décembre 2, 2022

On n’appelle pas ça faire de la politique

De notre point de vue, même si l’on comprend bien le contexte de déception dans lequel ces phrases sont dites, ceux qui produisent ces pensées ont tort de le faire. On ne fait pas la politique pour soumettre ses compatriotes. On ne gouverne pas un Etat pour faire souffrir ses populations. On ne vient pas à la tête d’un Etat pour martyriser une grande partie de la population qui ne voit pas le monde comme nous.
On dirige un pays dans l’unique but de rendre heureux ses habitants. Et cela, sur tous les plans : économique, social, politique, culturel, démocratique et sur le plan des libertés. Si l’on n’a pas les moyens de rassembler toutes les forces du pays autour du projet dont on est porteur, on ne rechigne pas au travail de recherche de ces moyens par le dialogue et la concertation. On ne choisit pas la voie de la facilité en humiliant, en jettant en prison ou en exterminant ceux qu’on est censé gouverner.
Il est vrai qu’il n’est pas donné à n’importe qui d’avoir le sens de l’Etat. Mais une fois que l’on s’est retrouvé (même par hasard) à la tête d’un Etat, on met au centre de son programme, l’humilité qui peut nous pousser à écouter tout le monde, à voir les choses venir de loin et à les anticiper. C’est elle, l’humilité, qui peut nous permettre d’aller vers l’autre, lui tendre la main pour regarder ensemble dans la même direction. C’est aussi elle, parce qu’elle nous aura ouvert les yeux, qui va nous libérer des pesanteurs familiales et vengeresses qui nous poussent à foncer comme un bélier, tête baissée.
Ceux des proches de Gbagbo qui, dans leurs récriminations, semblent encourager la politique répressive et dictatoriale de Ouattara, ont pourtant des raisons objectives de rejeter énergiquement cette politique qui assassine. Premièrement, malgré la menace de la communauté internationale qui s’est liguée contre lui, Laurent Gbagbo a résisté pendant dix ans à la tête de la Côte d’Ivoire. Tout le contraire de ce que l’on a vu dans la sous-région et ailleurs. Secondement, depuis un peu plus de deux ans qu’il a été kidnappé et déporté, plus de 80% de ses compatriotes le regrettent et l’appellent au secours pour affronter avec eux la grave crise qui les secoue et les infantilise. Qu’est-ce qui peut expliquer ces deux attitudes ?
Laurent Gbagbo, du temps où il était à la tête de l’Etat, avait un sacro-saint respect de l’homme (petit, grand, pauvre ou fortuné) et des institutions de la République. Il était travailleur, connaissait son pays et ses habitants, savait ce que ceux-ci voulaient et ne voulaient pas. Il aimait les écouter égrener leurs problèmes et avait toujours le mot juste (souvent trop juste) pour les apaiser. Ses compatriotes étaient unanimes à reconnaître qu’il se battait pour eux, dans la vérité, pour leur bien-être et étaient sûrs que chaque fois que les caisses de l’Etat le permettraient, les ressources seraient distribuées équitablement. De sorte que quand il leur demande un sacrifice, ils l’acceptent sans grogner. Il a réussi à instaurer une telle symbiose, une telle complicité entre lui et son peuple que lorsqu’il était agressé, n’importe lequel des citoyens se sentait agressé. Il avait le sens de l’Etat. Il avait un coeur et connaissait ses responsabilités en tant que chef.
C’est, nous semble-t-il, ce que l’on appelle gouverner. Même si à sa charge, on peut aisément dire qu’il n’a pas utilisé avec dextérité, les sages conseils d’un sénateur américain qui rappelle à souhait que : «La démocratie a des dents pour rire mais aussi pour mordre». Laurent Gbagbo a davantage utilisé les dents de la démocratie pour rire que pour mordre. Et c’est peut-être ce que ses proches lui reprochent dans leur style à eux : l’exagération.
Quant à Ouattara, il ne voit d’autre utilisation des dents de la démocratie que la morsure. Ce que les Ivoiriens semblent rejeter à l’unisson dans une chanson devenue un hymne national et dont le titre est assez révélateur de leur état d’esprit : «Gbagbo a ka fissa». Traduction : Gbagbo est mieux !

Abdoulaye Villard Sanogo
In Notre Voie

Sat, 11 May 2013 09:42:00 +0200

0

Laisser un commentaire

Nous utilisons des cookies afin de vous offrir la meilleure expérience possible sur notre site Web. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre utilisation des cookies.
Accepter
Refuser
Privacy Policy