Hommage à Koné Dramane – Pr. Yacouba Konaté : «Il a fait sortir la linguistique des amphithéâtres»

«Dans un contexte de crise où parfois d’anciens camarades vous tendaient la main en déjetant le regard sur le côté, Dramane Koné saluait presque toujours en lançant son fameux «Tchèba !». Il lançait la main avec vigueur, pour prendre la votre avec douceur. Cette forme de présence chaleureuse laissait ouverte une plateforme minimale, où malgré les divergences, il était possible de respecter nos différences.
Je ne partageais pas ses approches politiques et, par conséquent, ses analyses me paraissaient curieuses. J’imagine que c’était réciproque. Mais j’ai toujours respecté Dramane Koné le militant du FPI qui avait choisi le genre de la chronique comme poste de combat. C’est la mémoire de ce collègue que j’aimerais saluer.
Tous ceux à qui il arrive d’écrire savent ce qu’il en coûte de tenir une chronique dans un journal. Dans cette tâche, plus que dans d’autres, il y a des jours avec et des jours sans. Et il faut faire avec. Avec ou sans inspiration, il faut remplir sa colonne dans une sorte de travail à la Sisyphe : ça recommence quand c’est fini. Dès qu’une chronique sort, vous entrevoyez comment vous auriez pu la rendre meilleure. Mais c’est trop tard, il faut penser à la suivante qui, souvent, porte sur un tout autre sujet. Et assu-rer.
A cette difficulté chronique, Dramane Koné a ajouté une autre. Il ne commentait pas seulement l’actualité, il ajustait ses points de vue à des notions de linguistique et de stylistique parfois savantes, obtenant des agencements souvent lumineux. Par ce positionnement original, ce «linguiste militant», comme il se définissait lui-même, a fait sortir la linguistique des amphithéâtres pour lui ouvrir l’espace public de la presse.
Il y avait également chez lui un sens de la formule et du proverbe, qui signalait sa connaissance rapprochée de la culture et de l’histoire africaines, et sa passion des lettres classiques. Ses chroniques étaient serties de paroles fortes : d’aphorismes et de citations. Comme si pour lui, le plus important dans le débat politique dans lequel il plongeait à fond, ce n’était pas la politique, mais la culture qui lui donnera une forme nouvelle. J’ai retenu plusieurs de ces paroles dont celles-ci : «Le syntagme troisième âge n’a jamais rajeuni les vieux… » («Dire bien» du 3 août 2002). «Un caïman ne peut guère réclamer sa dette à quelqu’un si ce dernier ne fréquente pas la berge du fleuve.» (28 septembre 2002). «Quand des gens du passé continuent de courir après un pouvoir qu’ils ont perdu, c’est que leur passé leur dicte encore des ordres sur leur présent. Or le temps passé ne revient plus… jamais. Le pouvoir perdu non plus… à moins que Dieu le veuille !» («Dire bien», du 24 septembre 2005).
C’était, me semble-t-il, la façon de ce gourmand des mots et des langues, d’élever le niveau du débat.
Repose en paix, Boua Togoma (Homonyme de mon père) !»

Pr. Yacouba Konaté, Université de Cocody-Abidjan

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Fri, 27 Jul 2012 21:49:00 +0200

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