Concernant cette augmentation de budget, deux raisons fondamentales peuvent être avancées.
Premièrement, l’extraversion de notre économie. L’économie ivoirienne est fortement extravertie car elle tire l’essentiel de ses ressources de l’extérieur. Dans un contexte aussi dynamique, il est difficile de faire des prévisions exactes. Or, l’élaboration d’un budget est basée sur les prévisions de recettes et dépenses qui peuvent évoluer au cours de l’année. De façon structurelle, de telles économies révisent soit à la hausse ou à la baisse leurs budgets en fonction de la conjoncture internationale.
Deuxièmement, la conjoncture favorable. Dans le cas de la Cote d’Ivoire, l’augmentation de son budget pour l’exercice 2016 s’explique fondamentalement par une conjoncture favorable. Les prix des principaux produits se comportent mieux sur le marché international. Par exemple, le prix de la tonne de cacao est passé de 2200 livres en octobre 2015 à 2500 livres en juillet 2016. De même, le prix de la tonne du café robusta est passé de 1600 livres à 1800 livres sur cette même période. Il faut également noter que le pays bénéficie de la remontée des prix du baril de pétrole. En effet, les prix se redressent en raison de la décision de plusieurs pays de geler la production. Il s’agit de la Russie, du Qatar, du Venezuela et de l’Arabie Saoudite. Notons par ailleurs que la Côte d’Ivoire a augmenté sa production pétrolière. Selon les chiffres officiels, la production de pétrole brut en Côte d’Ivoire est en hausse de 55,55% en 2015, passant de 26.000 à 29.411 barils par jour, La hausse enregistrée s’explique par la mise en production de nouveaux puits.
Mais pendant que l’Etat augmente ses ressources, les populations s’appauvrissent. Selon l’Institut national de la statistique, le taux de pauvreté en Côte d’Ivoire, est passé de 51% en 2011 à 46% en 2015. Mais le niveau de pauvreté est toujours élevé surtout en zone rurale où il est proche de 60% contre 35% en zone urbaine. Notons que 79% de la population ivoirienne a moins de 35 ans. Une grande partie de ces chômeurs se retrouve à Abidjan (43,9%). Ces chômeurs sont à majorité des femmes (53,4% des chômeurs), de jeunes et de personnes faiblement instruites (près de 52% d’entre eux ont au plus le niveau primaire).
Le gouvernement a décidé que les nouvelles ressources prévues seront consacrées aux investissements publics. L’enveloppe désormais réservée à ces investissements passera de 1.643 milliards de FCFA (dans le budget initial) à 1.886 milliards de FCFA (dans le nouveau budget). Le gouvernement aurait pu affecter ces ressources additionnelles au développement du monde rural, au financement des agences « Emploi jeunes », à la modernisation des plateaux techniques de nos hôpitaux et à l’éducation. Par exemple, la scolarisation obligatoire nécessite des infrastructures scolaires appropriées (salles de classes et les cantines). Dans notre pays, il faut maintenant une croissance favorable aux pauvres, celle qui induit la progression des revenus de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté et qui se traduit par une réduction des écarts de revenus entre les pauvres et le reste de la population.
PRAO YAO SERAPHIN
Sun, 11 Sep 2016 20:54:00 +0200
