• dim. Avr 5th, 2026

    La Liberté d'Informer

    Réinventer le journalisme culturel en Afrique noire

    ByLa Dépêche d'Abidjan

    Nov 20, 2024
    Masque d'or du pharaon Toutânkhamon, chef-d'œuvre du mobilier funéraire égyptien. Source : Wikipedia

    Évoquer le journalisme culturel en Afrique noire, principalement francophone, revient souvent à se concentrer sur la sphère du show-business. La place accordée à la culture dans les médias généralistes est restreinte et les activités liées à l’industrie du divertissement dominent largement. À la télévision, à la radio et dans la presse, parler de culture se réduit généralement à des sujets où la musique occupe une place prépondérante, éclipsant ainsi d’autres formes d’expression culturelle.

    Malgré l’immense richesse du patrimoine africain et leur rôle essentiel dans le développement humain, les journalistes culturels semblent enfermés dans une certaine routine.

    L’Afrique noire, berceau de l’humanité et de la civilisation, a vécu des événements dramatiques au cours de son histoire qui l’ont profondément déshumanisée. Les traumatismes de la traite négrière, de l’esclavage et de la colonisation ont laissé des marques indélébiles sur les sociétés contemporaines. Pendant des siècles, des millions d’Africains ont été capturés, déportés et réduits à l’état de marchandise. Cette tragédie a détruit des vies et fragilisé les fondements de la société africaine. À travers la chosification et l’exploitation brutale des Noirs, une vision déformée de l’Afrique a été imposée, et sa culture a été systématiquement dévalorisée.

    Isis allaitant Horus.

    En effet, le dénigrement de la culture africaine par les envahisseurs européens et arabes a constitué un volet essentiel de cette entreprise de domination. L’Afrique a été réduite à l’état de « terre sans histoire » et de « continent primitif ». L’imposition de la civilisation occidentale comme modèle supérieur a déprécié les systèmes de pensée, les arts et les savoirs africains. Les colons ont introduit une éducation qui visait à effacer les racines culturelles locales, prônait l’assimilation à des modèles étrangers et réduisait les traditions à des pratiques barbares.

    Ainsi, l’éducation occidentale et l’éducation arabe ont été de puissants outils d’aliénation culturelle. Les langues africaines ont été marginalisées, tandis que les langues des colonisateurs sont devenues les seules valorisées. L’introduction forcée de la religion et des références culturelles exogènes a considérablement aggravé ce phénomène d’acculturation. Dans les manuels scolaires, l’histoire de l’Afrique a été dénaturée, et les accomplissements des civilisations antiques ont été effacés.

    Les conséquences de cette domination culturelle ont été dramatiques et se font encore sentir aujourd’hui. Parmi ces effets figurent une perte de confiance en soi et une baisse de l’estime de soi au sein des populations africaines. Nombre d’Africains se sont détournés de leurs racines pour adopter des modèles étrangers, jugés « modernes ». Ils ont adhéré à la culture européenne ou arabe, perçue comme plus avancée, au détriment de leur propre héritage. De nos jours, on observe cette fracture dans la manière dont la culture africaine est considérée, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du continent.

    Face à cette situation préoccupante, l’Union africaine et l’Unesco ont initié l’élaboration de l’Histoire générale de l’Afrique afin de combler le manque de connaissance répandu sur le passé du continent. Ce projet ambitieux, qui a mobilisé pendant plus de trente ans plusieurs centaines de spécialistes venus des quatre coins du monde, a abouti à la publication de onze volumes à ce jour. Par ailleurs, les chefs d’État africains ont adopté la Charte de la Renaissance africaine, un document dont l’objectif est de libérer l’Afrique de l’hégémonie étrangère et de restaurer sa dignité. Au nombre de ses recommandations, se trouve l’introduction de l’Histoire générale de l’Afrique dans les programmes scolaires.

    Un des objectifs majeurs de cette renaissance réside dans la libération spirituelle. Cet ouvrage permet ainsi aux peuples africains de découvrir la place primordiale de l’Afrique dans l’élaboration des concepts religieux. D’après cette publication, « la religion peut être considérée comme l’une des contributions philosophiques majeures de l’Égypte ». De plus, « l’influence religieuse égyptienne sur certains aspects des croyances gréco-romaines est particulièrement évidente pour l’historien, comme en témoigne la popularité de la déesse Isis et de son culte dans l’Antiquité classique. »

    En d’autres termes, l’Afrique a été une source d’influence importante pour de nombreuses civilisations, en particulier le monde gréco-romain, considéré comme le berceau de la civilisation occidentale. Cela témoigne de la richesse inestimable de l’histoire et de la culture africaines. Par conséquent, les journalistes culturels africains disposent d’un trésor inépuisable. Il leur incombe désormais de s’émanciper de l’héritage colonial, de se réapproprier ce patrimoine, afin de participer activement à l’émancipation de leur peuple.

    Axel Illary

    N.B. : Les noms des divinités de la mythologie des anciens Égyptiens noirs, tels qu’Isis, Horus et Osiris, sont des formes grécisées. En réalité, ces figures portent à l’origine des noms africains, comme Aïssata, Aset, Assetou, Horo, Woussiré, etc.

    Laisser un commentaire

    Nous utilisons des cookies afin de vous offrir la meilleure expérience possible sur notre site Web. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre utilisation des cookies.
    Accepter
    Refuser
    Privacy Policy