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    Renaissance africaine : décoloniser l’histoire et l’image du divin

    ByLa Dépêche d'Abidjan

    Août 17, 2026

    Les réactions de certaines personnes noires qui critiquent ceux qui dénoncent les systèmes de domination hérités de l’histoire donnent le sentiment que la mémoire de la traite négrière, de l’esclavage et de la colonisation demeure encore largement méconnue. Cette situation empêche de débattre convenablement des séquelles laissées par les tragédies vécues par les Noirs.

    Lorsque l’emprise des religions abrahamiques sur les sociétés africaines est critiquée, une objection revient fréquemment. Certains répondent qu’il faudrait, dans ce cas, cesser de parler les langues européennes, abandonner les prénoms arabes ou occidentaux, renoncer aux technologies développées par les puissances occidentales et, plus largement, se débarrasser de tout ce qui est associé aux anciens colonisateurs.

    Cette réponse suppose qu’une véritable émancipation passerait par le rejet de tout ce qui provient de l’extérieur. Cependant, une telle approche constitue une fuite en avant. 

    En réalité, les sociétés africaines contemporaines sont intégrées aux échanges économiques, scientifiques, technologiques et culturels mondiaux. Elles ne peuvent fonctionner en vase clos. L’émancipation ne consiste donc pas à se débarrasser de toute influence étrangère, mais à déterminer librement ce que les Africains choisissent de conserver, de transformer ou de réinterpréter.

    Il faut toutefois distinguer les responsabilités individuelles des responsabilités politiques. Un Africain qui porte un prénom arabe ou européen ne saurait être tenu responsable du choix de ce prénom. Parler français, anglais ou portugais ne signifie pas nécessairement adhérer à la domination coloniale. De même, utiliser une technologie conçue ailleurs ne revient pas à accepter une domination politique ou culturelle.

    Les choix individuels ne doivent donc pas être confondus avec les décisions politiques qui permettent aux sociétés africaines de produire leurs propres références, de transmettre leur histoire et de définir leurs priorités.

    Il est donc nécessaire de réfléchir à la manière dont les sociétés africaines peuvent produire leurs propres références, transmettre leur histoire et définir leurs priorités. C’est précisément à cet enjeu que répond l’idée de renaissance africaine, qui porte une ambition politique et culturelle et affirme la nécessité pour les Africains de reprendre possession de leur histoire, de leur mémoire et du pouvoir de penser leur avenir.

    Le fait que des responsables politiques africains aient adopté cette notion montre d’ailleurs que la domination culturelle et spirituelle que subissent les Noirs constitue une question politique majeure. La préoccupation est au centre du débat politique continental depuis plusieurs décennies. Ce n’est donc pas une invention récente de militants ou d’intellectuels.

    En 2006, les États membres de l’Union africaine ont inscrit cette volonté dans la Charte de la renaissance culturelle africaine. Ce texte affirme entre autres l’importance de la culture, de l’histoire, des langues africaines et de l’éducation dans la construction de l’unité et du développement du continent.

    La charte insiste sur la nécessité de mieux connaître l’histoire africaine. Cette exigence répond à un problème fondamental. Un peuple qui connaît mal son passé peine à comprendre les mécanismes qui ont façonné son présent. Étudier la traite négrière, l’esclavage et la colonisation ne signifie pas vivre prisonnier du passé. Cela permet au contraire de mieux saisir les réalités du présent.

    L’enseignement de l’Histoire générale de l’Afrique constitue à cet égard un enjeu essentiel. Cette œuvre, réalisée avec le soutien de l’UNESCO, vise à restituer une histoire du continent longtemps racontée principalement depuis le point de vue des puissances extérieures.

    La connaissance historique est indispensable pour éviter de nier ou de minimiser les conséquences des systèmes de domination qui ont marqué l’histoire du continent.

    La renaissance africaine doit être comprise comme une volonté de combattre la falsification de l’histoire, de réhabiliter les conceptions africaines du divin et de valoriser la culture afin de restaurer la dignité du peuple noir.

    C’est une ambition qui implique de s’interroger sur la colonisation de l’image de Dieu dans les sociétés africaines.

    Dans les représentations chrétiennes largement diffusées en Afrique, Jésus-Christ est représenté avec des traits occidentaux, alors que, dans l’islam, l’arabe occupe une place centrale dans le culte et constitue la langue du Coran et des principales récitations de la prière. Ces représentations et ces pratiques sont l’expression d’une suprématie culturelle qui s’est imposée lors de la diffusion du christianisme et de l’islam sur le continent.

    Cette réflexion conduit également à examiner le rôle historique joué par les religions abrahamiques dans la propagation du racisme anti-Noirs ainsi que dans la justification, la légitimation et l’accompagnement de la traite négrière, de l’esclavage et de la colonisation. Ces héritages ont contribué à une aliénation spirituelle dont les effets sont encore observables aujourd’hui.

    Le christianisme et l’islam sont désormais les deux principales religions en Afrique noire et parmi les populations noires à travers le monde. L’impact des représentations du divin qu’elles ont diffusées est incontestable. Ces conceptions pèsent sur la construction de l’identité d’une partie importante des populations noires et nourrissent parfois un complexe d’infériorité envers les peuples auxquels sont rattachées ces figures religieuses, notamment les Occidentaux et les Arabes. Ce complexe contribue à l’aliénation de ces populations noires et porte atteinte à leur dignité.

    Axel Illary

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