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    La Liberté d'Informer

    La rébellion nourrit son homme

    ByLa Dépêche d'Abidjan

    Nov 20, 2021

    Tout se passe comme s’il nous était impossible de grandir sans nous annihiler mutuellement. Les expériences malheureuses d’une vie peuvent être normales, mais sommes-nous condamnés à vivre ce que les autres ont connu avant nous et que nous pouvons éviter ? Nos historiens à nous Africains, imprégnés de notre sensibilité et de la connaissance réelle de notre continent, nous diront un jour combien au total, nous avons perdu de sœurs et frères dans les violences armées, avant et après les indépendances. Lorsqu’ils additionneront 62 ans de dégâts au Cameroun, en Angola, au Mozambique, en Algérie, en Centrafrique, au Liberia, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire, au Zimbabwe, au Sahara, en Libye, en République démocratique du Congo, au Congo, en Ethiopie, en Erythrée, en Ouganda, au Rwanda, au Burundi, au Kenya, au Nigeria, au Soudan du Nord et du Sud, à Djibouti et dans tous les autres pays où il y a lieu séquences de rébellion et des affrontements armés, il est certain que nous totaliserons beaucoup plus que le sinistre bilan des deux plus grandes guerres occidentales des temps modernes. L’est de la Rdc est en proie à des convulsions, peut-être bientôt tout le pays. Sa fièvre ne s’est jamais réellement calmée. Tant d’efforts de pacification et de démocratisation en train d’être ruinés par des politiciens myopes et des opportunistes violents. Comme toujours, les populations mourront, massivement. Les enfants seront enrôlés et porteront des tenues militaires grossières d’où on ne verra que les têtes de leurs corps frêles. Les femmes seront violées en série avant d’être massacrées, comme si le fondement de leur existence sur ce bout de terre est de crever sous des appétits immondes et impudiques d’une soldatesque sans âme.

    Le plus aberrant : il n’y a plus de honte à être rebelle. C’est que la rébellion nourrit son homme et l’engraisse. Les supposés intellectuels sur qui reposerait la lucidité de nos nations sont les premiers à rejoindre les camps rebelles, parce que les opportunités qui s’ouvrent devant soi, en faisant partie de l’administration rebelle, sont plus grandes que dans la carrière politique et administrative normale et classique. Avant, les rébellions des années 50-70 avaient des habillages extérieurs idéologiques. Aujourd’hui, ce sont des luttes de pouvoir ouvertes. Les rébellions observées depuis 2000 permettent de dégager les constantes suivantes :

    -Les zones sous occupation rebelle génèrent de nombreuses ressources matérielles et financières et ont des potentialités naturelles importantes qui échappent au contrôle de l’Etat central (légitime ou illégitime) et au système classique de gestion des finances publiques. Les chefs des groupes armés et les intellectuels reconvertis en illuminés armés font de ces ressources leurs propriétés personnelles et amassent suffisamment d’argent pour eux et leur descendance.

    -Lors du système classique de règlement des crises politiques et militaires, le partage de postes institutionnels et gouvernementaux permet une reconversion administrative et politique aux individus ci-dessus cités, les blanchit et leur donne une légalité et une protection souvent inscrites dans les nouvelles Constitutions. Par ailleurs, dans une situation de transition et de partage du pouvoir, il y a peu de regard sur la bonne gouvernance, le profil d’expérience des hauts commis de l’Etat et la gestion rigoureuse des affaires publiques. Belles opportunités supplémentaires pour les opportunistes. -Avec l’amassement de fortunes considérables, la consolidation d’une influence nationale, et l’occupation de postes politiques, les responsables de rébellions africaines réussissent tous une reconversion durable dans la vie politique normative. Il en résulte une reconfiguration de l’espace politique. Les leaders politiques traditionnels et surtout ceux de l’opposition, qui ont choisi une vie politique « civile », perdent du terrain et voient leurs popularité et marge de manoeuvre se restreindre, entre les pouvoirs centraux sans partage et les nouvelles classes politiques issues des rébellions.

    C’est pourquoi, comme cela s’est passé hier, partout en Afrique, et comme cela se passera demain, des professeurs d’université, des érudits, des administrateurs chevronnés atterriront bientôt à Goma, du côté de la rébellion, et offriront « généreusement » leurs services qui leur rapporteront des millions de dollars dans quelques mois. Ce sont des tendances africaines que nous devons tous condamner et auxquelles nous devons mettre fin, sans délai. Je ne crois pas aux armes ni à la violence, quelles qu’en soient les raisons. Mais tant que nos démocraties ne se perfectionneront pas, elles offriront des arguments pourris à des rébellions surannées et à leurs soutiens africains et occidentaux.

    Par VINCENT TO BI IRIE in FRATERNITE MATIN

    Mon, 03 Dec 2012 03:04:00 +0100

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