novembre 27, 2022

Main tendue des patriotes ivoiriens de France à Marine Le Pen : Un dangereux pari

Ces derniers temps, la communauté africaine de France fait l’objet d’une véritable opération de charme. La crise politique en Côte d’ivoire et ses nombreux soubresauts, ont conduit certains dirigeants politiques français à sortir de leurs réserves et à se prononcer sur les évènements de notre pays la Côte d’ivoire. Jean Luc Mélenchon, le Candidat du Front de Gauche et à sa suite Henri Emmanuelli, sont les rares hommes politiques français qui ont apporté ou continuent d’apporter leur soutien au Président Laurent Gbagbo, illégalement détenu à La Haye, qui avait été traité d’ « infréquentable » par François Hollande le candidat socialiste. Une autre candidate à la magistrature suprême, et non des moindres avait en termes à peine voilés, émis des réserves quant à la véracité des faits relayés par les médias français, au sujet de la crise ivoirienne. Cette sortie de l’héritière du « Paquebot[1] » a suffit par convaincre de nombreux Africains en général et des Ivoiriens en particulier, qui croient mordicus que cette dernière serait la garante de leurs volitions politiques. Aujourd’hui, beaucoup de nos concitoyens se sont ralliés à la cause de Marine Le Pen, n’hésitant pas pour certains à s’afficher publiquement aux côtés de la candidate de l’extrême droite, spectacle qui donne lieu à une véritable contagion affective. Ritournelle ou simple effet de mode ? Sans présumer du fait que ce clin d’œil de Marine Le Pen, soit une entreprise de séduction , qui ne garantit en rien que celle-ci épouse notre cause , rappelons à la mémoire collective qu’ à l’époque, son père dont elle épouse toutes les thèses , fût en tant que Jeune député français, un adepte du Poujadisme, proche de Pierre Poujade, homme politique français, qui a mené une politique de lutte contre l’industrialisation et les grandes surfaces. Engagé pendant la guerre d’Algérie (54-62), l’activiste Le Pen s’adonna à des actes de tortures sur des indépendantistes algériens du Front de Libération Nationale. L’avènement de son parti sur la scène politique s’est opéré en 1986, suite à l’instauration de la proportionnelle, mesure qui a permis l’irruption des partis extrêmes et des petites formations politiques dans l’hémicycle français. Négationniste, Jean Marie Le Pen conteste l’existence des chambres à gaz qu’il considère comme « un détail de l’histoire ». Parmi ses nombreux faits d’armes, l’on dénote deux tragiques meurtres à caractère raciste : l’un sur un ressortissant d’origine marocaine Brahim Bouaram , jeté dans la seine par des militants frontistes lors d’un défilé du 1er mai 1995 , et l’assassinat du jeune Ibrahim Ali d’origine comorienne , abattu d’une balle dans le dos le 23 février 1995 par des colleurs d’affiche du front national à Marseille. Le parti lepéniste prône une politique de tolérance zéro fondée sur la stigmatisation des minorités visibles, cherchant des boucs-émissaires quant aux maux qui accablent les français. Il met l’accent sur l’inégalité des races, tout en préconisant une reforme du code de la nationalité, et un regroupement familial dans le pays d’origine pour les personnes françaises issues de l’immigration. Depuis la réforme de mars 2003 qui accentue le processus de libre administration, dans les collectivités dirigées par des majorités de son parti, les aides sociales ainsi que les logements sociaux, en vertu de sa politique de préférence nationale, sont refusés aux contribuables issus de l’immigration, foulant aux pieds un principe à valeur constitutionnelle tel que le principe d’égalité. Ceux qui pensent que l’avènement de Marine Le Pen, qui entretient un flagrant mimétisme avec la politique de son père changerait la donne s’agissant des relations entre la France et l’Afrique doivent se rappeler que le principe de la démocratie représentative a ceci de particulier : il repose sur la règle du mandat non-impératif. A ce sujet, les nombreuses déclarations d’intension peuvent rester vaines, sans que les politiques ne soient incriminés pour abus de confiance. Ces derniers sont par conséquent libres de conduire les affaires de l’Etat sans tenir compte des promesses et discours électoralistes qui n’ont de visée qu’attirer plus de sympathisants pour une période déterminée. Faire de simples déclarations d’intension, l’absolue garantie de porter les aspirations de populations, surtout celles de l’Afrique relève parfois de l’utopie et s’avère un véritable leurre. Nous pensons fort bien qu’aucun dirigeant français ne prendra le risque de réduire le prestige de la France à travers le monde en retirant les bases militaires ou autres forces d’occupation des théâtres d’opérations. Ces marques de domination sont pour elle la garantie de sa présence au sein des instances internationales, tels que le Conseil de sécurité de l’Organisation Des Nations Unies, et du rôle de grande puissance qu’elle ne pourrait assumer sans ces marques d’hégémonie et de domination. La grandeur de la France, ainsi que la place qu’elle occupe sur la scène mondiale, reposent sur la domination qu’elle exerce dans son ex-empire colonial, hégémonie entretenue par des accords de coopérations, économiques, politiques et militaires. Pourrions- nous croire un instant que la politique africaine de la France changerait par le seul fait de déclaration d’intension qui ne nous donne aucune garantie. Notons par ailleurs que, contrairement à l’Afrique, l’idée de nation et d’Etat est une réalité assez prégnante dans les mentalités des citoyens d’une part et des dirigeants politiques d’autre part. La défense des intérêts supérieurs de la nation demeure pour eux un impératif absolu, qu’aucune forme de philanthropie ne viendrait remettre en cause. La question essentielle que nous nous posons est de savoir si ces élections posent la question de la décolonisation de l’Afrique ou si elles concernent la direction des affaires publiques et les aspirations du peuple de France, en cherchant à satisfaire au mieux les besoins du peuple français. Le risque que comporte cette posture quelque peu hérétique, aux côtés de Marine Le Pen , dont les discours teintés de haine et de racisme primaire nous renvoient aux thèses de Levy Brühl et de Gobineau, est de faire le raccourci entre certains sympathisants du Président Gbagbo et ce parti d’extrême droite, au moment où le concept d’ivoirité, véritable boite de pandore inventé par le Président Henri Konan Bédié contre Alassane Dramane Ouattara , est attribué par ses détracteurs à notre Président Laurent Gbagbo. Ceux qui prennent le risque de porter leur suffrage sur la candidate du front national, jouent par ricochet le jeu de Nicolas Sarkozy, en courant le risque de répéter le scenario de 2002 qui a vu au second tour la réélection de Jacques Chirac. Vouloir par dépit amoureux porter son choix sur la candidate du Front National au premier tour, reconduirait Nicolas Sarkozy à la magistrature suprême, en vertu du principe qui veut qu’ « entre deux maux », il faille « choisir le moindre mal ». Rappelons par ailleurs, que les fondements de la politique du Président Laurent Gbagbo, basée sur la tolérance, le pardon, l’ouverture, la commisération, le rassemblement de toutes les personnes sans tenir compte de leur origine ethnique, ni de leur appartenance religieuse, est aux antipodes des thèses du front national qui reposent sur la haine, l’exclusion, le mépris et le racisme primaire. Soulignons que caresser le rêve de devenir un acteur majeur du monde politique français, de façon pérenne, repose sur certains impératifs : celui de créer une communauté citoyenne négro-africaine élargie et solidaire, avec en son sein des organes qui porteront sur la place publique les aspirations de la communauté. C’est à travers des structures stables et pérennes qui transcendent les particularismes que nous pourrions avoir des relais crédibles quant à notre rôle dans la société française. Cela nécessite un dialogue franc et ouvert entre toutes les communautés, et sortir du nombrilisme sectaire. Il conviendra de développer une véritable culture citoyenne au sein de la communauté négro-africaine, en éduquant les masses sur les enjeux de la société française. Faire en sorte de ne pas être guidés par les évènements, ni inhibés par l’émotion. Penser influer sur les enjeux majeurs de la vie politique française sans prendre en compte un certain nombre d’impératifs relève du stakhanovisme.

Zadi Jonas
Porte-parole du COPACI

Tue, 14 Feb 2012 16:42:00 +0100

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