L’affirmation circule souvent. Le christianisme serait né en Afrique. Pourtant, cette idée ne résiste pas à l’examen historique.
Le christianisme s’est formé au Ier siècle au Proche-Orient. Il est apparu en Judée, au sein du monde juif, autour de la figure de Jésus de Nazareth. Ses premiers développements s’inscrivent dans ce contexte religieux et culturel. Les textes fondateurs, les premières communautés et les débats théologiques initiaux prennent forme dans cet espace.
L’Afrique n’est donc pas le point de départ. Mais elle devient très tôt un terrain majeur de son expansion.
Avant même l’arrivée du christianisme, le monde méditerranéen connaît des échanges religieux intenses. Le culte d’Isis, né en Égypte, s’étend largement durant l’époque hellénistique puis romaine. Il s’implante à Rome, où il connaît un réel succès populaire. Des temples lui sont consacrés et ses rites attirent des fidèles dans tout l’Empire. C’est dans cet environnement que le christianisme se développe.
Les Romains donnent progressivement à ce courant issu du judaïsme un cadre légal et institutionnel qui facilite sa diffusion, malgré des périodes de persécutions, avant qu’il ne devienne la religion officielle de l’Empire au IVe siècle.
Dès les premiers siècles, le christianisme gagne l’Égypte, en particulier Alexandrie, qui devient un centre majeur. Des écoles théologiques s’y développent et des penseurs y structurent des doctrines qui marquent durablement l’histoire chrétienne. Le christianisme égyptien forge progressivement une identité propre, connue plus tard sous le nom de tradition copte.
L’Égypte a joué un rôle décisif dans l’implantation du christianisme en Éthiopie. Au IVe siècle, le royaume d’Aksoum a adopté cette religion sous le roi Ezana d’Aksoum, grâce à l’action de Frumence d’Aksoum, formé dans l’entourage d’Alexandrie. Le patriarche d’Alexandrie, Athanase d’Alexandrie, le consacre évêque de l’Éthiopie, établissant un lien durable entre les deux Églises. Pendant des siècles, l’Église éthiopienne dépend de l’Église copte d’Égypte, tant pour ses évêques que pour sa tradition liturgique et théologique.
Lorsqu’il s’implante en Égypte, le christianisme s’inscrit dans un univers religieux déjà riche en récits et en images. Dans ce contexte, la figure de Marie, portant l’enfant Jésus, rappelle celle d’Isis, souvent représentée avec son fils Horus.
Par ailleurs, la tradition égyptienne met en scène Osiris, dieu associé à la mort et au renouveau. De son côté, le christianisme raconte la mort et la résurrection de Jésus.
Les similitudes sont nombreuses et ces correspondances semblent avoir facilité l’adoption du christianisme en Égypte.
Axel Illary

