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    La Liberté d'Informer

    Côte d’Ivoire : la démocratie en péril sous le régime d’Alassane Ouattara

    Depuis son accession au pouvoir en 2011, Alassane Ouattara et son parti, le RHDP, ont progressivement transformé la Côte d’Ivoire en un régime autoritaire où les principes démocratiques sont régulièrement bafoués. Arrivé à la tête du pays à l’issue d’un conflit marqué par une rébellion qui l’a porté à la présidence, il a consolidé son autorité en exerçant un contrôle strict sur les institutions, les médias et l’espace politique, réduisant fortement les possibilités de contestation.

    Une liberté d’expression restreinte

    La liberté d’expression, pilier fondamental de toute démocratie, est aujourd’hui sévèrement encadrée. Si les journalistes subissent fréquemment intimidations et pressions, ce sont surtout les leaders d’opinion et les opposants politiques qui paient le prix fort. Nombre d’entre eux sont menacés, harcelés, emprisonnés pour avoir critiqué le gouvernement ou défendu une autre vision politique.

    En janvier 2025, la cour d’appel d’Abidjan a confirmé les condamnations de Mamadou Traoré et Kando Soumahoro, deux responsables du mouvement Générations et peuples solidaires (GPS), fondé par l’ancien Premier ministre Guillaume Soro. Mamadou Traoré avait été arrêté en août 2024 pour avoir affirmé sur Facebook que du matériel militaire utilisé lors du défilé de la fête de l’indépendance avait été « loué à la force européenne Takuba chassée du Mali ». Kando Soumahoro avait été condamné pour sa participation à une réunion de l’opposition, alors que GPS avait été dissout par la justice.

    Selon Me Calixte Esmel, avocat des deux responsables : « Dans l’une et l’autre affaire, aucune preuve n’a été apportée par le parquet. L’accusation a évoqué le fait que GPS serait un parti politique. Nous, nous défendons le fait que GPS est une association et que sa dissolution relève d’une décision administrative. »

    Une justice sous influence

    La justice, censée garantir l’équité et protéger les droits des citoyens, est instrumentalisée par le pouvoir. En dépit des déclarations publiques affirmant son indépendance, elle sert souvent à légitimer des condamnations arbitraires et à neutraliser les figures de l’opposition. Les cas de Laurent Gbagbo et de Tidjan Thiam en sont des exemples frappants. Tous deux ont été poursuivis et condamnés dans des conditions controversées, envoyant un message clair à toute personne envisageant de s’opposer au régime en place, ce qui alimente les inquiétudes sur la transparence du système.  Selon les avocats des deux leaders, ces décisions sont contestables et soulèvent de sérieuses questions sur le processus électoral à l’approche de la présidentielle d’octobre 2025.

    Lundi 8 septembre 2025, le Conseil constitutionnel ivoirien a prononcé l’exclusion de ces deux figures majeures de la compétition électorale. Cette décision est perçue comme arbitraire par leurs partisans, alors qu’Alassane Ouattara est autorisé à se présenter pour un nouveau mandat. Le camp présidentiel soutient que la constitution votée en 2016 « remet les compteurs à zéro », faisant de ce mandat un deuxième. L’opposition, elle, dénonce un quatrième mandat et considère la candidature de Ouattara comme illégale.

    Un contrôle étendu des médias

    L’espace médiatique, en particulier dans le domaine de la télévision, est largement contrôlé par le pouvoir. La télévision nationale est entièrement inféodée au gouvernement, et de nombreuses chaînes privées appartiennent à des proches du régime. Quelques émissions critiques ont lieu, mais cela ne suffit pas à garantir un véritable espace pour le débat démocratique. Cette concentration des médias limite l’accès à une information indépendante, réduit le pluralisme, étouffe les voix dissidentes et restreint le débat public.

    Arrestations et répression des militants

    Les arrestations arbitraires se multiplient, particulièrement à l’approche des échéances électorales. Plusieurs opposants ont été incarcérés pour avoir participé à des actions pacifiques ou critiqué le gouvernement. Dernièrement, Ibrahim Zigui, un cyber-activiste proche du PPACI, a été arrêté dans des conditions qui ne respectaient pas les procédures légales, comme l’a dénoncé son avocat. Il lui est reproché d’avoir appelé à l’insurrection dans une vidéo disponible sur les réseaux sociaux, alors que les propos tenus contredisent cette accusation. Après plusieurs jours de disparition, il a été localisé au PPA, ex-MACA.

    Un autre exemple est celui de Charles Rodel Dosso, ancien ministre et secrétaire général adjoint du PPA-CI. En octobre 2024, il a été arrêté à son domicile à Bingerville par des hommes armés. Bien qu’il ait publiquement critiqué la cherté de la vie en Côte d’Ivoire et les déguerpissements, il a été inculpé pour « atteinte à la sûreté de l’État » et « incitation à la révolte populaire ». Condamné en juillet 2025 à 18 mois de prison, ses avocats contestent cette décision et fustigent ce qu’ils considèrent comme une instrumentalisation de la justice à des fins politiques.

    Il y a aussi le cas de Gala Kolebi, sociologue, écrivain engagé et l’un des responsables de la communication du parti. Il a été arrêté en décembre 2024 et condamné le 30 juin 2025 à dix-huit mois de prison pour « diffusion de fausses nouvelles », « atteinte au moral de la population » et « trouble à l’ordre public », après avoir partagé sur les réseaux sociaux des publications critiques envers les autorités. Selon l’accusation, les images utilisées ne correspondaient pas aux faits. Son avocate, Roselyne Aka-Serikpa, blâme ce verdict et a annoncé faire appel.

    Les exemples sont nombreux. On peut citer Damana Pickass et Justin Koua, qui ont écopé en février 2025 de dix ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l’État », mais qui n’ont pas été incarcérés, car n’ayant pas été mis sous mandat de dépôt.

    D’après le député Michel Gbagbo, qui critique la dérive autoritaire du régime du RHDP, environ 120 personnes sont aujourd’hui considérées comme prisonniers politiques. Parmi eux, l’ancien ambassadeur Koné Boubakar et l’ancien ministre Lida Kouassi Moïse, détenus pour avoir contesté le quatrième mandat du président sortant, que l’opposition considère comme anticonstitutionnel. La justice ivoirienne reproche en revanche à ces cadres du PACCI d’avoir instigué les violences nocturnes survenues quelques jours après une marche de l’opposition à Yopougon, qui avait rassemblé des milliers de personnes.

    Une démocratie sous pression

    Le respect de la démocratie et des droits civiques reste un défi majeur pour la Côte d’Ivoire, et le rôle de la communauté internationale, des médias indépendants et de la société civile est crucial pour surveiller les dérives et défendre les libertés fondamentales. Le pays fait aujourd’hui face à des restrictions sur ces libertés, à l’arrestation de leaders politiques, à un contrôle renforcé des médias et à l’exclusion de figures importantes de la course électorale par le pouvoir en place. Le pluralisme politique est affaibli et le climat de peur limite la participation citoyenne.

    Brou Gabélé

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