février 3, 2023

Portrait / Le style Simone Gbagbo

Photo : DR
1990. La Côte d’ivoire, pays de quinze millions d’habitants avec plus de soixante ethnies s’ouvre au multipartisme. Le front populaire ivoirien (FPI), né dans la clandestinité en 1982 et dirigé pendant l’exil français de Laurent Gbagbo par Simone Ehivet jusqu’en 1987, établit sa base à Yopougon, faubourg abidjannais qui deviendra par la suite, le symbole de la revendication sociale et politique en Côte d’Ivoire.
L’ouverture démocratique qui autorise la "liberté de parole" permet ainsi aux Ivoiriens de découvrir une femme, Simone Ehivet Gbagbo, chercheur en linguistique dont le destin croisa celui de Laurent Gbagbo, un soir de 1969, à la faveur de l’une des de ces nombreuses réunions clandestines qui jetèrent les bases de ce qui allait devenir Le Front Populaire Ivoirien. Ils n’étaient alors qu’un petit groupe de personnes à se réunir. Laurent Gbagbo confiera plus tard avoir été subjugué par l’intelligence et la force de caractère de Simone, en qui il trouvera l’alliée et la confidente qu’il ne quittera plus jamais.

Fille de gendarme, ancienne championne scolaire de saut en hauteur, Simone Ehivet a su préparer son corps à toutes les pressions, toutes les épreuves. Et ce ne sont pas les exactions subies pendant les années d’exil de Laurent Gbagbo- période pendant laquelle elle sera emmenée à s’occuper de la famille et du parti- encore moins les bastonnades, les intimidations et la prison qui la feront reculer.
En dépit de la police des renseignements qui veillait sur ses faits et gestes, Simone Gbagbo réussit à préparer le terrain à un parti dont le discours allait très vite séduire les nombreux laissés pour compte de la société ivoirienne,faisant du FPI la seule formation politique capable de constituer un contrepoids de taille au tout puissant PDCI, présidé par feu Félix Houphouët BOIGNY.
Mais le 18 février 1992 reste de triste mémoire pour l’opposition ivoirienne qui voit nombreux de ses dirigeants matés, humiliés, emprisonnés, avec dans le lot, des manifestants et des militants des droits humains, à la suite d’une marche qui se voulait pacifique pour réclamer la libération des étudiants incarcérés : "Le jour où la Côte d’Ivoire s’est arrêtée", aurait pu titrer un confrère. Le bilan des dégâts est lourd : plusieurs manifestants matés à sang par des forces de l’ordre acquises à un pouvoir houphouétiste plus que jamais oppresseur, des édifices publics saccagés, des opposants emprisonnés… La Côte d’Ivoire retient son souffle.
Simone Gbagbo est maltraitée au point d’en perdre connaissance avant d’être déférée, avec ses "camarades de lutte", à la la triste Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan.Le FPI est décapité. Ses cadres, son chef historique Laurent Gbagbo en tête, embastillés pendant six mois.

La suite des évènements démontrera que ce séjour carcéral fut toutefois bénéfique au parti qui en profitera pour peaufiner sa stratégie de conquête du pouvoir.
Sur le terrain, il organise sa base. En 1995, face au PDCI, Simone Gbagbo, chargée de la formation politique est élue député d’Abobo, cette autre commune chaude de la ville d’Abidjan, sous la bannière du Front Républicain, une coalition FPI-RDR. Elle sera la seule représentante du FPI dans l’agglomération d’Abidjan, à entrer dans le très convoité hémicycle dominé par le PDCI qui remporte les suffrages dans un contexte politique des plus agités avec une élection présidentielle auparavant boudée par l’opposition.
Ses électeurs, des "oubliés" du système pour la plupart, espèrent par son combat obtenir un mieux-vivre. Car, Simone sait ce que c’est la souffrance. Orpheline de mère dès sa naissance et de père quelques années plus tard, elle a dû batailler pour atteindre le niveau qui est le sien aujourd’hui. Simone n’est pas la femme des paillettes. cette belle Africaine à la forme généreuse et au sourire franc sait être sensible à la misère de son peuple. Elle ferra ainsi de la lutte contre l’injustice son cheval de bataille, pour l’avènement d’une société égalitaire dans son pays.
Cet engagement sera récompensé par l’accession de son parti au pouvoir en octobre 2000, à la suite d’un scrutin controversé.

En Côte d’Ivoire, la première dame est comparée à Hillary Rhodam Clinton, sénateur de New York et ex-Première Dame des États -Unis. Question de similitudes ? Elles ont en commun d’avoir effectué de hautes études et d’être passionnées de politique, elles jouent un très grand rôle auprès de leurs époux respectifs et ne lésinent sur aucun moyen pour faire triompher leurs idées.
Député d’Abobo pour un deuxième mandat consécutif, Simone Gbagbo est une "professionnelle" de la politique, qui sait souffler le chaud et le froid, une habituée des pugilats politiques qui plus d’une fois, est parvenue par son sens politique, à sortir son parti du pétrin.
Ses détracteurs la présentent comme une partisane des compromis, une spécialiste des faux complots et des coups bas. Accusée par certains ex-cadres de son parti d’être à l’origine de leur descente aux enfers, Simone Gbagbo apparaît comme une personne à abattre.

Certes, la tradition veut que sous les tropiques, certaines première dames créent des associations caritatives. Simone n’ y sacrifiera pas .
Présidente du groupe parlementaire FPI et troisième vice-présidente dudit parti, la Première Dame de Côte d’Ivoire est une militante active de la lutte contre le SIDA, action qu’elle mène en bonne intelligence avec le ministère délégué chargé de la lutte contre ce fléau.
Une telle philosophie ne peut que défier la misogynie qui n’accepte pas qu’une femme soit brillante,capable d’entreprendre, d’élever le débat et de défendre ses opinions. Pourtant, le monde évolue et les femmes avec. Simone n’entend personne lui ravir le fruit de son engagement.

Par Axel Illary et Georges Eden Bobia in Afrique Matin n° 00 du mercredi 10 avril 2002

Mon, 13 Sep 2010 12:22:00 +0200

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