
Le plus aberrant : il n’y a plus de honte à être rebelle. C’est que la rébellion nourrit son homme et l’engraisse. Les supposés intellectuels sur qui reposerait la lucidité de nos nations sont les premiers à rejoindre les camps rebelles, parce que les opportunités qui s’ouvrent devant soi, en faisant partie de l’administration rebelle, sont plus grandes que dans la carrière politique et administrative normale et classique. Avant, les rébellions des années 50-70 avaient des habillages extérieurs idéologiques. Aujourd’hui, ce sont des luttes de pouvoir ouvertes. Les rébellions observées depuis 2000 permettent de dégager les constantes suivantes :
-Les zones sous occupation rebelle génèrent de nombreuses ressources matérielles et financières et ont des potentialités naturelles importantes qui échappent au contrôle de l’Etat central (légitime ou illégitime) et au système classique de gestion des finances publiques. Les chefs des groupes armés et les intellectuels reconvertis en illuminés armés font de ces ressources leurs propriétés personnelles et amassent suffisamment d’argent pour eux et leur descendance.
-Lors du système classique de règlement des crises politiques et militaires, le partage de postes institutionnels et gouvernementaux permet une reconversion administrative et politique aux individus ci-dessus cités, les blanchit et leur donne une légalité et une protection souvent inscrites dans les nouvelles Constitutions. Par ailleurs, dans une situation de transition et de partage du pouvoir, il y a peu de regard sur la bonne gouvernance, le profil d’expérience des hauts commis de l’Etat et la gestion rigoureuse des affaires publiques. Belles opportunités supplémentaires pour les opportunistes. -Avec l’amassement de fortunes considérables, la consolidation d’une influence nationale, et l’occupation de postes politiques, les responsables de rébellions africaines réussissent tous une reconversion durable dans la vie politique normative. Il en résulte une reconfiguration de l’espace politique. Les leaders politiques traditionnels et surtout ceux de l’opposition, qui ont choisi une vie politique « civile », perdent du terrain et voient leurs popularité et marge de manoeuvre se restreindre, entre les pouvoirs centraux sans partage et les nouvelles classes politiques issues des rébellions.
C’est pourquoi, comme cela s’est passé hier, partout en Afrique, et comme cela se passera demain, des professeurs d’université, des érudits, des administrateurs chevronnés atterriront bientôt à Goma, du côté de la rébellion, et offriront « généreusement » leurs services qui leur rapporteront des millions de dollars dans quelques mois. Ce sont des tendances africaines que nous devons tous condamner et auxquelles nous devons mettre fin, sans délai. Je ne crois pas aux armes ni à la violence, quelles qu’en soient les raisons. Mais tant que nos démocraties ne se perfectionneront pas, elles offriront des arguments pourris à des rébellions surannées et à leurs soutiens africains et occidentaux.
Par VINCENT TO BI IRIE in FRATERNITE MATIN
Mon, 03 Dec 2012 03:04:00 +0100
