septembre 25, 2022

Côte d’Ivoire – Le retour du messie

Certains l’attendaient comme un messie. Mais le propre des messies est de se faire attendre. Il y en a un de très célèbre que ses adeptes attendent depuis plus de deux mille ans. Qu’est-ce qu’un messie ? Dans la Bible, il est le libérateur d’Israël et instaurateur du règne de l’Eternel. Mais plus prosaïquement, il s’agit d’un personnage providentiel qui mettra fin à l’ordre présent, imparfait ou mauvais et instaurera un ordre de justice et de bonheur. Pour certains de nos compatriotes, ce messie s’appelle Tidjane Thiam. Il est celui qu’ils attendent pour conduire le pays vers la prospérité et le bonheur. Qu’a-t-il fait, ou dit pour susciter une telle attente ? Euh… il a fait une grande carrière dans des banques et des compagnies d’assurance en Europe. Avant cela, il avait été ministre pendant environ un an au temps où Bédié était président. De temps en temps, on l’entend dans les médias internationaux tenir des propos très intéressants sur les économies africaines ou spécifiquement de la Côte d’Ivoire.
Cela suffit-il pour le voir comme le futur sauveur de la Côte d’Ivoire ? Personnellement je n’en sais rien. Le bon ou mauvais président se dévoile seulement lorsqu’il est à la tâche. C’est au pied du mur que l’on voit le bon maçon. Donc, M. Tidjane Thiam peut être le meilleur ou le pire président de notre pays s’il accède à ce poste. En attendant de connaître peut-être un jour sa compétence ou son incompétence, je me permets de vous dire ce que je pense de lui. Honnêtement je l’admire pour son parcours professionnel. En tant qu’Ivoirien, je suis fier de lui. Mais justement ! On le présente toujours comme franco-ivoirien. Mais je me demande s’il est encore Ivoirien. Il a quitté la Côte d’Ivoire il y a plus de vingt ans, si j’en crois ce que l’on dit de lui, et il n’est plus revenu ici. Il était ministre dans le gouvernement que Robert Guéï avait renversé par un coup d’Etat en décembre 1999. Je comprends qu’il n’ait eu aucune envie de revenir dans ce pays au temps du règne de Guéï, qui n’avait cependant duré que dix mois. Mais après ? Il avait quel problème avec qui pour ne plus remettre les pieds dans ce pays, même lorsqu’il perd sa sœur et son frère ? Je conviens qu’il s’agit là de problèmes internes à sa famille, mais lorsque la Côte d’Ivoire a traversé ses heures douloureuses, de 2002 à 2011, quelqu’un a-t-il entendu M. Thiam dire un mot sur la situation ? Moi je n’en ai aucune souvenance. C’était l’époque où il construisait sa carrière et je ne lui jetterai point la pierre. Je crois que jusque-là, M. Thiam était devenu totalement français, ce en quoi je ne saurais le blâmer. S’il se souvient maintenant de sa part ivoirienne, tant mieux. Mais de là à vouloir venir me diriger en tant que président, ça coince quelque part chez moi. Je crois que lorsque l’on aspire à diriger un peuple, on fait un effort pour lui montrer un peu d’empathie. Regardez. Il voulait venir au pays le samedi 30 juillet. On lui a dit que le lieu où il voulait organiser son rassemblement était voisin de la résidence de M. Bédié et on lui demandait de changer de lieu. Il a préféré annuler son retour. Et pourtant on nous avait dit que le prétexte de son retour était les funérailles de Charles Konan Banny qui serait son « tonton ». C’était effectivement un vrai prétexte, puisqu’il a suffi de cette petite divergence pour qu’il annule son retour. Et les funérailles de Banny ? En fait il s’en foutait complètement, comme de celles de sa sœur et de son frère.
Et c’est lui que certains rêvent de voir à la tête de notre pays ? Parce qu’il a fait ou dit quoi exactement ? Au temps colonial, on envoyait des gens qui n’avaient jamais mis les pieds dans un territoire l’administrer. Tout ce qu’on lui demandait était de bien arrimer ce territoire à la métropole. Est-ce ce que quelqu’un quelque part veut faire pour M. Thiam, comme on a voulu le faire pour M. Lionel Zinsou au Bénin ? Aujourd’hui les populations choisissent elles-mêmes celui qui doit les diriger, et elles aiment bien connaître, même si c’est un peu seulement, celui qui doit les diriger, et penser que lui en retour, il les aime aussi un peu.
Tidjane Thiam, si tu veux avoir nos cœurs, fais-nous un peu la cour. Fais-nous croire que tu es avec nous, que tu nous aimes. Fais semblant. Nous aimons ça. Nous aimons qu’on nous dise « je vous aime ». Tu n’as pas remarqué que tous les présidents français qui viennent en Afrique disent d’abord : « moi j’aime l’Afrique » ? Lis tous les discours de tes présidents lors de leurs premiers voyages en Afrique. Ils ont tous dit ça. Comme tu es Français comme eux, dis-nous ça aussi, et tout le reste passera. Cela dit, je me pose sérieusement la question de savoir si des gens ne sont pas en réalité en train de forcer la main à quelqu’un qui, au fond de lui-même, ne cherche pas à devenir président de la Côte d’Ivoire.
Venance Konan

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