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    La Liberté d'Informer

    Ibrahim Traoré se projette en tant que « président à vie » du Burkina-Faso

    ByLa Dépêche d'Abidjan

    Avr 25, 2026

    Le 02 Avril dernier, le jeune dirigeant burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré a donné une interview pour marquer l’an 1 de la « Révolution Populaire Progressiste » qu’il avait proclamé le 01 Avril 2025. Le moins qu’on puisse dire, est qu’il a fait des annonces plutôt « fortes ». Ecartant toute idée d’élection, il a demandé aux Burkinabés « d’ oublier définitivement la démocratie », qui selon ses dires, « n’est pas bonne pour le Burkina ». La déclaration a fait le tour de la presse africaine et aussi occidentale, tant elle paraît brutale et choquante. 

    Faut-il rappeler au capitaine Traoré, que si les Burkinabés n’avaient pas besoin de démocratie, ils ne se seraient pas soulevés pour chasser Blaise Compaoré du pouvoir en 2014. Ce soulèvement populaire s’est soldé par de nombreuses victimes dans la population. Dire aujourd’hui que le Burkina n’a pas besoin de démocratie, est une insulte à la mémoire de toutes ces personnes qui sont tombées. En chassant un dictateur qui totalisait 27 ans au pouvoir, le peuple burkinabé pouvait être fier de ce qu’il avait accompli. Et ce n’était pas pour voir un militaire en remplacer un autre. Pourquoi le priver de cette victoire ? Pourquoi déclarer qu’aucune élection ne sera plus organisée dans le pays ? 

    Le capitaine Traoré affiche l’humilité, mais en réalité, son arrogance, sa suffisance, sont immenses. Âgé de ses 37 ans, il prétend tout savoir, lui qui du jour au lendemain s’est retrouvé à la tête d’une nation. La décision de ne plus organiser d’élections dans le pays aurait dû être au minimum soumise à un référendum. La guerre ne saurait justifier une décision qui prive le peuple du droit de choisir lui-même ses dirigeants, un droit qu’il a conquis dans le sang, d’abord en 1990, puis en 2014.  Les pays du Sahel ne sont pas les seuls qui font face à des défis sécuritaires. La RDC, le Nigéria, le Tchad, la Centrafrique, le Mozambique, l’Ethiopie, le Cameroun, etc……combattent des rébellions, ou des djihadistes, sans pour autant déclarer que la démocratie ne soit vu comme un obstacle dans ces guerres. 

    Révolte les 30 et 31 Octobre 2014 pour faire partir Blaise Compaoré. Une liberté aujourd’hui confisquée.

    Il faut aussi noter une sorte de contradiction dans la démarche du pouvoir burkinabè. Le 27 Avril, soit cinq jours avant son interview, la charte de la « révolution » était adoptée par « l’assemblé législative du peuple », en remplacement de celle de la transition. La nouvelle charte a entériné la dissolution de la commission électorale et des partis politiques, mais prévoit des élections « à la fin de la révolution », des élections auxquelles le capitaine Traoré est autorisé à se présenter !!! De quelles élections parle-t-on ici ? On ne peut pas dissoudre les partis, demander aux burkinabés « d’oublier les élections », et parallèlement envisager des élections présidentielles. Visiblement il faut revoir le discours officiel.

    Le capitaine ne fait plus référence à 2029 pour la fin de la « révolution populaire progressiste ». Lorsqu’il accède au pouvoir par un putsch en Septembre 2022, la fin de la transition est fixée en 2024 par l’assemblée législative de transition, dont il nomme lui-même les membres. Puis en Mai 2024, alors qu’on s’approche de l’échéance, la fin de la transition est prolongée de cinq années supplémentaires par cette assemblée.  Des élections sont prévues en 2029. Aujourd’hui il n’est plus question de cette date. Elle n’est mentionnée nulle part dans les discours. Le capitaine Traoré ne l’a pas une seule fois prononcée dans sa conférence. En fait, il compte demeurer dans la place « ad vitam aeternam ». Bien sûr la chose sera habillée par des textes, c’est ce vers quoi on s’achemine, cela ne fait aucun mystère

    Tout cela est d’autant plus triste que la lutte contre les djihadistes qui est mise en avant pour justifier tout cela, n’a jusque là pas produit les résultats promis, après plus de trois ans de gouvernance Traoré.  Le régime prétend avoir libéré 74% du territoire, ce qui est contesté par tous les analystes. La presse a interdiction de parler des attaques où les soldats se font décimer, et des représailles qui s’ensuivent contre les civils. Tout est mis sur le compte des « impérialistes » ou des « puissances étrangères ». Rien n’est assumé par les dirigeants actuels. 

    Douglas Mountain 

    oceanpremier4@gmail.com   

    Le Cercle des Réflexions Libérales

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