décembre 4, 2022

Libération des 7 otages français: Biya réussit un joli coup diplomatique

Le président Paul Biya ( à l'extrême droite) qui s'exhibe ici avec quelques uns des otages français, a réussi un joli coup diplomatique en obtenant leur libération.
Le 19 février, Tanguy Moulin-Fournier, un employé de Gaz de France, (GDF) travaillant au Cameroun pour le compte de sa société, a été pris en otage avec sa famille à la sortie du parc animalier de Waza au Cameroun. Le cadre de GDF qui faisait du tourisme avec sa femme, ses trois enfants ainsi que son frère, ont tous été conduits par leurs ravisseurs au Nigeria voisin.

Le vendredi 19 avril dernier, deux mois jour pour jour, les 7 otages ont été libérés et conduits à Yaoundé, la capitale camerounaise, avant de regagner la France le lendemain. L’issue heureuse de ce rapt est certes le résultat d’une coopération entre les trois pays impliqués dans cette affaire, à savoir le Cameroun, pays où la famille a été enlevée, le Nigeria où les ravisseurs ont conduit leurs otages et bien sûr la France pays d’origine des victimes. Mais ce dénouement est aussi et surtout à mettre à l’actif du président camerounais Paul Biya qui a pesé de tout son poids dans les tractations qui ont abouti à cette libération. Mais l’implication personnelle dans l’affaire, de ce dinosaure de la scène politique africaine aujourd’hui âgé de 80 ans dont 31 ans passés au pouvoir, n’est pas seulement guidée par des sentiments altruistes.

Le rapt étant survenu dans son pays, il est évident que le président Biya soit le premier à prendre en main l’affaire, ce qu’il a d’ailleurs fait en mettant la «BIR», la brigade d’intervention rapide, l’une de ses unités d’élite aux trousses des ravisseurs. Mais sans succès, ces derniers sont allés planquer les otages au Nigeria.

Dès lors il pourrait considérer que le sort des otages est désormais entre les mains des autorités nigérianes. Mais en trois décennies de pouvoir, Biya ne peut pas ne pas avoir un réseau relationnel solide dans la sous-région. Pendant ses 42 années de règne, le Gabonais Omar Bongo Ondimba lui avait suffisamment fait ombrage. Mais depuis la mort de celui-ci, Paul Biya peut légitimement réclamer le titre de doyen des chefs d’Etat de l’Afrique centrale. C’est fort de cela qu’il s’est engagé dans les négociations qui ont abouti à ce dénouement heureux.

Sur les conditions de cette libération, ni la France, ni le Cameroun ne se sont montrés bavards. Mais il est fort probable que le président camerounais ait cédé à l’une des principales revendications des preneurs d’otage, à savoir la libération de leurs hommes détenus au Cameroun et convaincu son homologue nigérian Goodluck Jonathan avec qui il entretient de bonnes relations, d’en faire autant des éléments de la secte Boko haram qu’il détient dans ses geôles.

Du pain béni pour Biya

Cette libération des otages est en fait une action concertée entre les autorités camerounaises et nigérianes, mais Biya ne voulait pas être celui qui tire les marrons du feu. On comprend alors pourquoi au lendemain du rapt des 7 Français, une autorité militaire du Nord Cameroun avait précipitamment annoncé leur libération.

Les autorités camerounaises étaient effectivement en contact très avancés avec les ravisseurs, mais au dernier moment, les discussions ont dû achopper sur quelques détails. Le 19 avril dernier, soit deux mois après, c’est le président camerounais lui-même qui annonce la libération des otages. Indéniablement, c’est du pain béni pour Biya, c’est à la fois un grand coup médiatique et diplomatique pour le dirigeant camerounais que le président français n’était pas pressé de recevoir depuis qu’il est venu à l’Elysée en 2012. Considéré comme l’un des «vestiges vivants» de la Françafrique, Paul Biya a dû attendre le 30 janvier 2013, soit 8 mois après l’arrivée de Hollande au pouvoir, pour être reçu par son homologue français. Mais depuis ce coup réussi du 19 avril 2013 par Biya, le pouvoir socialiste pourrait se montrer plus indulgent à son égard. En effet, c’est une véritable épine que le président camerounais a enlevé du pied de François hollande.

Ayant refusé tout paiement de rançon aux ravisseurs, le seul moyen qui restait à Paris de régler cette question des otages est une action de force. Mais le cas de la famille Moulin-Fournier est très délicat. Une intervention armée ratée, pourrait coûter la vie aux 7 otages parmi lesquels se trouvaient surtout trois enfants. Sacrifier ainsi de jeunes vies, sera difficilement supportable à l’opinion française, par rapport à la mort en Somalie d’un autre otage français, en l’occurrence l’ex-agent secret de la DGSE, Denis Allex tué ainsi que deux soldats français, lors de l’assaut pour le libérer des mains des Shebabs, le 11 janvier 2013.

Cette action a été menée en même temps que l’opération «Serval» au Nord Mali. Le dénouement heureux de l’affaire des 7 otages est à mettre avant tout à l’actif du président camerounais. S’il ne veut pas paraître peu reconnaissant, Hollande doit méditer ce dicton africain: «on ne remercie pas du revers de la main son bienfaiteur». Biya pourra donc couler tranquillement son dernier septennat qui le conduira en 2018, loin des bruits des biens mal acquis émis depuis les bords de la Seine par les ONG Transparency Justice et Sherpa. Le vieil autocrate pourra compter sur le silence complice de l’Elysée.

Charles d’Almeida in L’Inter

Mon, 22 Apr 2013 09:09:00 +0200

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