novembre 30, 2022

L’indiscipline et l’absence de responsabilité à l’origine des drames en Côte d’Ivoire

Face au choc provoqué par cet horrible drame qui vient à nouveau d’endeuiller notre pays, en pleine célébration de cette nouvelle année 2013, il convient, à présent, de nous interroger sur notre sens des responsabilités et de l’indiscipline qui nous caractérise fondamentalement. A chaque drame, toute la nation subit la violence engendrée par ces traumatismes qui viennent s’ajouter à ceux qui nous rongent déjà, inconsciemment, de manière insidieuse, et dont nous cherchons toujours et encore les explications.
La liste macabre de ces tragédies est tellement longue qu’elle pourrait nous faire basculer dans une forme de mélancolie irréversible. Mais, en Afrique, nous avons malheureusement l’habitude de conjurer le sort par des explications irrationnelles, voire mystiques. Il n’y a jamais de responsable à quoi que ce soit. Très souvent, les premiers nos malheurs et tragédies sont imputés aux sorciers. Aujourd’hui, l’air du temps veut que les responsables soient les franc-maçon pour des raisons qu’ignorent ceux-là même qui pensent avoir trouvé les responsables aux conséquences de nos propres indisciplines et absences de responsabilité au quotidien. Ainsi, de rumeurs en rumeurs, d’intoxications psychiques en intoxications psychiques nous nous laissons emprisonner et distraire par un mode de fonctionnement dans lequel la fatalité, l’irrationnel et l’ignorance règnent en maîtres absolus.
A chaque moment, dans notre pays, notamment à Abidjan, ce type de drames peut se produire sans que personne en soit responsable. Il suffit simplement d’observer nos comportements, habitudes, modes de pensée et notre conditionnement psychologique pour s’en rendre compte. Pour ces fêtes de fin d’année, le gouvernement avait décrété l’interdiction des pétards. Ils se sont vendus partout, y compris dans les rues, devant même les forces de l’ordre censées faire respecter cette mesure. Dans tous les quartiers d’Abidjan, notamment dans les zones populaires, des feux d’artifice et pétards ont été lancés dans un désordre ahurissant, au milieu d’habitations, souvent précaires, et au mépris de toute règle élémentaire de sécurité. Des drames auraient pu se produire avec de très lourdes conséquences dans ces maisons où les normes de sécurité ne sont pas toujours respectées en matière électrique. Au niveau de la circulation routière, plusieurs accidents parfois mortels ont été occasionnés par l’indiscipline des conducteurs et le très mauvais état des véhicules. A la veille de Noël, par exemple, un taxi a fait une sortie de route sur le boulevard Valéry Giscard d’Estaing, fauchant des personnes assises dans un maquis en bordure de cette voie. Des centaines, peut-être même des milliers de véhicules dans un état de délabrement hallucinant sont utilisés pour le transport en commun et cela ne choque personne. Encore moins les forces de l’ordre qui se contentent de soutirer des pièces de monnaie aux conducteurs, sans se soucier du danger que représente ces voitures pour les passagers qui n’ont pas d’autre choix que de risquer à chaque instant, leur vie.
Alors, face à ce drame qui nous bouleverse, on ne peut que constater, une fois encore, notre impuissance devant des faits, qui, dans d’autres pays, les responsables seraient sanctionnés et leurs responsables recherchés. Le gouvernement ivoirien a reconnu la présence de troncs d’arbres sur le chemin et un éclairage insuffisant en cette période où le quartier du Plateau était le centre d’attraction de tout le pays. Dans les pays qui ont l’habitude d’organiser des feux d’artifice géants, les services de sécurité ont le devoir d’anticiper et de prévenir toutes sortes de catastrophes possibles. Le premier devoir de l’État est d’assurer la sécurité de ses populations. Donc agir pour réduire au strict minimum les risques potentiels. Bien sûr, le risque zéro n’existe pas. Néanmoins, certaines autorités sont payées pour réfléchir, anticiper et prendre des mesures en conséquence. Selon une source sécuritaire interrogée par l’Afp, les secours ont « mis du temps pour arriver». Et pour un diplomate en poste à Abidjan, interrogé par le magazine Jeune Afrique, « cela révèle la faible capacité de réponse ivoirienne en termes de sécurité ».
Comment pouvait-on, connaissant notre propre indiscipline et notre absence du sens des responsabilités, prendre le risque de ne pas sécuriser au maximum ce chantier qui s’est transformé en piège mortel en période de grande affluence ? Un jour avant ce drame, non loin de cet endroit, se tenait déjà un concert qui aurait aussi pu se transformer en cauchemar.

Par Marcaire Dagry in FRATERNITE MATIN

Tue, 08 Jan 2013 16:00:00 +0100

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