Comment la République Démocratique du Congo (RDC) est devenue un haut lieu de la pratique du Vaudou en Afrique
Le culte « Vaudou » est le culte le plus connu de l’Afrique noire à l’international. En dehors de l’Afrique, il se pratique sur le continent américain, notamment au Brésil, dans les Antilles (plus spécifiquement à Haïti), et dans l’État américain de Louisiane. En Afrique, en dehors de son berceau du Bénin, on le retrouve au Togo, au Ghana, et au Nigéria, des pays voisins du Bénin. Ailleurs sur le continent, on trouve ici et là des « sorciers-guérisseurs » qui s’adonnent à la pratique. Mais en RDC, la situation est assez particulière.
La dernière rencontre des barrages (zone Afrique) comptant pour la qualification au mondial 2026, opposait le Nigéria à la RDC. Après un score à égalité (1-1), la séance des tirs au but fut perturbée par des incidents, lorsque le sélectionneur du Nigéria (Eric Chelle, un franco malien) accusa le staff de la RDC de « faire du vaudou ». Les images ont fait le tour des réseaux sociaux. Il s’est excusé le lendemain, mais cela n’est pas anecdotique. Il a sans doute vu cette pratique au Nigéria, et a pu constater une similitude avec ce que faisaient les Congolais.
C’est que le vaudou est massivement pratiqué en RDC. Les affiches des « prêtres » (c’est ainsi qu’ils se désignent) sont omni présentes dans les rues. Cela n’échappe pas au visiteur, surtout venant d’Afrique de l’Ouest.
Troisième population du Continent (environ 112 millions en 2025), la RDC est une terre de foisonnement religieux. L’Église catholique y est très puissante et dispose d’une liturgie propre en lingala. La Conférence des évêques joue un rôle majeur lors des crises. Mais la concurrence est rude avec les Églises évangéliques, et les cultes africains dont le Vaudou. On peut même le dire, le vaudou se trouve en tête des « religions africaines » dans ce pays.

Le vaudou est de toute évidence une culture » d’importation » en RDC. On peut se demander pourquoi dans ce pays et pas chez ses voisins ? Retour en arrière. Lorsqu’il obtient son indépendance en 1960, le Congo-belge ( actuelle RDC ) est le pays le plus avancé du continent, loin devant tous les autres. Car les Belges n’avaient jamais envisagé se séparer du territoire, qui était vu comme une continuité de la Belgique. Des investissements massifs étaient entrepris et l’immigration encouragée. Dans les années 50, on trouvait à Léopoldville (la capitale) des immeubles de 10 étages avec ascenseurs, quelque chose d’inédit en Afrique. Des intersections de voies avec feux tricolores, et de grosses cylindrées américaines dans la circulation. Le territoire était une colonie de peuplement (comme l’Australie).
Alors que dès 1945 l’idée d’indépendance est mise en avant partout en Afrique, les Belges refusent absolument d’en entendre parler. Puis en 1956, conscient de la marche des événements, ils mettent sur la table le Plan Bilsen, lequel prévoit l’octroi de l’indépendance après 30 ans, soit vers 1990. Finalement en 1959, devant le caractère inévitable de la chose, des discussions sont engagées avec les Congolais. En Juin 1960 c’est l’indépendance. Les Congolais héritent d’un pays avancé, qu’on comparait à l’Afrique du Sud, qui avait obtenu l’indépendance en 1948.
Naturellement dès 1960, en dépit des troubles qu’il va connaître, les Africains (surtout francophones) vont y immigrer en masse, au nombre desquels de nombreux Dahoméens (Béninois actuel), très réputés dans l’enseignement et le travail dans l’administration. Ils seront d’autant plus bien accueillis que le pays manquait de cadres noirs. À partir de là, le vaudou va essaimer au Congo. Certes dans les années 70, des expulsions massives d’Africains ont lieu. Mais la graine du vaudou était déjà semée. Ce culte dit-on se pratique à vie. On n’en sort plus une fois qu’on y est entré, cela explique qu’il soit profondément enraciné en RDC. Il y a même la « lutte vaudou », une sorte de « catch » pratiquée avec des ornements fétichistes, un « sport » très populaire en RDC, apparu dans les années 80, preuve de l’emprise du vaudou sur la société.

Ce sujet nous amène à évoquer ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire vers la fin de la période coloniale. En Octobre 1958, entre 17 000 et 20 000 ressortissants principalement du Dahomey (actuel Bénin), mais aussi du Togo, et dans une moindre mesure du Ghana, furent expulsés de la Côte d’Ivoire. Ce furent les premières violences xénophobes en Afrique. Il leur était reproché (surtout aux Dahoméens) d’accaparer tous les emplois dans l’administration et dans les entreprises privées au détriment des autochtones, « grâce à leur science du vaudou ».
Bien sûr ce sont des violences à condamner, d’autant plus que rien de concret n’était mis en avant pour étayer cette accusation, qui reposait certainement sur des croyances populaires. Mais on ne peut s’empêcher de penser que si elles ne s’étaient pas produites, ces communautés seraient présentes en bien plus grand nombre en Côte d’Ivoire aujourd’hui, qui serait certainement devenue un haut-lieu de la pratique du vaudou comme la RDC. Malgré ces violences, ces communautés ont toujours immigré en Côte d’Ivoire, mais sont restées bien plus discrètes dans leur pratique de ce culte.
Douglas Mountain
Le Cercle des Réflexions Libérales
