novembre 30, 2022

M. Ouattara à L’Elysée le 11 Avril 2013 : La Françafrique existe-t-elle encore ?

Faiblesses et perspectives.

M. François Hollande (Président de la France) devant les députés sénégalais, le vendredi 12 octobre 2012 à Dakar, Sénégal, déclarait ceci: « Le temps de la Françafrique est révolu : il y a la France, il y a l’Afrique, il y a le partenariat entre la France et l’Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité (…) ». M. Hollande avait aussi promis de refermer la longue parenthèse de ces réseaux d’influence qui, depuis les années 1960, mêlaient politique, affaires et affairisme dans les relations entre Paris et ses anciennes colonies.
L’on est tenté de se poser la question de savoir qu’est-ce c’est la Françafrique ?
La Françafrique est une politique secrète africaine de l’ancienne métropole pour continuer à gérer les pays africains après les indépendances. C’est une politique économique française en Afrique, parallèle à l’économie française ou l’économie de l’Union Européenne. En 1960, la plupart des anciennes colonies françaises ont obtenu l’indépendance tantôt par des manifestations populaires ou dans le sang comme ce fut le cas en Algérie. L’administration locale après le départ des français, n’existait pas encore en 1960. La France a donc laissé sur instructions des nouveaux dirigeants africains, le personnel colonial de l’époque afin de former les nationaux et africaniser l’administration. Cela a duré 10 ans pour certains et 15 ans pour d’autres pays comme la Côte D’Ivoire. L’ivoirisation des cadres a pris son envol dès 1975, ce qui a permis le miracle ivoirien.
La Françafrique est composée de commerçants, d’industriels, d’hommes et femmes politiques français et de chefs d’état africains souvent très proches de la droite ou des Gaullistes. Parmi les Gaullistes, se trouvait un homme très effacé, discret mais très influent : M. Jacques Louis Foccart. Il était le grand manitou et le concepteur de la Françafrique. On parlera plus tard des réseaux Foccart, allusion faite à ce monsieur Afrique et très proche du General De Gaulle. Il vit en ce moment à Luzarches, France, bourgade jumelée avec Yamoussoukro (Côte D’Ivoire) et Moanda (Gabon). Les Présidents tels Houphouët (Côte D’Ivoire), Bokassa (Centrafrique) et Bongo (Gabon) pour ne citer que ceux-là, ont tous été reçus à plusieurs reprises par cet homme dont on ignorait jusqu’à maintenant, le rôle dans l’appareil étatique Gaulliste.

La Françafrique à l’oeuvre sous nos tropiques : Le cas de la Côte D’Ivoire.

Depuis le 11 avril 2011, la France de M. Nicola Sarkozy est revenue à ses anciennes pratiques coloniales. La France dirige depuis l’Elysée la Côte D’Ivoire et d’autres états africains. Dans le cas de la Côte D’Ivoire, je vous propose de façon hiérarchique les personnalités qui dirigent véritablement notre pays :

Philippe Serey-Eiffel

Conseiller économique affecté à Ouattara depuis l’Elysée. Recruté en Mars 2011, cet ingénieur en ponts et chaussées, Directeur sous Houphouët-Boigny de la puissante Direction des grands travaux (ancêtre du BNDT), est le vrai patron des dossiers économiques du pays. Il a rendu sa démission en mars 2013 prétextant ne pas comprendre la politique interne et fasciste (Le rattrapage ethnique) du Chef d’état M. Ouattara et des violations des droits de l’homme sur ses opposants.

Anne Méaux

Elle s’occupe de l’image et la communication du couple Présidentiel Ivoirien. Anne Méaux est propriétaire d’Image 7, une boîte de communication Française qui était chargée de soigner l’image du Couple Ben Ali en France, le Président Tunisien qui a été le premier dirigeant Arabe dégagé par le printemps arabe. Il semblerait qu’elle touchait plus de 200.000 euros par an pour faire cette besogne.

Le Général Claude Réglat

Ancien commandant des Forces Françaises au Gabon (FFG), il gère les FRCI et est en charge des écoutes téléphoniques. Cet homme est le vrai ministre de la défense de Côte d’Ivoire.

Antoine Césaréo

DG des grands travaux de 1978 à 1992, il est l’officieux Ministre des affaires étrangères de Côte d’Ivoire est gère tout le commerce international du pays.

Frédéric Bedin (DG de Public Système Hopscotch).

Sa société est l’un des principaux acteurs indépendants du conseil en communication en France. Il est l’organisateur des grands évènements du pays. Il est l’architecte des cérémonies somptuaires de la prestation de serment d’Ouattara et de son investiture. Il s’occupe aussi des conférence et séminaires que donnent les obligés du Chef d’état.

Le Colonel Marc Paitier

Il a été affecté à Abidjan en qualité de conseiller spécial à la Présidence, chargé des questions militaires. Ce Nantais, homme de terrain est père de six enfants. Il va contribuer à la refonte de l’armée Ivoirienne squattée par les ex rebelles à la solde de Guillaume Soro qu’il est d’ailleurs chargé de surveiller. Il n’est pas un étranger en Côte d’Ivoire, puisqu’il a déjà servi de 2005 à 2006 en tant qu’assistant auprès du général Elrick Irastorza, alors commandant de la force Française Licorne.

Olivier Payet

Il est l’intendant du palais présidentiel. Son ancien boulot ? Chef Cuisinier à l’hôtel TIAMA ! Il est également le baliseur, C’est-à-dire, celui qui gère les voyages présidentiels à l’étranger.

Ils sont tous Français. Ils ont tous été envoyés en mission par M. Nicolas Sarkozy. Ils ne répondaient que de lui. Désormais, ils répondent à M. François Hollande et à son entourage. Ces français ou coopérants avaient pris leurs quartiers au palais présidentiel après le coup d’état de 2011 et y sont toujours. Ce sont les yeux, les oreilles et la bouche de La France auprès du préfet Ouattara. Ce sont les défenseurs des intérêts Français. Ils gèrent presque tous les domaines des finances, à la défense, en passant par le renseignement et la communication.

Voilà brièvement expliquée la Françafrique. Pourquoi ce système néocolonial dans nos états ? Que gagnent nos états africains dans ce système ?

A vrai dire, l’Afrique est la plus grande perdante dans ce système économique. Dès 1961, la France a créé un système économique complexe pour s’approprier les ressources naturelles des anciennes colonies. Ce système est à tort et à travers appelé Accords de Défense. Ces accords donnent la primauté des ressources naturelles à la France et en échange, elle apporte protection militaire aux dirigeants africains. Partant de ce point de vue, la protection de nos dirigeants peut être estimée à des centaines de milliards CFA. En clair, nous bradons nos ressources afin de conserver des dictateurs au pouvoir et ce, pendant des décennies. Le peuple ne bénéficie pas réellement des retombées de ce deal de dupes. Seuls les gouvernants et leur entourage en bénéficient en termes de retombées financières, privilège et protection.

Ayant un système de ce genre en place, la Françafrique n’a pas véritablement innové dans la recherche et la compétitivité. Elle a toujours compté sur son pré-carré pour écouler ses marchandises qu’elle impose d’ailleurs aux nombreux gouvernements africains. Ceci fut sa politique depuis les indépendances jusqu’à nos jours. Cependant, les donnes ont changé avec l’avènement de la mondialisation et la création des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et l’Afrique du Sud) ou encore connus sous le nom de pays émergents. La compétition devient rude et sauvage et seuls les plus performants s’accaparent des marchés, même dans les pré-carrés anglais, américains et français. Les Français quant à eux, éprouvent des difficultés énormes pour faire face à cette compétition. La France n’a jamais réellement investi dans la technologie pour les voitures de luxe, technologie dans l’audio-visuel et d’autres domaines. Elle est à la traine. Elle a toujours compté sur son pré-carré pour ses produits et maintenant, elle est confrontée à une nouvelle réalité. Elle est combattue dans ses anciennes colonies. Les Chinois par exemple offrent des services et produits de qualité à moindre coût. C’est le cas de la construction de l’Hôtel des Députés à Yamoussoukro, projet confié aux Chinois au détriment de Bouygues, français.

L’Allemagne est le moteur économique de l’Union Européenne. Elle a perdu toutes ses colonies après la deuxième guerre. Elle a été divisée en deux avec une Allemagne occidentale qui s’est développée en utilisant son imagination et son génie dans la construction automobile et la technologie audio-visuelle. N’ayant plus de pré-carré comme la France, elle a séduit son marché interne et externe de par la qualité de ses produits.
Elle a beaucoup investi dans nombreux domaines. A l’heure actuelle, l’Allemagne recrute des ressortissants de l’union pour grossir sa main d’œuvre en tout, en partie due au vieillissement de sa population. Sa croissance économique est nettement supérieure à celles de la France, La Grande Bretagne et La Belgique. L’Allemagne ne connait pas les problèmes sociaux des autres états de l’union. Elle embauche pendant que les autres licencient, ferment leurs entreprises et serrent la ceinture. La France devait s’inspirer du miracle allemand si elle souhaitait un jour conserver son statut de puissance économique.

Le Brésil et l’Angola ont envahi le Portugal. Ces anciennes colonies portugaises ont sérieusement investi dans l’ancienne métropole. Elles ont des banques et entreprises dans l’union européenne. Elles y envoient des experts pour aider le Portugal à sortir de la crise. Des citoyens portugais aussi, vont à la recherche d’emploi au Brésil et en Angola.
Telle est la réalité de nos jours. Les BRICS ont envahi les marchés financiers. Les anciennes puissances économiques telles la France, La Grande Bretagne et les Etats Unis d’Amérique ont de sérieux problèmes de compétitivité avec les BRICS mais aussi avec le Japon et les pays asiatiques. Que faire dans ce cas ? Quel avenir pour la France par exemple ?

La solution adoptée par la France dès les années 2000 fut de délocaliser ses entreprises et industries en Asie où la main d’œuvre est qualifiée et moins chère, tout ceci au détriment de l’Afrique, avec qui elle partage l’histoire et la langue. Cette délocalisation aurait profité énormément à l’Afrique pour son développement mais aussi à la France qui pouvait transformer sur place les ressources naturelles. Cette politique aurait freiné les ardeurs expansionnistes des BRICS en Afrique. La France conserverait de façon légale son pré-carré en permettant le développement des anciennes colonies mais également en permettant la libéralisation du marché selon la politique économique des états africains. Pour l’heure, la France dépense plus sur les DOM-TOM en payant le personnel deux fois plus en tenant compte du dépaysement. Les DOM-TOM ne fournissent pas grand-chose en termes de ressources naturelles à la France. Cela n’aurait pas été le cas en Afrique. La France aurait eu les ressources naturelles à sa portée, une main d’œuvre moins chère et aussi marquer « son territoire » en y installant des entreprises et industries. La Françafrique ne veut pas du développement de l’Afrique. L’Afrique est utilisée comme une source pour les ressources naturelles et pas plus. Elle ne doit jamais se développer et concurrencer la métropole. Toute velléité de développement est freinée par l’Elysée à travers les coups d’état. La France agit comme un enfant gâté, entouré de ses « jouets » ou anciennes colonies dont elle n’accorde aucun intérêt particulier sinon que le distraire de temps en temps.

La Françafrique, selon ses adeptes et avocats, ne doit pas cesser d’exister car cela entrainerait une fin tragique pour la France. Les discours de M. Hollande sont uniquement adressés aux africains qui croient toujours dur comme du fer que la France changera sa politique africaine. Chez nous en Afrique, l’on a tendance à dire que le chien ne change jamais sa manière de s’asseoir. La France n’est pas prête à faire sa mue, en tout cas pas dans ces moments d’eau trouble, avec une compétition aussi rude que sauvage. La France a une nouvelle option qu’elle utilise à fond : L’option militaire avec comme corolaires l’annexion de nouveaux territoires et le protectionnisme.

La France devient de plus en plus agressive et instrumentalise l’ONU sous le chapitre VII de la charte pour annexer de nouveaux territoires.
Les prétextes trouvés sont la démocratie, la lutte contre le terrorisme et les droits de l’homme. Elle a annexé la Côte D’Ivoire en 2011, la Lybie en 2012, le Mali en 2013, la Centrafrique en 2013 et elle est même sortie de son pré-carré pour s’attaquer à la Syrie en armant les rebelles contre le Président Bashar Assad. La France ne se bat pour l’avènement de la démocratie, la lutte contre le terrorisme ou pour le respect des droits de l’homme mais surtout pour sa propre survie. Si la France était concernée par la démocratie, la lutte contre le terrorisme et les droits de l’homme, elle n’aurait pas dû déloger un président démocratiquement élu en Côte D’Ivoire ou encore s’apprêter à recevoir le 11 avril 2013 (date anniversaire de l’arrestation du Président Gbagbo), un dictateur comme M. Ouattara, sévèrement critiqué par toutes les ONG des droits de l’homme. M. Hollande, un socialiste disait du président Gbagbo, un autre socialiste, qu’il était infréquentable. Est-ce à dire que M. Ouattara, un conservateur ou de la droite, est plus fréquentable ? M. Hollande avait déclaré en son temps qu’il n’irait jamais en Ukraine où l’ex Premier Ministre Loulia Tymochenko fut arrêtée pour abus de pouvoir et écope une peine de 7 ans. M. Hollande critiquait vertement les violations des droits de l’homme dans ce pays par le Président Viktor Ianoukovitch. Que dire de M. Ouattara ? Est-il un ange comparé au Président Ukrainien ?

La réponse est que M. Ouattara est le prolongement de la Françafrique car un pion essentiel, et M. Hollande en est conscient. La France peut recevoir des dictateurs à l’Elysée sans jamais les inquiéter ou les critiquer ouvertement, pourvu que ces derniers fassent exactement la politique de la France. En clair, M. Hollande a distrait les africains. La Françafrique demeurera en place pour encore 50 ans. M. Hollande donne ainsi raison à son prédécesseur M. Sarkozy en disant ceci à Dakar, 5 ans plutôt : « Le drame de l’Afrique était que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ». Telle est l’attitude de la France vis-à-vis de ses anciennes colonies. Comment espérer être libres de la Françafrique avec de telles attitudes ? Les africains ne doivent pas se laisser distraire ou s’endormir à l’écoute de ces discours démagogues des autorités françaises, avec M. Hollande en tête.

Le Forum pour la Démocratie et la Résolution des Crises (FDRC) :

– Interpelle le Président Français M. Hollande à mettre fin à la Francafrique comme promis à Dakar le 12 Octobre 2012. La Francafrique est caduque et n’arrange ni la France ni l’Afrique.
– Interpelle le Président Français M. Hollande à fermer toutes les bases militaires françaises en Afrique, moyens de pressions sur les dirigeants africains et source des coups de force et coups d’état.
– Interpelle le Président Français M. Hollande à rapatrier tous les coopérants siégeant dans les présidences africaines.
– Exige du Président Français M. Hollande à laisser les africains choisir leurs dirigeants et encourager la démocratisation en Afrique.
– Exige du Président Français M. Hollande à s’abstenir de mettre des pressions politiques, économiques et militaires sur les dirigeants africains.
– Conseille au Président Français M. Hollande de s’abstenir d’intervenir militairement en Afrique et laisser cette option aux organisations régionales telles la CEDEAO ou le CEMAC. De s’abstenir d’imposer par la force des dirigeants à la tête de nos états.
– Conseille au Président Français M. Hollande à se distancer des dictateurs et autres affairistes africains.
– Conseille au Président Français M. Hollande à libérer les états africains du lourd fardeau des accords de défense, source du retard de l’Afrique.
– Conseille au Président Français M. Hollande à libéraliser le marché africain et permettre la compétition. Mettre fin au protectionnisme en Afrique.
– Conseille au Président Français M. Hollande à laisser les africains transformer si ces derniers le souhaitent leurs matières premières sur place.
– Conseille au Président Français M. Hollande de délocaliser ses PME/PMI en Afrique afin de développer ce continent et améliorer les conditions de vie des africains. La France et l’Afrique gagneraient énormément.
– Conseille au Président Français M. Hollande à faire une véritable reforme économique afin d’être présente à la compétition mondiale, tout en comptant sur ses propres atouts et son génie et non sur son pré-carré. La France peut copier le modèle de l’Allemagne, moteur économique de l’Union Européenne, qui n’a ni colonies ni pré-carré.

Fait à Londres le 09 Avril 2013.

Nick De Bessou
Juriste
Président du Forum pour la Démocratie et la Résolution des Crises (FDRC).

Wed, 10 Apr 2013 22:36:00 +0200

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