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    Peau noire, Dieu blanc : pourquoi ce livre devait être écrit

    J’ai écrit Peau noire, Dieu blanc : Essai sur l’aliénation spirituelle des Noirs en sachant que son titre pourrait être dérangeant pour certains. Je l’ai choisi en connaissance de cause.

    Je ne cherche pas à rassurer. Je cherche à réveiller.

    Je suis un Africain noir. Je connais les blessures de notre histoire. Je connais aussi les résistances que suscite toute tentative de remettre en question les récits imposés, que les Noirs ont fini par considérer comme des vérités.

    Le titre de cet essai fait écho à Peau noire, masques blancs de Frantz Fanon. Fanon a dévoilé les mécanismes de l’aliénation coloniale. Il a montré comment la domination pénètre l’esprit du dominé jusqu’à modifier son regard sur lui-même.

    Alors, que reste-t-il de nous lorsque nous avons appris à regarder notre propre histoire avec les yeux de ceux qui nous ont dominés ?

    Que devient notre mémoire lorsque nos ancêtres sont présentés comme des hommes sans histoire, nos traditions comme des superstitions et nos héritages spirituels comme des ténèbres ?

    Que devient notre identité lorsque les récits qui nous définissent ont été écrits ailleurs, racontés par d’autres et transmis de génération en génération comme des vérités incontestables ?

    Peau noire, Dieu blanc ouvre une brèche dans les certitudes.

    Il examine ce que l’esclavage et la colonisation ont fait aux consciences. Il explique comment la domination politique et religieuse a influencé les imaginaires.

    Peau noire, Dieu blanc n’est pas un livre de confort. C’est un livre de réveil. Certains lui réserveront probablement un accueil peu enthousiaste. Pourtant, la vérité doit être dite, même lorsqu’elle heurte.

    Les siècles de domination esclavagiste et coloniale ont laissé des traces dans les consciences. Peau noire, Dieu blanc s’attaque à la manipulation de l’histoire. Il appelle à la réappropriation de la mémoire et à la reconstruction de l’identité noire. Il dénonce les processus par lesquels la domination a transformé le regard que des peuples africains portent sur eux-mêmes, sur leur histoire et sur leurs héritages spirituels.

    Une domination devient puissante lorsqu’elle finit par modifier la manière dont le dominé se perçoit. C’est cette réalité que je mets en lumière.

    Dans une grande partie de l’Afrique et des diasporas noires, des millions de personnes adorent un Dieu qui leur a été transmis par des traditions religieuses venues de l’extérieur du monde africain. Le christianisme d’origine occidentale et l’islam issu du monde arabo-musulman ont bouleversé la vie des populations noires et transformé leur rapport au sacré.

    C’est dans ce contexte que des voix s’élèvent aujourd’hui pour refuser l’aliénation héritée de siècles de domination. Elles revendiquent une souveraineté politique, culturelle, intellectuelle et spirituelle. Elles portent la mémoire d’un peuple qui a traversé la traite négrière, l’esclavage, la colonisation, les violences politiques et les humiliations sans disparaître.

    Cet essai est porté par une conviction. Il existe de nos jours un lectorat africain et noir conscient des enjeux culturels, historiques et politiques qui traversent cette œuvre. Des femmes et des hommes refusent la falsification de leur histoire. Ils cherchent à retrouver leur mémoire, à réhabiliter leurs héritages et à penser leur avenir à partir d’eux-mêmes.

    Cette dynamique participe à la renaissance culturelle africaine, défendue dans les grandes orientations de l’Union africaine. En effet, cette renaissance ne peut devenir une réalité politique durable sans une renaissance des consciences.

    Que devient la spiritualité d’un peuple lorsque ses propres représentations du divin sont remplacées par celles venues de l’extérieur ?

    Que se passe-t-il lorsque l’on apprend à un peuple à considérer ses dieux, ses ancêtres, ses rites et ses traditions spirituelles comme des superstitions, des pratiques primitives ou des formes d’idolâtrie ?

    Que se passe-t-il lorsque le Dieu qu’on lui apprend à adorer ne correspond pas à ses propres représentations du divin et lui est présenté à travers les langues, les images et les récits de peuples étrangers ?

    Peau noire, Dieu blanc explique comment des systèmes religieux extérieurs ont été imposés, transmis puis intériorisés, et comment cette transformation a pu modifier le rapport des peuples noirs à leur héritage spirituel.

    Je sais que certains y verront une attaque contre leur foi. D’autres contre leur culture. D’autres contre leur histoire.

    Je leur réponds simplement que la foi ne devrait jamais nous interdire de questionner son histoire. Nous avons le droit de soulever des questions qui ébranlent les dogmes.

    Enfin, je veux formuler deux questions que nous avons trop rarement posées.

    Avons-nous choisi nos dieux, ou avons-nous appris à les adorer parce qu’une histoire de domination nous les a imposés ?

    Pourquoi, en Afrique noire et dans les diasporas, les divinités aujourd’hui les plus adorées sont-elles représentées sous les traits des peuples qui ont soumis et déshumanisé les Noirs, tandis que les cultures religieuses qui les accompagnent sont étrangères aux traditions spirituelles des peuples noirs ?

    Ce livre ne prétend pas clore le débat. Il veut l’ouvrir.

    Axel Illary

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