloniser l’esprit, à rejeter les chaînes mentales héritées du colon.
Il s’agit de refuser l’aveuglement. Il est temps pour les Noirs, partout dans le monde, de se lever contre les prisons mentales. L’ignorance n’est pas une fatalité. C’est un champ de bataille. Et la connaissance est la meilleure arme.
L’émancipation ne viendra pas d’un miracle. Elle naîtra du courage de regarder le passé en face et de bâtir l’avenir avec lucidité. Frantz Fanon écrivait : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir » et Thomas Sankara déclarait : « L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère. »
Axel Illary

