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    La Liberté d'Informer

    GAMBIE/ 3e Sénégalais sur la liste des condamnés à mort en Gambie : La famille de Saliou Niang parle

    ByLa Dépêche d'Abidjan

    Nov 20, 2021

    – Village de Mouït Gandiol. A trois kilomètres du croisement de Tassinère. Il est 12 h 30 minutes, ce mercredi 29 août. Il fait une chaleur moite, malgré la faible luminescence du soleil. L’heure est aux travaux champêtres, mais tous les villageois se sont regroupés dans la demeure des Niang. Celle-ci n’a plus désempli depuis des jours. Par solidarité et compassion, depuis que Saliou Niang, âgé de 23 ans, est entré dans le couloir de la mort en Gambie, c’est un défilé incessant de voisins, parents, proches et amis, venus apporter un soutien moral à la famille accablée. Dans la contrée, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Elle occupe tous les débats. Et est sur toutes les langues. Assises sur un tronc d’arbre, à trois kilomètres de Moït Gandiol, trois dames débattent sur le sujet. «La triste nouvelle nous est tombée sur la tête comme un coup de marteau. Saliou Niang ne mérite vraiment pas cela», lance Diary Diop.
    Et le plus émouvant, c’est sa fille de sept ans qu’il n’a jamais vue et qu’il n’aura pas l’occasion de serrer contre son cœur… Du haut de son innocence, la petite fille, habillée d’une robe rose et noir, voyait plus qu’elle ne comprenait le drame qui se nouait autour d’elle. Cruauté du destin. Après avoir donné la main à gauche et à droite, sur l’insistance de ses parents, elle alla se blottir contre sa tante Anta Wade Niang avec qui elle vit. Dans la maison, constituée par quatre bâtiments séparés dont deux en cours de construction, une foule silencieuse, assise sous un cerisier, chapelet à la main, châle sur la tête, priait à voix basse. Seule la radio, suspendue à une branche de l’arbre, débitait les informations au gré du créneau des différentes stations qui relayaient les informations sur les exécutions en Gambie, justement. Ebranlée jusqu’au fond d’elle-même, mais gardant foi en Dieu, Arame Diop, mère du condamné, lance un appel au chef de l’Etat Macky Sall et à son homologue Yaya Jammeh (qui est un musulman aussi), pour ne pas ôter la vie à son fils. «Sa victime est aussi fils de quelqu’un. Je me suis associée à la douleur et à la souffrance de ses proches. Nous avons tout fait pour nous amender, mais Dieu en a décidé autrement. C’est pour cela que je demande au chef de l’Etat et aux gens de bonne volonté d’intercéder en faveur de Saliou Niang qui doit certes payer».
    Arame Diop a, en outre, souligné que son fils s’est rendu, à plusieurs reprises en Gambie, mais il n’y a jamais eu de problème. «Je demande au président Yaya Jammeh d’autoriser son extradition au Sénégal pour purger la peine équivalente». La sexagénaire, habillée d’un boubou wax sur lequel se côtoient, avec gaieté, les couleurs beige et orange, a rendu trois fois visite à son enfant qui est dans les liens de la détention depuis sept ans. L’affaire Saliou Niang a abasourdi Modou Fall Niang selon qui, si cela ne tenait qu’à eux, le jeune Saliou serait revenu dans le cocon familial depuis belle lurette. Depuis son arrestation, la famille s’est démêlée pour une intercession auprès des autorités gambiennes, a confié son grand frère. Mais toutes leurs démarches sont restées vaines. «On a épuisé toutes les voies de recours qui étaient à notre possession. Du régime de Abdoulaye Wade à celui de Macky Sall, on n’a jamais baissé les bras». Il ajoute : «J’ai appris la nouvelle à la radio. J’ai entendu dire que le président gambien allait exécuter 43 personnes. Par la suite, j’ai eu plus de détails qui faisaient état de la présence de Saliou Niang sur cette liste. Son grand frère Pape Niang qui vit en Gambie n’était même pas au courant que Saliou Niang allait être fusillé».
    Aujourd’hui, son frère garde espoir, surtout après le discours du président Macky Sall, que Saliou Niang sera épargné. On lance un appel à toutes les bonnes volontés pour que Yaya Jammeh revienne sur sa décision. «Depuis l’annonce de la triste nouvelle, la maison ne désemplit jamais. Nos voisins, amis et proches nous témoignent au quotidien de leur soutien», ajoute le quadragénaire, sapé d’un sous-vêtement blanc et d’un pantalon de couleur mauve. Et pourtant, Modou Niang avait entrepris d’aller le voir en prison avant que la décision de l’exécuter ne soit tombée : «J’avais décidé de lui rendre visite durant cette période. Mais ceci n’est plus possible. Je lui avais demandé de m’informer s’il détient son autorisation de visite. Un document obligatoire pour qu’il puisse recevoir des visites».

    Que reproche-t-on à Saliou Niang ?

    Revenant sur les faits, Modou Fall Niang rappelle que c’est une bagarre, suivie de mort d’homme, qui a valu à son frère de se retrouver aujourd’hui, dans le couloir de la mort. «Le meurtre dont il est accusé s’est déroulé en 2007». Quatre mois après son arrivée en Gambie, Saliou Niang issu d’une famille de six enfants, âgé alors de 16 ans, qui vivait avec son grand frère Pape Niang pêcheur, se rendait un matin en mer, accompagné de ce dernier. «Ils avaient pris un minicar pour s’y rendre. Il a trouvé à bord du véhicule un ancien lutteur sénégalais qui a occupé deux places. Saliou lui a alors demandé de se redresser pour qu’il puisse s’asseoir correctement. Malgré le refus de son interlocuteur, Saliou a réussi à s’asseoir à côté de lui. Il l’a insulté. Saliou a répliqué. La victime lui a proféré des menaces». Il ajoute : «A la descente du véhicule, Pape Niang lui a demandé d’aller chercher le moteur de la pirogue. Son antagoniste, pêcheur lui aussi, l’a rattrapé en cours de route pour lui asséner un coup. En guise de riposte, Saliou l’a poignardé. Sa victime a été, de suite, évacuée à l’hôpital». Les faits se sont passés à Goundiour (en Gambie). Après la commission des faits, Saliou est allé lui-même se constituer prisonnier. Notons que Saliou Niang a laissé derrière lui une ex-épouse qui accoucha d’une fille, qu’il divorça il y a trois ans. Depuis lors, celle-ci a refait sa vie avec un autre homme.

    Aïda Coumba DIOP

    DIPLOMATIE – SENEGALAIS EXECUTES EN GAMBIE : Abdoul Mbaye notifie à l’ambassadeur la réprobation du gouvernement

    La rupture des relations diplomatiques entre la Gambie et le Sénégal n’aura pas lieu, pour l’instant. L’ambassadeur du pays de Yaya Jammeh à Dakar a eu raison de déférer à la convocation du Premier ministre, de ce mercredi, à l’heure indiquée.
    Le Premier ministre, Abdoul Mbaye, a notifié à l’ambassadeur de la Gambie à Dakar, Gibril Seman Joof, la position du Sénégal face à l’exécution de ses compatriotes établis sur leur sol. Un communiqué officiel de la Primature informe que lors de l’entretien privé entre les deux personnalités, il a été question de la «vive réprobation» et de la «consternation» du gouvernement du Sénégal, suite aux «conditions d’opacité qui entourent l’exécution de Tabara Samb et de Djibril Bah». A cette occasion, le chef du gouvernement lui a rappelé «l’obligation, pour le gouvernement gambien, de se conformer aux dispositions de la Convention de Vienne de 1963 sur les relations consulaires. Et de fournir toutes les informations utiles sur les conditions de la condamnation et de l’exécution de ses ressortissants ; ainsi que sur la situation des ressortissants sénégalais détenus ou condamnés en Gambie, dont les droits doivent être scrupuleusement respectés».
    La convocation de l’ambassadeur de la République de Gambie à Dakar fait suite à l’exécution des deux Sénégalais Tabara Samb et Djibril Bah condamnés à mort à Banjul pour crimes divers. Mardi dernier, à son retour d’une visite privée en Afrique du Sud, c’est avec amertume et sur un ton empreint d’émotion que le président de la République a exprimé sa «surprise» devant cette situation. C’est aussi avec «consternation» que Macky Sall dit avoir appris l’exécution. Pour lui, «l’esprit de bon voisinage» devrait conduire le président Yaya Jammeh à informer les autorités sénégalaises par la voie appropriée que sont les relations consulaires. Le président sénégalais condamne alors cette peine de mort qu’il juge «entourée d’opacité». «Mon devoir est de défendre les Sénégalais, partout où ils se trouvent. Seuls la paix et le bon voisinage peuvent prévaloir entre nos deux pays. J’appelle les autorités gambiennes à revenir à la raison», déclarait Macky Sall devant les membres de son gouvernement, au pavillon présidentiel de l’aéroport Léopold Sédar Senghor.

    AVERTISSEMENT – MANQUE DE TRANSPARENCE : Washington ramène Yaya Jammeh à la raison

    Après le Sénégal, les Etats-unis demandent au président Yaya Jammeh de cesser toutes les exécutions de personnes condamnées à mort. Le temps que les circonstances du jugement de ces personnes soient examinées. C’est par le canal du porte-parole du département d’Etat, Victoria Nuland, que cet avertissement est lancé à l’endroit de Yaya Jammeh. Avec cette interpellation, Washington veut s’assurer que ces exécutions sont «conformes à la législation nationale de la Gambie et à ses obligations internationales». «Nous condamnons le manque de transparence et la précipitation qui ont caractérisé ces exécutions, ainsi que le manque apparent de procédures régulières dans le processus ayant abouti à ces condamnations à mort. Les Etats-unis en appellent au gouvernement de la Gambie pour s’assurer que ses propres lois internes soient respectées et suivies. Et à respecter ses obligations internationales en vertu de la convention internationale sur les droits civils et politiques et de la Déclaration universelle des droits de l’Homme des Nations unies», note la déclaration officielle du pays de Barack Obama.

    REACTIONS – POINT DE VUE DU MINISTRE DE LA JUSTICE : Aminata Touré condamne la peine de mort

    Hier mercredi, lors de la remise de dons aux sinistrés du quartier Arafat où des maisons ont été détruites par les eaux pluviales, le ministre de la Justice a prononcé quelques mots par rapport à ce qu’il est convenu d’appeler l’ «affaire des exécutions en Gambie». En réaction à l’exécution des Sénégalais Tabara Samb et Djbril Bah, le ministre Aminata Touré a condamné l’exécution de ses compatriotes. Répondant de manière brève à la question, la Garde des Sceaux exprimera son «opposition» et sa «désapprobation» de la peine de mort ayant libre cours au pays de Yaya Jammeh. Toutefois, Aminata Touré s’est gardée de révéler la conduite que le Sénégal compte adopter si la Gambie refuse de surseoir à la volonté d’exécuter le troisième Sénégalais dans le couloir de la mort.

    Pape NDIAYE

    DRAME – APRES SON EXECUTION EN GAMBIE : La famille de Tabara Samb réclame le corps de sa fille

    Après l’exécution de Tabara Samb en Gambie, la famille de la défunte ne souhaite qu’une chose : Que le corps de leur fille leur soit restitué pour une inhumation conforme aux percepts de l’Islam.
    (Correspondance) – Au quartier Boustane de Kaolack où elle est établie, la famille de Tabara Samb, exécutée en Gambie voisine souhaite que le corps de leur défunte fille leur soit restitué. Et c’est l’aîné de la famille, El Hadj Ndické Samb, qui précise que le souci de la famille est que le corps de sa fille soit inhumé conformément aux percepts de l’Islam. D’autant que, ajoute notre interlocuteur, Tabara était une bonne croyante. «Nous sommes envahis par le chagrin, mais étant de bons croyants, nous ne pouvons que nous nous en remettre à Dieu», avoue M. Samba. Il poursuit : «Ce n’est pas seulement la famille qui est touchée, mais tout le pays, toute la nation sénégalaise, notamment le président de la République, Macky Sall, que nous remercions pour sa vive réaction d’avant-hier à son retour d’Afrique du Sud».
    Toutefois, El Hadj Ndické Samb ne se prive pas le droit de demander au chef de l’Etat de tout faire pour que le corps de feue Tabara Samb soit remis à la famille éplorée. «Nous lui [Macky Sall, ndlr] demandons de faire de son mieux pour qu’on nous remette le corps de notre sœur pour qu’on puisse l’inhumer selon les percepts de l’Islam», suggère, entre deux sanglots, le vieux Ndické. Qui ne manque pas, pour autant, de remercier tous ceux qui ont eu à compatir à la douleur de la famille. Tabara Samb, à en croire son frère aîné, laisse derrière elle, trois bouts de bois de Dieu, tous des garçons. Il s’agit des jeunes Doudou, Lamine et Babacar, fort affectés par cette exécution. «Une douleur qui, rappelle-t-il, remonte à la date de l’incarcération de ma sœur en territoire gambien». Pour rappel, le président gambien, Yaya Jammeh, a donné l’ordre d’exécuter une cinquantaine de détenus condamnés à la peine capitale. Neuf l’ont été, parmi eux deux Sénégalais dont Djibril Bâ et Tabara Samb alors que le Saint-Louisien, Saliou Niang est sur la liste.

    ELH. Thiendella FALL in Wal Fadjri

    Mon, 03 Sep 2012 17:08:00 +0200

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