août 13, 2022

Changement climatique : « Agir maintenant pour éviter une catastrophe » – Esther Duflo, prix Nobel d’économie

La lutte contre le changement climatique passe par un changement des comportements et des modes de consommation

Les pays pauvres paieront le prix le plus fort pour le changement climatique. Des changements de comportement et des solutions technologiques s’imposent.

Le prix Nobel d’économie 2019, Esther Duflo, a déclaré lundi, que les pays les plus pauvres subiront les pires effets et paieront le plus lourd tribut en matière de production économique et de mortalité du fait du changement climatique.

Professeure d’économie au Massachusetts Institute of Technology (MIT), Esther Duflo, s’exprimait dans le cadre de la série de conférences des éminents orateurs, connue sous l’appellation Kofi Annan Eminent Speaker Lecture, organisée par la Banque africaine de développement.

Dans son exposé portant sur le thème, « Économie utile pour des temps difficiles : comment relever les défis du changement climatique », Esther Duflo a souligné que le déséquilibre entre pays riches et pays pauvres suivait la « règle des 10-50 » : « Dix pour cent des plus gros pollueurs sont responsables d’environ 50 % des émissions mondiales, et 50 % des plus faibles émetteurs sont responsables de 13 % des émissions mondiales ». Cette disparité est notamment due à la réticence des pays riches à s’engager résolument dans la lutte contre le changement climatique.

Rappelant que le FMI a estimé à 50 milliards de dollars le coût global de l’initiative Covax visant à assurer un accès équitable à la vaccination contre le Covid-19, pour 60 % de la population en deux ans, le prix Nobel 2017 a estimé que le bénéfice potentiel de cette opération était de 9 000 milliards de dollars. Les efforts déployés au niveau mondial pour lutter contre la pandémie de Covid-19 n’incitent pas à l’optimisme quant à une réponse mondiale au problème du changement climatique. Elle en appelle donc à une action immédiate, car le monde ne pourrait pas uniquement compter sur l’innovation. « L’impact des solutions purement technologiques est souvent très décevant dans la pratique », a-t-elle prévenu.

« Je ne pense pas que nous puissions dire aux Africains sans sourciller qu’ils doivent consommer moins alors qu’en fait ils devraient consommer plus », a-t-elle déclaré. La lutte contre le changement climatique passe par un changement des comportements et des modes de consommation. Les économistes sous‑estiment parfois la capacité des êtres humains à modifier leurs comportements et les changements de mode de consommation devront principalement s’opérer dans les pays industrialisés.

Pour le chef économiste et vice-président par intérim du Groupe de la Banque africaine de développement, Kevin C. Urama, le sujet est d’actualité car, intervenant dans la foulée de la conférence de la COP26 sur le climat, tenue à Glasgow en novembre dernier.

Le président du Groupe de la Banque africaine de développement, Dr Akinwumi A. Adesina, a salué les recherches économiques pragmatiques et les idées de la professeure Duflo. Selon lui, ses propos soulignent la nécessité de changer la façon dont la création de richesse se mesure. « Le PIB nous en dit très peu sur la façon dont la richesse est produite, a estimé Dr Adesina. Je suis un ardent défenseur de la nécessité de pondérer le PIB des pays en tenant compte de l’ampleur des nuisances qu’ils génèrent. »

Le président Adesina a échangé avec professeure Duflo sur l’importance d’une tarification précise du carbone comme mesure incitative pour les pays en développement. Il a proposé la création d’un fonds pour les puits de carbone afin de compenser des pays comme le Gabon et la République démocratique du Congo pour la préservation de vastes forêts qui absorbent le dioxyde de carbone. Les ratios dette/PIB de ces pays seraient nettement inférieurs si la valeur de leurs forêts était prise en compte, a noté Dr Adesina.

Pour la professeure Duflo, il y a une crise de crédibilité et de confiance à l’égard des gouvernements dont les actions ne sont pas conformes à leurs engagements et pour obtenir le changement, il faudrait appliquer les réglementations mondiales. « La nature est plus forte que nous et les prédictions les plus sombres se confirment », d’où la nécessité d’une action collective.

Titulaire de la chaire Abdul Latif Jameel de lutte contre la pauvreté et économie du développement au département d’économie du MIT, la professeure Esther Duflo est cofondatrice et codirectrice du Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab.

Cliquez ici pour accéder à la conférence de la professeure Duflo et ses échanges avec le président Adesina (https://bit.ly/3s7kUlv).

Les Kofi Annan Lecture Series lancées en 2006 par la Banque africaine de développement traitent d’un large éventail de sujets liés au développement de l’Afrique : économie, finances, intégration régionale, développement humain et climat. Ces conférences ont été des tribunes où d’éminentes personnalités ont partagé leurs visions sur les défis du développement en Afrique.
African Development Bank Group (AfDB).

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