
Manifestement, les audacieuses attaques qui, ces dernières semaines, ont causé de nombreuses victimes dans les rangs des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), ont convaincu Abidjan de descendre de ses grands chevaux et de se montrer un peu plus sérieux.
C’est du reste dans cette optique que pourrait s’inscrire le déplacement que le ministre de la défense, Ahmed Bakayoko, a effectuée le samedi passé dans le quartier de Yopougon, à la rencontre d’une partie des membres des patriotes, cette milice qui a été l’épine dorsale du pouvoir Gbagbo et qu’elle avait défendu avec acharnement jusqu’au bout. Dans ce déplacement, il y a en effet le symbole de la main tendue aux partisans de celui qui a été challenger d’Alassane Ouattara, lors de la crise post-électorale début 2011.
Pour autant, aussi salutaire que soit cette démarche, elle aura pêché par certaines lacunes. Il y a tout d’abord le discours qu’Ahmed Bakayoko y a tenu. Des propos qu’il a essentiellement axés sur le thème de la manipulation que les patriotes doivent, selon lui, refuser. Le problème avec une telle posture c’est que le pouvoir ivoirien continue à penser que la faute ne peut venir que de l’autre camp. C’est toujours la diabolisation de l’autre camp.
Dans ce cas de figure, la meilleure façon de s’y prendre est de faire preuve d’humilité, et de sens élevé de la nation, afin de n’offrir à personne le prétexte de se sentir exclu. La démarche qui consiste à accabler une partie des partisans de Laurent Gbagbo, empêche en plus le pouvoir ivoirien de faire sa propre critique, ou de donner l’occasion à d’autres de le faire.
D’ailleurs, cette imposition de fait d’une opinion unique, certains patriotes qui ont participé à la rencontre l’ont dénoncée. Ils n’auront pas apprécié de n’avoir pas été écoutés. L’autre attitude qui peut également se révéler contreproductive, c’est bien la tentative d’opposer les membres du camp adverse, les uns contre les autres. A entendre la passion et la pointe de démagogie avec lesquelles le représentant des patriotes s’est exprimé lors de la rencontre de Yopougon, on peut clairement éprouver le sentiment, qu’on veut user de la stratégie du "diviser pour régner". Sauf qu’au mieux, avec une telle démarche aussi malicieuse, on ne peut que différer le problème. Pire, quand les gens se rendront compte de la supercherie, la conséquence peut être lourde.
Pivi Bilivogui in GuineeConakry.info
Mon, 10 Sep 2012 03:17:00 +0200
