février 1, 2023

Discours guerrier, menaces de répression Ouattara met de l’huile sur le feu

Certains ont parlé d’un baobab indéracinable. L’homme confirme en criant sa tigritude. «Je suis indéboulonnable. Le désordre ne passera pas». Voici, entre autres éclats de voix, ce que les journaux du pouvoir ont retenu du discours guerrier de Ouattara au XVe sommet de la Francophonie en République démocratique du Congo, le samedi 13 octobre 2012 à Kinshasa. Un ton véhément et suffisant qui nous montre que la réconciliation (qu’il assujettie à un… «mais» très vague) n’est pas pour demain en Côte d’Ivoire. Ouattara, à Kinshasa, est resté entier, tel qu’en lui–même. On reconnaît par, le discours, le dictateur dont le régime détient actuellement des centaines de prisonniers politiques dans les prisons et les camps de concentration érigés dès son installation le 11 avril 2012. Celui dont le pouvoir persécute les pro Gbagbo contraints à l’exil, massacre les innocents dans le pays et particulièrement à l’Ouest. Ouattara, en menaçant des «déstabilisateurs» qu’il a du mal à identifier, rappelle à tous les observateurs que ses Frci et autres chasseurs traditionnels Dozos agressent, rançonnent et tuent impunément les civils en Côte d’Ivoire. A un sommet francophone, Ouattara qui ne s’exprime jamais autrement que par la promesse de la chicotte, n’a pas failli à sa réputation. Lui qui n’a de mot à la bouche que la guerre contre le camp Gbagbo, ne pouvait pas rater l’occasion de démontrer que la démocratie est une notion qui ne lui est pas accessible. Il n’a pu s’empêcher de parler de son pouvoir, d’évoquer des attaques armées et des soupçons de «déstabilisation» à une tribune où il ne devrait s’agir que de la pratique de la langue française dans le monde. On ne demandera pas à un régime obscurantiste d’avoir la délicatesse et la finesse qui caractérisent la culture. Pour lui, le désordre et la confusion sont un art. Au demeurant, Ouattara l’«anglophone », le diplômé de Philadelphie, n’a peut-être pas grand chose à faire de la langue de Molière. Une langue qui ne lui sert que pour annoncer la répression de l’opposition, pour justifier la dictature et asseoir l’arbitraire.
Hauteur et mépris Au pouvoir d’Abidjan, le français ne sert pas à des tâches nobles. Chefs de guerre «Préfets de région » et Dozos «officiers de police » peuvent en témoigner. Ce qu’il faut plutôt retenir ici, c’est que Ouattara a certainement trahi son refus de la réconciliation. Par ses menaces et la rudesse du ton, Ouattara affiche de façon hautaine son mépris pour l’opposition et jette de l’huile sur le feu de ses démêlées avec le «commando invisible» qui nous rappelle Ib dont on connaît le rôle auprès de Ouattara dans la déstabilisation de Laurent Gbagbo. Mais que peut bien signifier être «indéboulonnable» en démocratie, si l’on s’en tient à la définition de ce terme qui signifie «qui ne peut être destitué ou révoquer» ou plus littéralement qui ne peut perdre les boulons qui le maintiennent solidement fixé ? On sait que Ouattara emploie ce mot au sens ou nul n’est censé le faire chuter par un «coup de force». Mais doit-il user de ce genre de vocable dans une démocratie ? Dans une perspective légaliste, le Fpi reviendra au pouvoir à la prochaine élection présidentielle. Et si tant est qu’il faille emprunter ce mot à Ouattara lui-même, il sera «déboulonné» dans les urnes. Qu’on le retienne une fois pour toutes, le Front populaire ivoirien (Fpi) n’a pas d’ambition armée. Son seul projet de conquête du pouvoir d’Etat se trouve dans les urnes. Les accusations de coup d’Etat ne sont qu’affabulation. La vérité est que le Mentor du Rdr attise le feu de sa confrontation avec ses propres démons qui le harcèlent. On ne fait pas impunément faux bond à des ex-rebelles qu’on a employés et qui attendent leur part du gâteau. Et il nous semble que Ouattara devra peut-être d’abord se réconcilier avec les ex-rebelles. Avec ceux qui, d’après lui, projetteraient de le « déboulonner ». Une entreprise qui ne fait pas partie du programme du Fpi.

L’aveu d’une dictature

Mais la dictature, nous l’avons dit, peut emprunter de faux habits comme c’est le cas aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Et bien se dissimuler. Ouattara ne tente t-il pas laborieusement d’employer le terme «démocratique » pour évoquer l’élection en 2012 ? «Je suis indéboulonnable. Sauf peut-être par une élection démocratique en 2015». Ce bout de phrase est éloquent. S’il trahit sans doute le subconscient de simple mortel du mentor du Rdr qui concède, par le «peut être», que nul n’est indéboulonnable sur cette terre des hommes et qu’aucun pouvoir n’est éternel, il nous inquiète aussi par l’hypothèque qu’il fait déjà peser sur l’élection de 2015. Ouattara semble nous placer dans l’expectative et annoncer qu’il n’envisage pas d’élection à la fin de son mandat, dans 2 ans. Une élection, «peut-être en 2015». Devons-nous comprendre déjà que dans l’esprit de Ouattara l’élection de 2015 pourrait ne pas se tenir ? Devons-nous nous préparer à ce que le régime en place confisque le pouvoir pendant le temps qu’il voudra ? Aussi longtemps que le Pdci, pendant 40 ans, comme on a entendu le Rdr le dire ? On avait, en son temps, dit de certains qu’ils ne «parlent pas en l’air». Si le «peut-être» de Ouattara n’est pas une parole en l’air en ce qui concerne l’élection présidentielle de 2015, les démocrates doivent déjà se préparer à arracher des élections à Ouattara à cette date. Au cas où le doute induit par le «peut-être» se confirmait. On le voit, Ouattara n’a vraiment pas besoin de parler longtemps pour montrer sa propension guerrière et son mépris pour la démocratie. Il s’est affirmé au sommet de la Francophonie comme le pire dictateur qu’ait connu le continent africain.

Un scénario de plus

Ce qui est en outre remarquable, c’est que pour Ouattara toutes les tribunes sont à saisir pour se montrer. Et comme à son habitude, le dictateur d’Abidjan qui s’efforce en vain de passer aux yeux de ses pairs et du monde pour un «démocrate», a saisi l’occasion d’un voyage à l’extérieur pour son spectacle, une fois de plus. Question de se donner de la contenance en trompant l’opinion internationale. Mais qu’avait Ouattara à ennuyer les chefs d’Etat africains avec ses soucis et les angoisses liés à la survie compromise de son régime ? Sans doute exprime –t-il une fois de plus son extrême fébrilité, dans un contexte sécuritaire qui donne l’insomnie à son régime face à une force immaîtrisable dont le visage reste caché. Du spectacle au sommet de la Francophonie pendant que les Frci perdent bel et bien des boulons. A Bonoua et à Azito cette fois.

K. Kouassi Maurice in Le Temps

Thu, 18 Oct 2012 02:25:00 +0200

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